Après SFR, Altice, insatiable, regarde déjà d’autres dossiers

L’actionnaire majoritaire de Numericable, qui contrôlera 60% du nouvel ensemble fusionné, a d’autres acquisitions dans le viseur, en Belgique, au Luxembourg, aux Caraïbes ou un rapprochement avec Vodafone Portugal. L'intrépide Patrick Drahi compte se désendetter rapidement.
Delphine Cuny

6 mn

« Nous ne craignons rien » a lancé Patrick Drahi, le président d'Altice, le premier actionnaire de Numericable qui s'apprête à racheter SFR pour 13,5 milliards d'euros en cash.
« Nous ne craignons rien » a lancé Patrick Drahi, le président d'Altice, le premier actionnaire de Numericable qui s'apprête à racheter SFR pour 13,5 milliards d'euros en cash. (Crédits : reuters.com)

C'est « l'opération de sa vie », selon un de ses amis. Patrick Drahi, le président d'Altice, l'actionnaire majoritaire de Numericable, a insisté lundi sur « la préparation de longue date, depuis sept ans » de son offre de rachat de SFR, retenue définitivement samedi par le conseil de surveillance de Vivendi, et qui a fait selon lui la différence face à son rival Bouygues. « C'est un peu comme au foot, il ne faut pas aller à la Coupe du Monde en ayant choisi l'équipe deux semaines avant », a-t-il ironisé sans le nommer. « Très heureux » de cette décision prise à l'unanimité des 13 membres du conseil, « pour les salariés et pour les clients : ce sont les clients qui veulent la convergence fixe-mobile », a-t-il affirmé lundi lors d'une conférence de presse. Même Arnaud Montebourg, qui avait soutenu le projet Bouygues, « est content, je crois. Je le vois demain matin. Il faut passer à l'étape suivante », a-t-il lancé, pour évacuer le débat sur son statut de résident fiscal suisse. Alors que le cimentier Lafarge présentait à l'étage inférieur du Pavillon Gabriel sa fusion avec le suisse Holcim, il a plaisanté sur son rôle de parrain des rapprochements franco-suisses… Patrick Drahi espère boucler le rachat de SFR dans six à huit mois, au quatrième trimestre.

 

Une valorisation de 15,5 milliards de SFR, autant que le cash proposé par Bouygues

Il faudra régler au moment de la finalisation un chèque de 13,5 milliards d'euros en cash promis à Vivendi, chèque qui a été réévalué à plusieurs reprises : l'addition est plus salée de 2,6 milliards que sa première offre, « Vivendi ayant souhaité que l'on améliore la partie cash. » Le deal reste financé par 8,8 milliards de dettes et par une augmentation de capital, plus importante que prévu, de 4,7 milliards. Altice détiendra 60% du groupe fusionné SFR Numericable, après avoir racheté les participations des fonds d'investissement Carlyle et Cinven, en partie en cash et en actions Altice. « Nous n'avons pas surenchéri, la valorisation globale est la même », a fait valoir Patrick Drahi, à savoir « 15,5 milliards à T zéro  », autrement dit à l'instant T avant synergies pour SFR, les 17 milliards reflétant la valeur des 20% récupérés par Vivendi en « incluant des synergies au bout de 3-4 ans ». Or 15,5 milliards c'est le montant tout en cash proposé par Bouygues samedi matin. « Vivendi voulait rester actionnaire » assure Patrick Drahi. « Nous croyons aux synergies, donc en conservant plus de capital la transaction nous aura coûté moins cher » assure le directeur général d'Altice Dexter Goei.

 

« Il y a d'autres dossiers d'acquisitions sur la table »

A peine l'encre a-t-elle séché sur ce chèque de 13,5 milliards d'euros que le magnat plus très discret du câble pense déjà à d'autres deals. « Il y a d'autres dossier d'acquisitions sur la table » a prévenu Patrick Drahi en détaillant la structure de financement de l'opération SFR. Il a insisté sur « la capacité du groupe à se deleverager [désendetter] très rapidement » : lui l'as des « LBO », l'artiste des montages financiers audacieux, a réussi à obtenir une dette « sans covenants de maintenance », c'est-à-dire sans clause contraignante sur l'opérationnel qui oblige à remonter un niveau d'excédent brut d'exploitation précis chaque trimestre, même si le groupe ne sera pas noté par les agences en catégorie d'investissement, mais en-dessous, en "junk" (catégorie hautement spéculative). Patrick Drahi « croit beaucoup au destin. » Il semble que cet X-Telecom de 50 ans ait effectivement la baraka. Le cours de Numericable bondit de 14,8% ce lundi, effaçant la baisse du mois dernier provoqué par les contre-offres et la campagne de Bouygues. Altice gagne 10,6%.

