Le Web est mort, vive le Metaverse !

HOMO NUMERICUS. Pour Facebook, l'Internet du futur prendra la forme d'un univers virtuel dans lequel il sera possible de jouer, travailler, voyager, rencontrer ses amis, faire des achats... le tout en naviguant dans un monde parallèle sans bouger de chez soi. Par Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio.
Philippe Boyer

6 mn

Tout récemment, et à destination du monde des entreprises, le lancement de Horizon Workrooms participe à cette ambition de pousser les utilisateurs à basculer dans ces univers virtuels où les utilisateurs interagissent au moyen d'avatars.
Tout récemment, et à destination du monde des entreprises, le lancement de Horizon Workrooms participe à cette ambition de pousser les utilisateurs à basculer dans ces univers virtuels où les utilisateurs interagissent au moyen d'avatars. (Crédits : Facebook)

La période estivale est propice à toutes sortes de lectures, en particulier les auteurs de science-fiction, toujours prompts à imaginer des mondes futuristes. Neal Stephenson fait partie de ces auteurs de référence. Dans « Le Samouraï virtuel », cet auteur américain imagine un monde dans lequel l'univers réel se confond avec un cyberespace parallèle. Ce roman dystopique décrit l'épopée de Hiro Protagoniste (le bien-nommé), hacker de son état, ayant participé à la fabrication d'un univers virtuel, le « Metaverse », dans lequel travailler, se déplacer, rencontrer ses amis... devient une réalité dès lors que l'on se connecte pour entrer dans cet univers parallèle fait de lignes de codes informatiques - pour aller vite, un monde dans lequel les lois physiques du temps, de l'espace et de la gravité ne comptent plus.

C'est à peu près cette vision-là qui semble guider Mark Zuckerberg, patron emblématique de Facebook[1]. En imaginant l'Internet de demain, il entend faire de son groupe le champion de la réalité virtuelle pour, d'ici 5 à 6 ans, le transformer en une « entreprise du metaverse. » Exit le Facebook que l'on connaît en tant que « simple » réseau social, et bienvenue à l'entreprise qui proposera à ses 2,5 milliards d'utilisateurs de plonger dans un univers virtuel composé d'avatars.

Le Web de demain, selon Mark Zuckerberg

Cette ambition se comprend un peu mieux lorsque l'on décrypte le terme de « metaverse » : « Meta », en grec « au-delà de » et « verse », contraction du mot anglais d'univers, « universe ». La vision du Web de demain, selon Mark Zuckerberg, consiste donc à ne plus simplement être le spectateur d'un contenu, mais à devenir soi-même un acteur immergé à l'intérieur d'un univers où tout, ou presque, deviendrait possible grâce à la réalité virtuelle.

Dans une longue interview parue fin juillet sur le site de la revue technologique américaine « The Verge [2] », Mark Zuckerberg a précisé sa vision déclarant que « [dans ce Metaverse], les interactions que nous aurons seront beaucoup plus riches... À l'avenir, via des hologrammes, j'aurai l'impression que nous sommes au même endroit, même si nous sommes à des centaines de kilomètres l'un de l'autre... Facebook entend construire ces nouveaux outils technologiques qui procureront un supplément d'expériences nous permettant de nous sentir plus proches les uns des autres ».

Pour concrétiser cette vision de ce monde où réalités virtuelle et augmentée deviendraient la nouvelle norme, le patron de Facebook s'est donné les moyens : plusieurs milliards de dollars budgétés et une équipe de 10.000 salariés rassemblée dans le Facebook Reality Labs, pour s'atteler à la construction de cet univers virtuel [3].

Basculer dans l'univers de la réalité virtuelle

Avant que Facebook ne devienne une « entreprise du metaverse », la firme s'est déjà frottée à cet univers de la réalité virtuelle via ses casques (Oculus) ou encore sa plate-forme de création, Facebook Horizon, qui, même imparfaite, ressemble presque à un mini réseau social.

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Tout récemment, et à destination du monde des entreprises, le lancement de Horizon Workrooms participe à cette ambition de pousser les utilisateurs à basculer dans ces univers virtuels où les utilisateurs interagissent au moyen d'avatars.

Horizon Workrooms

Visionner le clip de lancement [4] de ce nouveau service laisse entrevoir ce que pourrait être ce metaverse : ici, une réunion professionnelle dans laquelle une dizaine de « personnes », assises autour d'une grande table ronde, participent à une présentation en se parlant l'une l'autre ou encore en « se déplaçant » vers un écran sur lequel il est possible d'écrire, sauf que tous les invités rassemblés autour de cette table de réunion se trouvent être des personnages fictifs, des avatars choisis par les participants, eux bien réels, chaussés de leurs casques de réalité virtuelle, qui ont fait le choix « de se faire représenter » au moyen de ces personnages de dessin animé.

Lubie de geek ou géniale intuition ?

En attendant l'avènement de ce monde en réalité virtuelle, l'idée de ce « Metaverse » soulève d'innombrables questions. Outre le fait, très prosaïque, que le taux d'équipement en casques de réalité virtuelle reste encore très faible (moins de 7% des foyers, contre 2% en 2016 [5]) et qu'il n'est pas forcément aisé de se sentir à l'aise avec cet objet qui pèse environ 400 grammes, et qui, par ailleurs, est sujet à provoquer migraines et nausées, les interrogations liées à ce projet de construction d'univers parallèles numériques portent aussi bien sur la protection des droits des personnes que sur le côté éthique d'une telle technologie.

Faudra-t-il inventer de nouvelles législations pour réguler cet espace artificiel ? Autoriserons-nous qu'une entreprise ou qu'un oligopole technologique doté de moyens financiers presque illimités puissent être les seuls maîtres du jeu de ces univers virtuels? Sans bien sûr oublier le délicat sujet de la protection des données ? (Les fuites de données personnelles, singulièrement celles qui proviennent des GAFA, sont désormais légion...) ou encore, le respect de l'expression des libertés sur ces plateformes. En un mot, la question sera d'abord de s'entendre pour savoir où commencera et où s'arrêtera ce monde virtuel? Si la question est vertigineuse, la réponse est éminemment complexe.

Plus fondamentalement, ce metaverse nous interroge sur les errements de quelques gourous de la Tech qui se sont donnés pour mission « d'aller voir ailleurs ». Ici, la colonisation de la planète Mars, là la création de mondes virtuels peuplés de faux-semblants. Le réel leur paraît-il si ennuyeux au point qu'il ne leur suffit plus ? Il est vrai qu'en ce début de XXIe siècle, tout va pour le mieux sur notre planète. Ce n'est pas comme si l'humanité n'avait plus, ici et maintenant, de colossaux défis à relever...

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NOTES

1 https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/empereur-mark-841307.html

2 https://www.theverge.com/22588022/mark-zuckerberg-facebook-ceo-metaverse-interview

3https://techcrunch.com/2021/07/28/zuckerberg-is-turning-trillion-dollar-facebook-into-a-metaverse-company-he-tells-investors/

4 https://youtu.be/lgj50IxRrKQ

5 https://www.realite-virtuelle.com/francais-teste-realite-virtuelle/

Philippe Boyer

6 mn

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Commentaire 1
à écrit le 02/09/2021 à 9:49
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La liberté humaine et réelle mis «  sous cloche virtuelle » pour les bonheurs des c**** qui dirigent la terre ? 1% de tarés à 5 pattes pour 99% de moutons humains ?

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