Le géant américain Comcast à l’assaut de l’Europe

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En avril dernier, Comcast a argué que « l’acquisition de Sky » allait permettre à la nouvelle entité « d’investir davantage dans les programmes originaux ou existants, et d’amortir les coûts sur une base de clients plus large, comptant 52 millions de consommateurs ».
En avril dernier, Comcast a argué que « l’acquisition de Sky » allait permettre à la nouvelle entité « d’investir davantage dans les programmes originaux ou existants, et d’amortir les coûts sur une base de clients plus large, comptant 52 millions de consommateurs ». (Crédits : Lucas Jackson)
En mettant la main sur le groupe de télévision britannique Sky, le géant américain des télécoms et des médias veut prendre pied en Europe. Son objectif : produire et vendre plus de contenus originaux pour concurrencer les cadors de la vidéo en streaming comme Netflix et Amazon. Tout en développant, très probablement et en parallèle, ses activités télécoms.

Après un bras de fer de près de deux ans avec son rival américain 21st Century Fox, qui appartient à la famille du magnat Rupert Murdoch, Comcast n'a jamais été aussi prêt de croquer Sky. Le 22 septembre dernier, au terme d'enchères à couteaux tirés, le champion du câble outre-Atlantique a emporté la mise face à son rival avec une offre valorisant le puissant groupe de télévision britannique, très présent en Europe, à 30,4 milliards de livres. Celle-ci s'est avérée bien supérieure à celle de Fox, déjà propriétaire de 39% de Sky, qui valorisait ce dernier à 27,6 milliards de livres. Lundi 24 septembre, à la fermeture des marchés, Comcast a déclaré avoir raflé pas moins de 30% du groupe britannique lors de la première journée de son offre.

Le voilà donc bien parti, semble-t-il, pour prendre les rênes du numéro un européen de la télévision payante. Outre Sky News, Sky est très présent dans le sport. Il vient, par exemple, de garder la main sur la plus grande partie des droits de diffusion de la prestigieuse Premier League anglaise de football. Le groupe dispose aussi de sérieux atouts dans la fiction : il détient notamment les droits de diffusion de la série "Game of Thrones". Surtout, Sky est solidement ancré dans plusieurs pays stratégiques sur le Vieux Continent, à savoir le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Allemagne, l'Autriche ou l'Italie.

La « convergence » en ligne de mire

Avec cette emplette, Comcast va disposer d'une arme de choix pour s'attaquer au marché européen. En avril dernier, le groupe américain a argué que « l'acquisition de Sky » allait permettre à la nouvelle entité « d'investir davantage dans les programmes originaux ou existants, et d'amortir les coûts sur une base de clients plus large, comptant 52 millions de consommateurs ». Avec l'objectif, clair, de concurrencer frontalement les nouveaux champions de la vidéo en streaming, comme Netflix et Amazon.

En parallèle, plusieurs observateurs estiment que l'offensive de Comcast ne vise pas qu'à se renforcer dans les contenus. Pour beaucoup, à l'évidence, c'est la « convergence » entre les télécoms et les médias qui guide l'action du roi américain du câble. Sous ce prisme, les contenus constituent aussi un actif de choix - surtout lorsqu'il s'agit d'exclusivités - pour ferrer et fidéliser de nouveaux abonnés télécoms. Analyste chez Raymond James, Stéphane Beyazian est de cet avis :

« Selon nous, il est probable que Comcast soutiendra, voire accélérera l'expansion des activités de télécommunications de Sky dans de nouvelles régions géographiques (en Italie en 2019, et peut-être en Allemagne dans quelques années) et renforcera davantage son potentiel de contenus exclusifs, affirme-t-il dans une note. D'après nos estimations, en Italie, Sky pourrait capter, à horizon dix ans, 10% à 12% du marché de l'Internet fixe. [...] En Allemagne, s'il se décidait à lancer des offres Internet fixe, Sky pourrait conquérir 8% de ce marché d'ici à dix ans. »

Probable offensive de Comcast dans les télécoms

De quoi faire grincer des dents, a priori, chez Telecom Italia ou Deutsche Telekom. Les opérateurs historiques italien et allemand verraient forcément d'un mauvais œil cette concurrence nouvelle... Les analystes de Royal Bank of Canada estiment également qu'il y a de bonnes chances pour que Comcast passe à l'attaque sur le marché européen des télécoms :

« Ce (deal) a des implications importantes pour le secteur des télécommunications en Europe, et en particulier au Royaume-Uni, où Sky détient une part de marché d'environ 24% dans l'Internet fixe et une activité naissante dans le mobile, écrivent-ils dans une note. Comcast est resté silencieux sur ses plans à cet égard. Mais s'il décide d'investir dans les télécoms, cela pourrait modifier considérablement le paysage concurrentiel [...] non seulement au Royaume-Uni, mais également dans les autres territoires (Irlande, Allemagne, Autriche, Italie et Espagne). »

Quoi qu'il en soit, le rachat de Sky par Comcast montre que la « convergence » est désormais considérée comme une arme de choix par les géants des télécoms pour se diversifier et jouer des coudes avec les cadors du Net. Ces mouvements s'accélèrent depuis que, à la mi-juin, les Etats-Unis ont autorisé un autre mastodonte, l'opérateur mobile AT&T, à racheter le groupe de médias Time Warner. Ils pourraient bien, ces prochaines années, redessiner le paysage européen des médias et des télécommunications.

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Commentaires
a écrit le 26/09/2018 à 8:27 :
Le modèle netflix n'est plus copiable à l'identique, on voit mal du coup comment ces géants des médias de masse repus à l'abrutissement généralisé des citoyens/clients vont pouvoir innover dans le domaine étant habitués d'ordinaire à imposer leurs programmes aux gens et non à s'adapter à leurs exigences.

Mais bon déjà c'est un américain donc qui a plus de capacité dans ce domaine qu'un européen.

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