Les Hauts-de-France, une spécialité santé gagnante

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(Crédits : DR)
La région s'est réinventée en se spécialisant notamment dans la santé. Elle a mis sur pied des écosystèmes couvrant l’ensemble du parcours d’accompagnement de la création d’entreprises innovantes. Une spécificité : elle aide également les candidats qui n'ont pas été primés au concours national i-Lab mais sont porteurs de projets à fort potentiel.

Les dossiers sont sur leur bureau depuis peu. Après avoir pris connaissance de la vingtaine de projets qu'ils auront, avec les autres membres du secrétariat technique régional, à examiner puis à sélectionner pour envoyer les meilleurs au niveau national, Stéphane Leleu, délégué régional à la recherche et à la technologie (DRRT), et Régis Lemoine, délégué innovation pour Bpifrance dans la région des Hauts-de-France, confirment une tendance qui se faisait déjà jour ces dernières années : une montée en puissance de la santé - même si les technologies de l'information, l'énergie ou l'agroalimentaire sont aussi représentées. Et un regret : alors que l'an dernier, la région s'est enorgueillie d'avoir une lauréate, cette année, tous les porteurs de dossiers sont des hommes...

Si les nordistes ont été nombreux à candidater dans ces domaines, c'est que la région a structuré des écosystèmes spécifiques, comme Eurasanté, Euratechnologies ou Amiens Cluster. Dans le domaine phare de la santé, par exemple, Eurasanté, associant la Métropole Européenne de Lille (MEL), le CHU, l'Université et l'Institut Pasteur de Lille, soutient la recherche-innovation de la filière Santé Nutrition avec son Bio-incubateur, en articulation avec la SATT Nord et divers fonds régionaux. « Ces écosystèmes intègrent l'ensemble de la chaîne de valeur, souligne Stéphane Leleu, ce qui permet de détecter des projets et d'accompagner les porteurs, mais aussi de structurer des équipes et d'apporter le soutien financier nécessaire ». Et les résultats sont à la hauteur des efforts consentis, dans le domaine de la santé comme dans d'autres ! La région est devenue extrêmement dynamique pour les créations d'entreprises, mais en plus, les innovations y sont nombreuses, et souvent saluées par i-Lab. « Le poids économique de la région correspond à environ 7,5 % du total de l'Hexagone, pointe Régis Lemoine, et si les dépenses en R&D ne représentent que 3,3 % du total français, nos résultats, en termes de lauréats au concours i-Lab national sont de 6% ». Preuve que la région sait attirer les meilleurs, les reconnaître et les soutenir.

Maintenance prédictive

Parmi ceux qui ont réussi le concours i-Lab ces dernières années, Stéphane Leleu et Régis Lemoine veulent mettre en avant une femme, Marion Aubert, et le projet qu'elle portait en 2018, Wavely. Née du croisement de la recherche scientifique et de l'ingénierie, avec des innovations développées dans le laboratoire lillois de recherche de l'Institut d'Électronique, de Microélectronique et de Nanotechnologies, rattaché au CNRS, à l'Institut Supérieur de l'Electronique et du Numérique, aux Université de Lille et de Valenciennes, et à Centrale Lille, la jeune pousse que Marion Aubert a co-fondée a développé des capteurs dotés d'une intelligence embarquée, qui écoutent en continu le bruit. Le but ? Anticiper les pannes en milieu industriel, par exemple, puisque le système basé sur la combinaison d'une analyse complexe du signal acoustique et de modèles d'intelligence artificielle permet de distinguer et d'identifier la signature sonore de certains défauts ou d'un mauvais réglage. Si aujourd'hui encore, les techniciens détectent souvent un dysfonctionnement « à l'oreille », ils peuvent désormais être aidés, avec cet outil de maintenance prédictive, qui les prévient par SMS en cas de problème.

