Coworkstation, à Clisson : le coworking à la campagne

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(Crédits : Frédéric Thual)
À Gorges, dans le vignoble nantais, la municipalité a offert le gîte à l'association Coworklisson. Soutenu par la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine, l'espace de coworking rural pourrait devenir le cœur de la future maison de l'économie et essaimer.

« Et là, on finalise la terrasse-véranda de 40 m² avec vue imprenable sur le vignoble... Les équipes municipales sont venues faire l'isolation et nous, on a poncé le parquet. L'idée, c'est d'en faire un espace de détente pour les coworkers et un lieu pour accueillir des formations, des événements, des animations... », expliquent Hélène Brault et Samuel Gautier, coprésidents de Coworklisson, qui a donné naissance en janvier dernier, au premier espace de coworking de la vallée de Clisson, en Loire-Atlantique : CoWorkstation, à Gorges, commune viticole de 5.000 habitants, et halte ferroviaire sur l'axe Nantes-Clisson.

« C'est un tiers-lieu et non un espace de bureaux partagés », insistent-ils. Le rez-de-chaussée de cette ancienne maison bourgeoise de 180 m² mise à disposition par la municipalité, accueille un open space fraîchement rénové, avec neuf postes de travail disponibles. De l'autre côté du couloir, un bureau indépendant pour télétravailleurs de passage permet aussi de s'isoler. La cuisine, elle, est restée dans son jus. À l'étage, les échafaudages occupent encore un premier bureau.

Le deuxième est équipé de mobilier scolaire, gracieusement fourni par le lycée Charles-Péguy, voisin. Le troisième hébergera bientôt l'association d'utilisateurs de logiciels libres Gullivigne. Le tout est connecté au très haut débit par la fibre optique, sécurisé par un système de contrôle d'accès géré par smartphone. Et disponible à la demi-journée, à la journée, à la semaine, au mois ou au trimestre, pour les adhérents ou non à l'association. Le tarif est de 6 à 9 euros la demi-journée selon le statut et de 110 euros par mois pour les membres.

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Coworklisson, Gorges, coworking, télétravail

[La bâtisse mise à disposition par la mairie de Gorges est devenue un lieu de travail et de détente, les coworkers ayant participé à sa rénovation. Crédits : Frédéric Thual]

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Nouveaux métiers

« Ce n'est pas le luxe du coworking à la nantaise mais on veut créer autre chose. Un lieu où se croisent les acteurs des mondes économique, associatif, lycéen et culturel », détaille Samuel Gautier, ingénieur spécialisé dans le conseil en urbanisme territorial pour une société lorientaise. Ses activités l'amènent à sillonner un territoire allant de Brest à Bordeaux.

« Ici, j'évite les bouchons du périphérique nantais et avec la liaison ferroviaire du train-tram, je suis à vingt minutes de mes clients qui adorent venir se ressourcer dans le vignoble », sourit-il.

Avant, il travaillait à domicile ou en clientèle. Seul. Comme la centaine de télétravailleurs identifiés en 2015 par la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine, établissement public de coopération intercommunale (EPCI) de 16 communes, né le 1er janvier dernier. Un territoire au carrefour de la Vendée, du Choletais et de la Loire-Atlantique, à l'écart du plan local d'urbanisme nantais où le prix des terrains a incité nombre de cadres parisiens, d'entrepreneurs, et de plus en plus d'entreprises, à venir poser leurs valises, plus au sud, près des vignes.

« En dix ans, la population de Gorges a augmenté de 4% par an pour passer de 2.600 à 5.000 habitants. On a vu arriver les promoteurs, les primo-accédants qui n'avaient pas les moyens d'acheter sur la métropole nantaise et de nouveaux métiers que l'on ne connaissait pas », explique Claude Cesbron, maire de Gorges.

Et parmi eux des télétravailleurs connectés sur Viadeo, Facebook, Instagram et consorts. « Ça a commencé comme ça », rappelle Hélène Brault, secrétaire indépendante, qui a roulé sa bosse en Corse, dans les Landes, à Paris, à Montauban, en Grande-Bretagne... avant d'atterrir à Gorges pour rapprochement familial. Elle habite désormais à trois minutes.

