Cinq moteurs de recherche alternatifs à Google, dont les français Lilo et Qwant, ont demandé à la Commission européenne d'organiser une réunion tripartite avec le géant californien. L'objectif : renégocier la mise en concurrence des moteurs de recherche sur Android, le système d'exploitation mobile qui équipe 80% des smartphones, et qui appartient aussi à Google. Sophie Bodin, la présidente du moteur de recherche éthique Lilo, explique à La Tribune les raisons de la fronde.Comment exister face à Google dans le monde impitoyable des moteurs de recherche ? Alors que le géant américain cannibalise 93% de la recherche en ligne en France, et même 97% sur mobile, cinq de ses concurrents -l'américain DuckDuckGo, les français Lilo et Qwant, le tchèque Seznam et l'allemand Ecosia- passent à l'attaque auprès de la Commission européenne. Dans une lettre envoyée la semaine dernière à Margrethe Vestager, la commissaire à la Concurrence, les cinq moteurs de recherche alternatifs réclament une réunion tripartite avec Google "en novembre".
Au menu de cette rencontre : la concurrence sur mobile entre les moteurs de recherche. L'alliance des cinq petits poucets du web estime qu'elle est biaisée, et que le remède actuel pour y remédier est inefficace. En plus de son moteur de recherche, Google possède également Android, le système d'exploitation mobile qui équipe 80% des smartphones dans le monde et en France. Jusqu'à récemment, Google était installé par défaut sur tous les appareils Android en Europe... ce qui lui a valu, en 2018, une amende record de 4,34 milliards d'euros de la part de la Commission européenne, pour abus de position dominante.
Suite à cette amende -que Google conteste toujours en appel-, le géant californien a mis en place en 2019, avec l'accord de Bruxelles, un système d'enchères censé rétablir la concurrence. Plutôt que d'avoir Google paramétré par défaut, le consommateur a désormais le choix entre quatre moteurs de recherche lorsqu'il configure son téléphone ou sa tablette Android. Ceux-ci sont choisis par un système d'enchères, organisé chaque trimestre par Google. Les participants définissent le prix à payer à la firme américaine pour chaque utilisateur qui les sélectionnera. "L'objectif est de donner à tous les moteurs de recherche des chances égales de participer aux enchères, et non de donner un traitement spécial à certains concurrents", explique Google.
Mais ce système est remis en cause par les cinq moteurs de recherche alternatifs, qui dénoncent "un simulacre de mise en concurrence", comme l'explique à La Tribune Sophie Bodin, la présidente de Lilo, moteur de recherche français qui revendique 600.000 utilisateurs par mois et qui reverse 50% de ses revenus au financement de projets éthiques. Entretien.