Le système a déjà fait ses preuves dans le domaine de l'Oil & Gas pour la détection de fuites de méthane dans le cadre d'un projet porté avec le bureau d'étude SIm Engineering pour le compte de TOTAL. Même chose en milieu urbain, lorsqu'une limite sonore programmée dans le système de capteurs est dépassée. « Cette technologie peut avoir bien d'autres usages, souligne Stéphane Leleu, pour détecter les décharges partielles par exemple ou dans le cadre de la ville intelligente ». « Maturée au sein de la SATT Nord, incubée au sein d'Euratechnologies, accompagnée par Bpifrance et également soutenue par des financements régionaux, la société Wavely a vraiment surfé sur le label i-Lab, note de son côté Régis Lemoine, et elle entend lancer ses produits sur le marché cette année ». Nombreux sont les industriels, les opérateurs de chantiers, et les entreprises du bâtiment qui pourraient en effet largement bénéficier de cette technologie.

Lutter contre la maladie d'Alzheimer

Par ailleurs, dans le domaine de la santé, Stéphane Leleu met également en lumière les avancées d'AlzProtect. Fondée en 2007, dans le sillage de son succès au concours i-Lab la même année, l'entreprise bio-pharmaceutique développe des candidats médicaments - de leur découverte jusqu'aux essais cliniques - pour le traitement de maladies neurodégénératives, dont la maladie d'Alzheimer et les tauopathies orphelines telle que la Paralysie Supranucléaire Progressive (PSP). Des recherches longues, coûteuses et jalonnées d'essais cliniques... Mais AlzProtect avance et pour financer la deuxième phase clinique de sa molécule, la société a réalisé au début de l'année dernière une nouvelle levée de fonds - d'un montant total de 14 millions d'euros, en accueillant Xerys Gestion, une société de capital-investissement, à un tour de table déjà constitué par des actionnaires historiques : l'université de Lille, Finovam et Nord France Amorçage. « Les investisseurs privés n'arrivent que dans un deuxième temps, souligne à cet égard Régis Lemoine. La société a bénéficié d'un soutien public dans un premier temps, ce qui lui a permis de lever d'autres montants par la suite ». Le nouveau financement devrait permettre à AlzProtect de s'attaquer, après la PSP, à la maladie d'Alzheimer.

« Reçus-collés »

Autant de succès qui incitent également la région à miser sur d'autres innovateurs, ceux que Stéphane Leleu et Régis Lemoine appellent les « reçus-collés », autrement dit, des chercheurs dont le dossier a franchi les premières étapes de sélection, mais n'a pas été lauréat. Ces projets peuvent eux aussi bénéficier d'un soutien de la Région et de la Métropole Européenne de Lille, un dispositif unique en France. Car les deux experts en sont convaincus : des innovations technologiques peuvent émerger de cette façon et être transformées en entreprises, en partie grâce à la visibilité que donne le concours i-Lab, même aux 'non-lauréats' nationaux.

Pour montrer que le dispositif fonctionne bien, Stéphane Leleu et Régis Lemoine mettent en avant e-Zyvec, une jeune pousse spécialisée en génie génétique lancée en septembre 2016 et incubée à Eurasanté. Lauréate du concours dans la catégorie « en émergence » en 2014, elle n'a pas été primée au concours national i-Lab en 2016. Cette même année, le relai a été pris par les collectivités pour assurer le développement. « Aujourd'hui, elle a reçu une aide du programme d'investissements d'avenir (PIA3), ce qui prouve que le projet méritait d'être soutenu », relève le délégué Bpifrance. « L'approche est très novatrice, ajoute son coéquipier de la DRRT, avec des assemblages d'ADN qui trouveront des applications industrielles ». De fait, e-Zyvec propose d'utiliser de la cellulose pour les cellules des batteries, au lieu du lithium et du sodium. De même, après la découverte de chercheurs suédois sur la capacité d'une algue à produire des fibres permettant de stocker l'énergie, e-Zyvec compte travailler sur la modification génétique d'algues qui pourraient produire ces fibres en grande quantité.

Bref, que ce soit par le biais des algues, de capteurs dotés d'intelligence prédictive, de nouveaux médicaments pour le traitement de maladies neurodégénératives ou de bien d'autres innovations - comme les cellules de batteries sodium-ion développées par TIAMAT, lauréat en 2017 - l'écosystème mis au point par les Hauts-de-France, qui offre, comme le concours i-Lab, des passerelles entre recherche-innovation et applications commerciales, n'a plus à faire ses preuves. Ses succès parlent pour lui.

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