« Beaucoup souffraient de l'isolement. On se réunissait de temps en temps pour un apéro... jusqu'à solliciter l'agglo pour obtenir un lieu de rencontre physique », poursuit-elle. L'embryon de collectif décroche une journée tous les quinze jours « dans une salle sans âme, froide l'hiver et chaude l'été ». Mais l'idée fait son chemin. Et la mayonnaise prend. Si bien que Claude Cesbron, qui vient de préempter La Galussière, une vieille bâtisse laissée à l'abandon depuis sept ans faute d'héritiers, propose au collectif de s'y installer et de redonner vie à cet élément communal, inscrit comme site patrimonial remarquable. « À condition que vous vous constituiez en association et que vous fassiez vivre et rayonner le lieu », impose la communauté d'agglomération, qui a la mainmise sur les compétences économiques.

Elle finance les équipements à hauteur de 20.700 euros, et la mairie de Gorges donne 30.000 euros pour remettre aux normes et isoler le bâtiment. Les coworkers, qui ont signé une convention de trois ans avec l'agglo, relèvent leurs manches, nettoient, poncent, peignent, tapissent et emménagent.

Un concept et des satellites ?

« Nous sommes 35 adhérents à fréquenter l'espace de façon plus ou moins régulière, selon les besoins. On peut aussi accueillir des travailleurs indépendants, des entreprises à la demande... », indique Hélène Brault. Pour favoriser les échanges, les acteurs de CoWorkstation ont créé un compte sur la plateforme Slack.

Photographe, spécialisé dans l'accompagnement thérapeutique, Jean-Baptiste Lorthioir a élu résidence dans un recoin de l'open space il y a un mois. En phase de création d'entreprise, il a préféré abandonner un coûteux bureau ouvert l'an dernier pour rejoindre le CoWorkstation. « Pour les échanges et l'ambiance », dit-il.

Si l'ambition est de monter à 50 adhérents, l'agglo attend une dynamique sur le territoire, plus qu'un résultat sonnant et trébuchant. « Nous sommes en lien avec l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie), Pôle emploi, la mission locale, des associations, des réseaux économiques... et le lycée pour sensibiliser les étudiants », mentionne Samuel Gautier. C'est tout l'enjeu de CoWorkstation, espace d'animation, de formation, d'échanges de connaissances et de rencontres requis par l'agglo pour créer des passerelles.

« Il n'y a ni chiffre d'affaires ni bénéfices attendus, mais plutôt la volonté d'offrir une réponse aux besoins de la nouvelle économie, de donner un coup de pouce aux travailleurs invisibles pour que des projets émergent », admet Pierre Alexandre Evrard, en charge du développement économique de l'Agglo.

« Et ces rencontres génèrent indirectement du business », s'accordent les coworkers. D'ici à trois ans, ils pourraient rejoindre la future Maison de l'économie que doit construire la communauté d'agglomération.

Et Gorges ? « L'occupation de la maison est temporaire. Mais le concept de coworking est lancé. Coworklisson aura sûrement des satellites... », espère Claude Cesbron, engagé dans le projet de développement d'un site tertiaire, avec un pôle de santé... où le coworking a tout son sens. Coworklisson sortira alors de l'éprouvette.

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Par Frédéric Thual,
correspondant pour La Tribune dans les Pays de la Loire.

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Commentaires
a écrit le 11/12/2018 à 9:41 :
"Ce n'est pas le luxe du coworking à la nantaise mais on veut créer autre chose. Un lieu où se croisent les acteurs des mondes économique, associatif, lycéen et culturel "

C'est une très bonne idée mais l'exploitation salariale imposée par l'union européenne empêche d'en imposer le principe. Il est très difficile d'aller à contre courant des idées, aussi destructrices comme on le voit bien, des propriétaires d'outils de production, de capitaux, leurs politiciens et médias.

SI on était aux pays bas encore dans lequel on ne travaille que 30 heures par semaine là il serait possible d'emménager un temps entre deux, mais avec nos 35h qui se sont transformés sous la dictature financière en 39h c'est mort.

Mais bon il est vrai aussi que vu l'incompétence de nos lrem on peut miser sur le tout chômage...

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