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« Le développement des startups à l'international ne passe pas par l'Europe » Nicolas Celier, Ring Capital

Photo de Anaïs Cherif

Anaïs Cherif

Publié le 11 avril 2018 à 05:17 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:06

Nicolas Celier, Ring

Nicolas Celier, Ring

DR

Le Quotidien Numérique

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Lancé fin 2017 et doté de 140 millions d'euros, Ring Capital veut prendre des prises de participation allant de 3 à 15 millions d'euros afin d'aider les jeunes pousses à s'internationaliser. Selon Nicolas Celier, cofondateur de ce fonds tech, les startups françaises doivent se tourner vers les États-Unis si elles veulent grandir.

LA TRIBUNE - Pourquoi avoir créé Ring Capital ? Comment vous situez-vous par rapport aux autres fonds français existants ?

NICOLAS CELIER - Pour financer des entrepreneurs, il faut des équipes avec une expérience opérationnelle dans les startups en forte croissance dans le domaine de la tech. Nous voulons faire la différence avec notre équipe, composée d'anciens de chez Criteo, Fortuneo, Saxo Bank... Notre différenciation vient aussi de notre positionnement. Depuis quinze ans, les fonds se sont principalement concentrés en France sur l'early stage, c'est-à-dire les premiers tours de table. Mais il manque de l'argent pour investir dans des scale-up, les startups en hypercroissance qui ont déjà des clients et un business model solide. Celles-ci doivent réunir des montants plus importants pour obtenir un meilleur soutien opérationnel, recruter des cadres et s'internationaliser.

De quoi ont besoin les startups en hypercroissance pour devenir des géants de leur secteur ?

Les startups ont avant tout besoin d'une ambition : la volonté de croître. Tout le monde ne l'a pas ! Si c'est le cas, les startups doivent se destiner dès le début à une croissance à l'international - et cela passe souvent par les États-Unis. Les jeunes pousses ont besoin de comprendre que le marché français est bien souvent un trompe-l'oeil et que le marché européen est une chimère.

En France, il y a un cimetière de startups. Notre marché est de taille intermédiaire : il est trop petit pour qu'une startup grandisse suffisamment. Elles perdent donc du temps à se développer pour le marché intérieur. Ce temps perdu n'est pas passé à se déployer hors de l'Hexagone... Cinq ans plus tard, on s'aperçoit que des startups concurrentes se sont déjà installées sur le même créneau à l'international.

C'est aussi souvent une illusion de croire que le développement sur le marché extérieur passe par l'Europe. Par exemple, si une startup française veut s'implanter en Allemagne, elle va se heurter à une culture différente. La culture américaine, elle, qu'on le veuille ou non, est mondialisée. Et il y a davantage de Français dans la Silicon Valley qu'en Allemagne ! Une fois qu'une entreprise a réussi aux États-Unis, cela lui offre une caisse de résonance pour revenir se développer en Europe.

Comment comptez-vous aider ces startups en hypercroissance à s'internationaliser ?

Pour passer à l'échelle, il faut investir au bon moment. Une société qui se lance trop vite dans l'internationalisation et l'agrandissement de son équipe peut se tuer. Au contraire, si l'investissement est trop tardif, elle risque de rater son marché. Nous devons donc investir dans le passage entre la phase de démarrage - où le fondateur est omniprésent et limite les dépenses pour la survie de l'entreprise et la phase de passage à l'échelle pour le recrutement de cadres et de développement des process. Le montant moyen investi est de 7 millions d'euros.

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Nous nous appuyons sur notre communauté d'entrepreneurs, qui ont réussi ce passage à l'échelle dans des sociétés comme Showroomprive.com, CompteNickel, Zadig & Voltaire... Dès qu'un investissement est réalisé par le fonds, un mentor est nommé.

Se positionner comme vous le faites sur des tours allant de 3 à 15 millions d'euros, est-ce suffisant ? Pourquoi ne pas tenter de financer de plus grosses levées ?

Cela est suffisant à notre stade de développement. Sans compter que nous pouvons investir seuls, mais aussi avec d'autres acteurs (fonds de private equity généralistes, fonds internationaux...). Cela nous permet donc de nous positionner sur des levées plus importantes si besoin.

L'argent est une chose, mais cela ne fait pas tout. Ce qui nous importe, c'est notre capacité à ouvrir des portes. Par exemple, le groupe Danone figure parmi nos investisseurs. Pour certaines startups, y avoir accès a presque plus de valeur que de bénéficier de quelques milliers de dollars supplémentaires.

Certains capital-risqueurs anticipent une fin de cycle et craignent des années difficiles pour la French Tech en cas de retournement de la conjoncture mondiale. Qu'en pensez-vous ?

Giroptic s'est arrêté [startup lilloise, pionnière dans les caméras à 360°, qui a mis la clé sous la porte début mars, ndlr] et on sonne la fin de la French Tech ! C'est un métier à risque et il y a de la casse : des sociétés se créent, d'autres disparaissent... Cela fait partie du cycle de la création.

Je ne crois pas à une bulle spéculative généralisée dans la tech. D'une part, les valorisations ne sont pas homogènes et, d'autre part, la révolution digitale fait émerger de nouveaux acteurs et de nouveaux usages (« B to B », « B to C », administrations, industrie...). Même s'il y a des survalorisations, les fondamentaux du secteur restent très bons : il n'y a jamais eu autant d'exits et de sociétés rentables qu'aujourd'hui.

L'Europe accueille de plus en plus de « licornes » : il y en a eu 12 nouvelles rien qu'en 2017, mais aucune n'est française. La France reste à la traîne avec trois licornes seulement (BlaBlaCar, Criteo, Vente-privee.com). Comment expliquer ce retard ?

Cela s'explique en partie par le fait que les startups françaises tardent à s'internationaliser. Elles sont trop franco-françaises, et elles passent à côté de leur potentiel en ne se développant pas aux États-Unis. Il y a peut-être des raisons culturelles aussi. En France, nous avons une culture de « l'émiettage » :

plutôt que de concentrer les investissements sur quelques startups à fort potentiel, nous investissons de plus petits montants dans de nombreuses entreprises. Quand on compare les investissements français en capital-risque par rapport à ceux de nos voisins, nous investissons à peu près les mêmes montants mais dans deux fois plus de sociétés !

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  • « L'ordinateur est mort, vive l'ordinateur » (Emmanuel Freund, Blade)

Enfin, la France de François Hollande était un repoussoir pour les investisseurs étrangers. Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, notre pays redevient à la mode et les fonds américains sont en train de revenir. Est-ce que cela sera suffisant pour l'émergence de nouvelles licornes ? Je ne sais pas, mais c'est un bon début.

Anaïs Cherif

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