L’innovation est-elle toujours utile ?
Laurent-David Samama
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C'est l'outil technologique du moment, à la fois invention futuriste et innovation laissant entrevoir comment l'intelligence artificielle pourrait s'insérer dans tous les interstices de nos vies : ChatGPT. Développé par OpenAI, société cofondée en 2015 par Elon Musk et Sam Altman, l'outil est non seulement capable d'échanger sous forme de messages, mais il répond également aux questions les plus simples comme les plus complexes, étant capable de donner le temps qu'il fait comme de passer l'épineux concours de médecine avec les honneurs. Si l'on mesure évidemment le tour de force technologique et les multiples applications qui pourraient convenir à ChatGPT, très vite, mille questions surgissent sur le bien-fondé de son utilisation. Car à l'usage de cet outil, lorsque l'intelligence artificielle est utilisée par les étudiants pour écrire leur devoir à leur place, qu'elle menace de remplacer des emplois humains à forte valeur ajoutée ou qu'elle répond à des questions géopolitiques sans toutefois apporter la certitude que son algorithme n'est pas biaisé, plusieurs problèmes moraux insolubles deviennent visibles. Sans oublier qu'au-delà de la performance technologique, se pose alors la question de son intérêt réel...
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.« Pour répondre, il faut peut-être revenir à la définition du mot "innovation",
explique Geiselhart.Innover, ce n'est pas inventer. L'inventeur, c'est le scientifique, le chercheur. L'innovateur est celui qui introduit une invention sur le marché. Il y a donc, dans l'innovation, une notion liée à la loi de l'offre et de la demande, de la concurrence commerciale, aux éléments de langage du capitalisme. Et c'est là où le bât blesse : pendant les deux dernières décennies - au moins depuis la crise de 2008 -, nous avons été collectivement portés par le mythe de l'innovateur, souvent accolé à celui d'entrepreneur. Un héros qui, par la force de ses produits géniaux et de son sens du design et du marketing, allait forcément faire évoluer le monde et le changer en bien. On pense à Steve Jobs, puis à Mark Zuckerberg et à Elon Musk. À un moment, la notion même de progrès s'est confondue avec celle d'innovation, comme si le progrès passait forcément par le marché, et qu'une invention devait forcément être vendue et commercialisée à grande échelle pour avoir de la valeur... Dans un monde fini, et aux limites physiques qui se révèlent à nous de façon désormais quotidienne avec la crise écologique, l'innovation ne peut plus avoir cette place prépondérante et servir de prétexte pour faire tout et n'importe quoi. Elle peut toujours s'avérer utile, mais il faut qu'elle embarque dans ses prérogatives la notion de finitude du monde physique, de décroissance de notre système productiviste, de bien-être humain, animal, ainsi que des écosystèmes naturels. »
Ainsi, après plusieurs décennies de libre exercice, voilà que le progrès, l'innovation et la technologie sont relus à l'aune des périls contemporains. Parmi ceux-ci, l'urgence climatique, la nécessité de préserver les ressources naturelles et la protection de nos fragiles lumières démocratiques...Laurent-David Samama