 

Acquisitions en Belgique, au Portugal, en Israël

Intrépide, Patrick Drahi n'a pas pour autant prévu de racheter Bouygues Telecom dans la foulée. Le directeur général d'Altice a livré quelques précisions sur les cibles du groupe : Dexter Goei, compte poursuivre sa démarche de consolidation dans les pays où le groupe a déjà des actifs. Il estime qu'il y aura des opportunités aux Caraïbes, au Luxembourg et en Belgique, telles que Base, le numéro trois du mobile, détenu par KPN, estimé autour de 1,4 milliard d'euros ou même le numéro deux, Mobistar, la filiale du français Orange (à 52,91%), qui capitalise 818 millions d'euros. Il n'exclut pas une fusion de son opérateur Cabovisao avec Vodafone Portugal, également désireux de se renforcer dans une logique fixe-mobile. En Israël, Altice aimerait marier Hot Telecom à un opérateur mobile et constate que Cellcom, le numéro trois, et le numéro Partner Communciations, qui opère sous la marque Orange sous licence, « ne vont pas très bien », alors que la guerre des prix fait rage depuis l'arrivée de Golan Telecom, le « Free Mobile israélien », dont Xavier Niel est actionnaire à titre personnel.

 

« Les clients vont se ruer massivement sur le très haut débit »

« Nous ne craignons rien » a lancé Patrick Drahi, interrogé sur les risques de recours contre son rachat de SFR. Peur de rien et pas froid aux yeux effectivement : Altice supportera tout de même une dette nette de 19,5 milliards d'euros à l'issue du rachat du numéro deux français des télécoms et des augmentations de capital prévues, une de 4,7 milliards chez Numericable dont 4,1 milliards souscrits pas Altice qui en fera une autre de son côté de 500 millions d'euros d'ici au 31 janvier 2015 pour racheter les titres des fonds Cinven et Carlyle. Le DG d'Altice a observé que « le ratio dette nette sur Ebitda sera de 4,6 fois, c'est dans la moyenne des opérateurs de câble et c'est inférieur à celui de Liberty Global », le géant américain, qui rachète à tour de bras en Europe (Ziggo aux Pays-Bas pour 10 milliards d'euros en janvier et Virgin Media au Royaume-Uni pour 17 milliards d'euros). Même sur le plan concurrentiel, Altice n'a peur de rien : Patrick Drahi est convaincu que « les clients vont se ruer massivement sur le très haut débit, nous allons conquérir des clients de l'ADSL. » Et pourtant ses concurrents Orange, Free - qui va perdre sa deuxième place dans le haut débit - et Bouygues Telecom se frottent déjà les mains en espérant profiter de la période de flottement de la fusion pour rafler des abonnés des deux nouveaux fiancés…

 

> la présentation du financement du rachat de SFR par Altice (en anglais)

Delphine Cuny

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Commentaires 10
à écrit le 07/04/2014 à 21:34
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Oh pecaille ! On nous prepare un nouveau vivendi avec altice. Surendette, tout cela finira mal pour les actionnaires ( et un peu les banquiers). Car l'nsemble ne produira pas assez de cash pour rembourser les dettes ....

à écrit le 07/04/2014 à 20:25
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Il ne s'agit pas d'un achat cash puisque l'opération est financée par de la dette. En tant que client SFR je vais résilier tous mes contrats, il est hors de question de donner un seul sous à Numéricâble, anciennement Noos, anciennement Cybercable.....

le 07/04/2014 à 23:26
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Je ne suis pas sur de voir le rapport entre Altice et la Lyonnaise des Eaux. Mais bon, si vous le dites.. Il doit y avoir un paquet de produits que vous n'achetez plus, vu le nombre d'entreprises qui ont changé d'actionnariat depuis des années..

le 08/04/2014 à 10:39
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ce que veut expliquer Noos, c'est que derrière Numéricable, c'est toujours la même entreprise qui change de nom régulièrement mais conserve les mêmes habitudes : service technique faible, service commercial défaillant, prix élevés ....

le 08/04/2014 à 13:24
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Et maintenant, une dette abyssale !

à écrit le 07/04/2014 à 19:54
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Tout çà va un peu vite, il me semble. Tous ceux qui ont aimé UPC il y a dix ans aimeront peut-être bientôt Numéricable.

à écrit le 07/04/2014 à 18:47
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Comme disaient les anciens : "Qui trop embrasse, mal étreint" La Fontaine aussi avait sa formule avec la grenouille qui voulait être plus grosse que le boeuf ! "Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages: Tout bourgeois veut bâtir comme...

à écrit le 07/04/2014 à 18:00
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« Les clients vont se ruer massivement sur le très haut débit » Et pourtant le recrutement d'abonnés chez Miséricable ne semble pas à la fête...

à écrit le 07/04/2014 à 17:09
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ET il va y en avoir des fuyards... rien que le nom de Numericable fait frémir tous ceux chez qui un problème a pu apparaître. "junk" disent les agences de notation; lesquelles nous ont habitué à "sur évaluer"... c'est dire quelle doit être leur vraie...

à écrit le 07/04/2014 à 17:08
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et dans moins d un an il est bouffe par carlos slim ! et le franchouillard nickles !

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