Facebook, en plein scandale, promet 10.000 emplois à l'UE pour bâtir son « Metaverse »

Pour accélérer la réalisation de son nouvel univers virtuel en ligne, le "Graal des interactions sociales" selon Mark Zuckerberg, le géant du Web annonce qu'il va recruter une armée d'ingénieurs... issus de l'Union européenne. Laquelle UE se voit tresser louange sur louange à longueur de communiqué, alors que le réseau social fait face à de gravissimes révélations sur son impact négatif sur la démocratie, la santé mentale des adolescents, et qui décrivent une entreprise privilégiant toujours son profit à la sécurité de tous.
Jérôme Cristiani

6 mn

Récemment, Facebook a lancé Horizon Workrooms à destination du monde des entreprises, avec l'ambition de pousser les utilisateurs à basculer dans ces univers virtuels où d'une part on s'immerge via des casques de réalité virtuelle (Facebook possède Oculus, le leader du marché des casque de VR) et où l'on interagit au moyen d'avatars (personnalités numériques).
Récemment, Facebook a lancé Horizon Workrooms à destination du monde des entreprises, avec l'ambition de pousser les utilisateurs à basculer dans ces univers virtuels où d'une part on s'immerge via des casques de réalité virtuelle (Facebook possède Oculus, le leader du marché des casque de VR) et où l'on interagit au moyen d'avatars (personnalités numériques). (Crédits : Facebook)

Ce lundi, Facebook déclare qu'il prévoit de recruter 10.000 "talents" à travers l'Union européenne au cours des cinq prochaines années afin de contribuer à la création du "métavers". Dans le plan com du géant américain, cette annonce vient consolider celle de septembre où il s'engage à débourser 50 millions de dollars pour créer son "metaverse" (l'acception anglaise, contraction de meta et universe, est la plus fréquemment employée).

"Cet investissement est un vote de confiance dans la force de l'industrie technologique européenne et le potentiel des talents technologiques européens", ont indiqué ce matin dans leur communiqué Nick Clegg, vice-président chargé des affaires publiques, et Javier Olivan, vice-président chargé des produits centraux, deux des plus hauts responsables du groupe qui compte aujourd'hui plus de 63.000 salariés.

Le communiqué de presse ne donne cependant aucun détail précis sur les pays de l'UE où seront localisés les futurs emplois ni sur les catégories d'emplois concernés. Tout juste mentionne-t-il que "le besoin d'ingénieurs hautement spécialisés est l'une des priorités les plus urgentes de Facebook".

Mais qu'est-ce que ce "métavers"? Il s'agit d'un concept d'univers virtuel, imaginé pour la première fois en 1992 dans "Le Samouraï virtuel", de Neal Stephenson. Ce roman de science-fiction place une partie de son intrigue dans un monde artificiel uniquement accessible en ligne, un cyberespace parallèle au monde physique, dans lequel une communauté de personnes peut interagir collectivement par avatars interposés. De nombreuses applications récentes peuvent en donner un aperçu, comme Fortnite, célèbre jeu massivement en ligne d'Epic Games (env. 350 millions de joueurs inscrits), ou encore Horizon, le nouveau service de visioconférence et travail de groupe de Facebook pour participants équipés de casque de réalité virtuelle - sans oublier l'ancêtre Second Life, jeu de rôle massivement mutlijoueur en ligne -et premier métavers- mis en ligne gratuitement en 2003.

La réalité virtuelle (VR), "Graal des interactions sociales"

En passant au recrutement de cette armée d'ingénieurs (annoncé cet été), le géant du web franchit une étape majeure dans la finalisation de ce métavers, projet qui, pour Mark Zuckerberg, représenterait l'avenir du réseau social, voire l'internet du futur, avec le décuplement des potentiels d'immersion et d'interactivité via les outils de réalité virtuelle (VR) ou augmentée, où réel et virtuel se fondent jusqu'à se confondre.

Dans une interview accordée en juillet dernier au site The Verge, l'entrepreneur expliquait qu'il fallait penser le métavers comme « un Internet incarné où, au lieu de juste regarder le contenu, vous êtes dedans ».

« À l'avenir, via des hologrammes, j'aurai l'impression que nous sommes au même endroit, même si nous sommes à des centaines de kilomètres l'un de l'autre... Facebook entend construire ces nouveaux outils technologiques qui procureront un supplément d'expériences nous permettant de nous sentir plus proches les uns des autres », ajoutait-il.

Facebook est déjà l'un des leader mondiaux de la réalité virtuelle avec son casque Oculus, issu de l'entreprise du même nom rachetée en 2014 pour 2 milliards de dollars. "J'ai toujours pensé que c'était le Graal des interactions sociales", détaille-t-il dans l'interview à The Verge, où il déplore les limites du smartphone comme moyen de communication et d'accès aux espaces numériques.

