Charlotte Cadé fédère les professionnels de la brocante

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(Crédits : DR)
Créée en 2014, Brocante Lab est devenue la place de marché où se bousculent les professionnels. Une réussite née d'un concept simple : proposer des objets originaux à des prix accessibles à tous les budgets.

Charlotte Cadé est passionnée de décoration depuis toujours. En réalité, surtout depuis son premier job d'été, chez un antiquaire de la région bordelaise, qui lui a fait découvrir son métier et la passion des (belles) pièces uniques. Complètement mordue, elle y retourne chaque été trois années de suite. Puis elle suit un parcours plutôt classique dans une école de commerce à Grenoble. Elle travaille ensuite dans le marketing, chez L'Oréal, avant de rejoindre une agence de design. Mais sa passion est toujours là, bien présente. Elle passe des heures entières à surfer sur Pinterest pour pêcher de bonnes idées de décoration.

Et bascule ensuite sur des sites comme Leboncoin ou ebay pour y dénicher la bonne affaire ou la pépite correspondant à sa source d'inspiration fraîchement repérée. Uniquement dans le but d'aménager son propre intérieur. Dans un premier temps du moins.

A force, ses compétences se sont affûtées

D'ailleurs, ses proches n'hésitent pas à solliciter ses talents, lorsqu'ils sont en quête de décoration personnalisée pour un budget maîtrisé. En effet, les trouvailles de Charlotte Cadé leur permettent de rompre avec les standards imposés par les enseignes traditionnelles telles que Maisons du monde. Si bien que tout ce temps passé à chiner sur le Web lui donne envie de trouver une solution pour industrialiser ce véritable « savoir-faire » acquis au fil de ses recherches. Elle décide alors de sauter le pas et de se lancer dans l'entrepreneuriat. C'est comme ça que Brocante Lab est né, en septembre 2014. Le concept est simple : proposer des objets originaux - étant donné qu'ils sont tous de seconde main - à des prix accessibles pour tous les budgets, allant de 10 à 10.000 euros. Sur le site, on navigue par objet et selon les critères de recherche souhaités, afin d'obtenir la sélection de Brocante Lab. Cela va du fauteuil à la table basse en passant par le coussin, le miroir, l'assiette ou encore la dame-jeanne. Avec la possibilité d'accéder à des sources d'inspiration via un onglet spécifique.

« C'est quelque chose qui plaît beaucoup », glisse la jeune entrepreneure.

Ces idées, sortes de mises en scène, composent les deux newsletters hebdomadaires qui « cartonnent », assure-t-elle, fière d'annoncer quelque 45.000 abonnés « spontanés », évoquant un taux d'ouverture et de clics trois fois supérieur à la moyenne.

Concrètement, Brocante Lab se veut être une place de marché où les vendeurs sont majoritairement des professionnels (à 70 %). Des pros qui, jusqu'à présent, n'avaient pas de site et ne se sentaient par conséquent pas valorisés sur des sites généralistes comme Leboncoin. Leur touche artistique « ne se ressentait pas », analyse Charlotte Cadé. Brocante Lab devient alors un outil clefs en main pour ces vendeurs, qui peuvent gérer leur propre « boutique » (leur espace dédié) sur la marketplace. « Entre la prise de la photo de l'objet et sa mise en ligne sur le site, il y a seulement trois clics », explique Charlotte Cadé. Et, pour optimiser davantage la rapidité du processus, une application IOS et Android devrait voir le jour à la fin de l'année.

Il ne s'agit pas simplement d'une vitrine !

Le site de Charlotte Cadé épaule les marchands qui peuvent suivre leurs résultats, l'évolution du nombre de leurs commandes, le taux de satisfaction, etc., grâce à des outils analytiques. Et ce n'est pas tout, la marketplace va même jusqu'à conseiller les professionnels afin d'augmenter le nombre de leurs ventes. En contrepartie, le site prend une commission de 15% sur les ventes des professionnels (et 20% pour les particuliers).

Si Charlotte Cadé s'est lancée dans une telle aventure, c'est qu'elle est persuadée du succès de son entreprise. Elle caresse d'ailleurs le rêve de s'imposer comme un leader sur le marché. S'il vous plaît.

« Brocante Lab a vocation à devenir le premier label en ligne de mobilier et décoration de qualité, explique-t-elle. Il y a de la place pour une marque forte, inspirante, avec des pièces uniques et des prix accessibles », s'emballe celle qui n'a pas hésité à quitter son poste de responsable commerciale dans une agence de design, entraînant dans son sillage son ami Mathieu Brousse.

Diplômé de l'Edhec, ce dernier a déjà travaillé au réseau Entreprendre Paris, où il a accompagné une cinquantaine de startups digitales. Autant dire qu'il ne se jette pas dans un univers inconnu, maîtrisant bien le modèle ainsi que la problématique de financement et de développement d'une telle entreprise. La jeune pousse démarre alors avec 100.000 euros de fonds propres, et quelques aides de la BPI ainsi que du réseau Entreprendre Paris.

Or, très rapidement, le projet séduit de nombreux investisseurs. Ainsi, quand les deux fondateurs du site lancent une première levée de fonds en avril 2015, ils ne récoltent pas moins de 500.000 euros en seulement deux mois. Une performance qui semble relever de l'exploit. Pourtant, Charlotte Cadé précise les détails de leur fructueuse méthode avec délectation :

« Nous avons créé un compte Premium sur LinkedIn, grâce auquel nous avons plus démarché des investisseurs potentiels. En gros, pour 50 euros par mois, nous avons levé 500.000 euros en deux mois ! », lance la jeune chef d'entreprise, un large sourire aux lèvres.

Il y a de quoi en effet. Surtout que parmi ses investisseurs, Brocante Lab peut s'enorgueillir de compter sur une belle brochette de serial business angels du Web tels que Renaud Guillerm de Vide-Dressing, Pierre Tremolières, fondateur de Delamaison.fr, Thierry Petit, cofondateur et CEO de Showroomprivé ou bien encore Oleg Tscheltzoff, PDG de Fotolia.

Pour l'heure, le site s'adresse plus aux marchands professionnels, qui vont pouvoir créer leur boutique. Il en compte plus de 700 aujourd'hui, avec quelque 25.000 pièces en vente, dont plus de 1.000 nouveautés chaque semaine. C'est d'ailleurs toute la mission de Charlotte Cadé, qui s'occupe aussi bien de la partie « sourcing » que du pôle communication : chercher de bons marchands et sélectionner de beaux produits. La jeune pousse enregistre ainsi une hausse de sa croissance de 20% chaque mois depuis son lancement, il y a deux ans. Le premier exercice clôturé fin 2015 a permis de dégager un volume d'affaires d'un million d'euros.

De quoi laisser envisager un déménagement d'ici à la fin de l'année, espère Charlotte Cadé. Et passer de leurs actuels locaux dans un espace de coworking du xie arrondissement, à leur propre espace, avec un showroom. En attendant, elle compte bien recruter pour étoffer son équipe d'une quinzaine de personnes.

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MODE D'EMPLOI

  • Où la rencontrer ? À la braderie de Lille, avec sa brouette et sa bière à la main. À Paris, au marché de la rue du Poteau (XVIIIe).
  • Comment l'aborder ? Avec de belles trouvailles, des pépites dénichées dans des brocantes. Et avec beaucoup de simplicité. « J'ai horreur des gens suffisants », dit-elle.
  • À éviter ! Lui proposer la table laquée Ikea ou le meuble Expedit, ça ne passera jamais sur le site !

TIME LINE

  • 1987 Naissance, à Bordeaux.
  • 2004 Coup de foudre pour l'art de chiner chez un antiquaire du Sud-Ouest.
  • 2005 La passion se confirme.
  • 2006 Son dernier stage lui laisse un goût d'inachevé.
  • 2011 Diplômée d'une école de commerce, à Grenoble.
  • 2013 Décide de fonder Brocante Lab et quitte son job.
  • 2014 Lancement de Brocante Lab.
  • 2015 Première levée de fonds.
  • 2016 Sortie d'une appli mobile et levée de fonds.

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Commentaires
a écrit le 18/09/2016 à 9:49 :
Excellent. Félicitations!

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