L'avènement d'un nouveau B2C: le "Direct-to-Avatar"

Dans leur communiqué, Nick Clegg et Javier Olivan promettent qu'il ne s'agira pas d'un nouvel univers fermé comme Facebook: "Aucune entreprise ne possédera ni n'exploitera le métavers", affirment-ils.

« Comme Internet, sa caractéristique principale sera son ouverture et son interopérabilité. Pour lui donner vie, la collaboration et la coopération seront nécessaires entre les entreprises, les développeurs, les créateurs et les décideurs politiques », estiment-ils.

Pour autant, l'équation économique est loin d'être absente de ce projet,  car il est conçu, à l'instar de son ancêre Second Life, comme un puissant levier d'opportunités pour les marques, où celles-ci pourront construire des boutiques, vendre des produits, lancer des actions marketing pour améliorer leur visibilité et conquérir de nouvelles parts de marché. Cependant, le consommateur sera quelque peu différent à cerner dans ce nouvel environnement, au point que cette stratège spécialisée en "metaverse" citée par Le Blog du Modérateur y voit l'avènement d'une nouvelle relation client : le Direct-to-Avatar (D2A).

Un contrefeu au scandale des "Facebook Files" ?

Pour autant, il faut rappeler que cette annonce de Facebook survient en pleine tourmente pour l'entreprise californienne. La gigantesque panne mondiale qui a paralysé les applis du groupe Facebook début octobre a certes fait du bruit.

Mais c'est l'affaire des "Facebook Files" qui met véritablement en danger l'entreprise régulièrement accusée d'ignorer les impacts sociaux négatifs de ses activités. Début octobre, Frances Haugen, ex-employée de Facebook, a commencé à dévoiler des milliers de documents internes compromettants, qui dressent le portrait d'une entreprise amorale et cynique, parfaitement consciente de son impact négatif sur la démocratie et même la santé mentale des adolescents, mais qui choisit, "encore et encore, tous les jours" de privilégier son profit à la sécurité de tous. Des plaintes ont été déposées par la lanceuse d'alerte auprès de la SEC, l'autorité de contrôle des marchés financiers des États-Unis.

L'Union européenne couverte de louanges

Difficile d'ignorer ce contexte à la lecture du communiqué de Nick Clegg et Javier Olivan qui ne cesse de tresser des louanges à l'Union européenne: sa puissante industrie technologique, son vaste marché, ses universités, ses talents et...  son "rôle important" dans la régulation contre les excès d'Internet:

« Au-delà des talents technologiques émergents, l'UE a également un rôle important à jouer dans l'élaboration des nouvelles règles d'Internet. Les décideurs politiques européens ouvrent la voie en aidant à intégrer les valeurs européennes telles que la liberté d'expression, la vie privée, la transparence et les droits des individus dans le fonctionnement quotidien d'Internet. Facebook partage ces valeurs et nous avons pris des mesures considérables au fil des ans pour les faire respecter. »

Pour autant, une course de vitesse s'engage car le géant américain n'est pas le seul à parier sur ce monde virtuel.

Epic Games, l'entreprise derrière Fortnite, a indiqué qu'une partie du milliard de dollars levés cette année auprès d'investisseurs institutionnels, dont Sony, serait consacrée au "métavers".

(avec AFP, Reuters, The Verge)

Jérôme Cristiani

6 mn

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Commentaires 8
à écrit le 20/10/2021 à 11:56
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Dans un monde virtuel, on peut tout promettre...! Il y a même qui pense y vivre dés qu'ils pensent a l'Élysée!

à écrit le 19/10/2021 à 18:14
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Un monde artificiel………c’est ça l’avenir qu’on promet à nos enfants? Quelle nullité !

à écrit le 19/10/2021 à 8:47
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Je n'arrive toujours pas à différencier les critiques de la classe dirigeante envers FB d'une puissante jalousie envers cette incroyable réussite tandis que MZ reste pour moi le patron de GAFAM le plus intéressant intellectuellement. La classe politi...

à écrit le 19/10/2021 à 4:27
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Facebook qui nous promet Matrix comme horizon. C’est-y pas beau ce futur?

à écrit le 18/10/2021 à 19:48
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Doublement content de m'être auto viré de FacedeBouc. J'ai quelques bons et vrais amis en chair et en os. Ça me va😇

à écrit le 18/10/2021 à 16:17
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A ça me rappelle le MEDEF de chez nous, 1 million d'emploi... 8 ans après, il est où le million ? bon et pour Fakbouq, la même chose, les promesses n'engagent que ceux qui y croient... Hé Marco, créée les tes 10 000 emplois et après on en rediscute, ...

le 19/10/2021 à 9:13
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"A ça me rappelle le MEDEF de chez nous, 1 million d'emploi... 8 ans après" Il reste le pin's.

à écrit le 18/10/2021 à 16:05
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C'est pas nouveau 2007 : Ils étaient plus de 1 850 à répondre à la marche de protestation organisée jeudi dernier sur Second Life pour soutenir les salariés d'IBM Italie Cette manifestation - une première dans l'univers virtuel de Second Life ...

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