N’enterrez pas trop vite les tablettes

 |   |  1032  mots
Après avoir créé le marché de la tablette en 2010 avec l'iPad, Apple symbolise le déclin du secteur. Les ventes d'iPad ont plongé de 18% sur un an au deuxième trimestre.
Après avoir créé le marché de la tablette en 2010 avec l'iPad, Apple symbolise le déclin du secteur. Les ventes d'iPad ont plongé de 18% sur un an au deuxième trimestre. (Crédits : BECK DIEFENBACH)
Avec des ventes en berne depuis deux ans, le marché de la tablette est en crise. Mais les constructeurs n’ont pas dit leur dernier mot et réorientent leurs stratégies avec l’objectif de se trouver une place entre les phablettes et les mini-PC.

Les tablettes sont-elles devenues has-been ? Rattrapées par des smartphones de plus en plus performants et par l'essor des phablettes, ces appareils hybrides à mi-chemin entre le smartphone et la tablette, les bonnes vieilles tablettes tactiles, apparues en 2010, s'enfoncent dans la crise.

Depuis l'an dernier, les ventes plongent. La situation s'est même aggravée cette année. Selon le cabinet spécialisé IDC, les ventes accuseront une baisse de 8% en 2015, à 212 millions de tablettes vendues dans le monde. C'est encore pire que prévu : en début d'année, l'institut tablait sur une baisse de 3,8%, déjà considérée comme très inquiétante.

Ainsi, les ventes de tablettes ont accusé sur la période avril-juin 2015 leur deuxième trimestre consécutif de baisse. L'iPad, qui a créé ce marché en 2010, symbolise désormais son déclin. Ses ventes (10,9 millions d'unités dans le monde) ont chuté de 18% sur un an au deuxième trimestre. Avec 7,6 millions d'unités vendues contre 8,6 millions un an plus tôt, son concurrent Samsung perd, lui, 12% sur un an.

L'utilité des tablettes remise en question

Les responsables sont bien identifiés. Les smartphones, tout d'abord. De plus en plus performants, de plus en plus fonctionnels et dotés d'écrans de plus en plus grands, ils permettent de surfer sur Internet, de regarder des vidéos et de jouer à des jeux de manière simple et agréable. Les tablettes deviennent, de facto, plus dispensables, même si elles apportent un meilleur confort d'utilisation.

C'est là où les phablettes, ces appareils hybrides mi-smartphones mi-tablettes, et les notebook, ces ordinateurs de petite taille, entrent en jeu. Pour beaucoup d'utilisateurs, les phablettes présentent l'avantage d'être plus malléables et plus facilement transportables que les tablettes, tandis que les notebook sont plus puissants et plus pratiques pour travailler et se distraire en voyage ou dans un train. Pour l'analyste Mohssen Toumi, du cabinet Strategy, les tablettes se retrouvent « coincées » par cette concurrence.

"Aujourd'hui, la tablette reste confinée aux usages liés à la consommation de contenus. D'autres produits comme les notebook ou les PC hybrides avec écran et clavier détachables permettent de faire davantage de choses de manière mobile. Les fabricants pourraient repenser un peu leur produit pour lui apporter davantage de valeur ajoutée, l'adapter par exemple à la création de contenus pour toucher un public plus large, notamment les professionnels"

Le manque d'innovation freine le renouvellement

Apparue il y a cinq ans, la tablette s'est déjà imposée dans de nombreux foyers. "Une première phase d'équipement est réalisée, donc les dynamiques de croissance sont forcément différentes", précise Mohssen Toumi.

Problème : les constructeurs avaient sous-estimé la durabilité de leur produit. Partagées par tous les membres du foyer et bénéficiant régulièrement de mises à jour logicielles, les tablettes se gardent plus longtemps que prévu, selon le cabinet Gartner. Les utilisateurs satisfaits conservent donc leurs appareils d'autant plus que le manque d'innovation ne les incite pas à changer pour un modèle plus récent.

Renforcer l'attractivité en cassant les prix

L'un des problèmes de la tablette par rapport aux formats concurrents réside aussi dans son rapport qualité-prix. Si 34% des tablettes s'achètent désormais à moins de 100 euros, leurs performances sont perçues comme décevantes par de nombreux utilisateurs.

Pour renforcer l'attractivité de la tablette, les prix commencent à baisser. En 2014, le prix moyen des tablettes en France s'établissait à 203 euros, soit une baisse de 62% par rapport à 2010. Un bon signe pour Mohssen Toumi, qui estime que les constructeurs doivent proposer davantage de produits de bonne qualité à des prix plus abordables pour relancer de nouveaux segments de marché.

A ce petit jeu, Amazon lance une offensive majeure. Le leader mondial du e-commerce prévoit de lancer, pour les fêtes de fin d'année, d'une nouvelle gamme de tablettes à 50 dollars. Loin des modèles haut de gamme en raison d'une faible définition de 1024x600 pixels et d'un faible espace de stockage interne, cette nouvelle gamme dispose toutefois d'un très bon ratio qualité-prix, apte, espère la marque, à séduire les petites bourses.

Apple s'attaque aux mini-PC

De son côté, Apple adopte la stratégie opposée en jouant sur la taille, en misant sur la qualité et en s'adressant à une nouvelle cible: les professionnels, qui représentent un segment pas encore bien équipé en tablettes.

Son nouvel iPad pro, dévoilé lors de sa keynote de rentrée, présente une diagonale de 12,9 pouces (32.77 cm), soit une taille beaucoup plus importante que le modèle standard (9,7 pouces), presque équivalente à celle de ses portables MacBook et MacBookPro. Un stylet équipé de capteurs a également été conçu pour détecter son inclinaison et tracer des traits plus ou moins fins.

L'iPad pro dispose aussi d'un clavier, d'une très haute résolution et d'un processeur plus performant, selon Apple, que 80% des notebooks du marché, le tout pour 799 dollars, soit le prix d'un bon ordinateur portable. Avec ce modèle haut de gamme mais plus souple d'utilisation grâce à sa taille, la firme de Cupertino tente de regagner du terrain sur les mini-PC. Un pari gagnant ?

Les convertibles et les "2-en-1", le futur de la tablette ?

Puisque les ventes de tablette classiques avec des fonctionnalités réduites sont en berne - tout comme celles des ordinateurs portables -, une autre piste pour rebondir est de miser sur les "convertibles" et les ordinateurs-tablettes, dits "2-en-1".

Ces produits présentent l'avantage de rapprocher PC et tablettes en conservant les atouts de chacun : production de contenus pour l'un, mobilité pour l'autre. Pour l'heure, ce segment représente une niche : à peine 7,3% du marché mondial des tablettes au deuxième trimestre selon IDC. Mais il s'agit de la seule catégorie de tablette en croissance sur les quatre dernières années.

L'arrivée à maturité de ce type de produits pourrait faire enfin décoller les ventes de Surface, la tablette 2-en-1 de Microsoft qui a fait flop lors de son arrivée sur le marché. Selon GfK, les ventes d'appareils convertibles en Europe de l'Ouest devraient progresser jusqu'à 80% en 2015 et en 2016.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/09/2015 à 11:59 :
L'article expose assez bien les limites d'Apple. Qui n'a (n'a eu) de génie que marketing. Ils en sont à aller copier des solutions que d'autres avaient inventées. Jobs, lui, savait piquer, mais en avance; maintenant, ils sont à la traîne. Quant au matériel lui, même, un notebook asiatique présente le même écran qu'une tablette, ET peut se connecter en HDMI à un grand téléviseur (sans le "lag" inhérent aux autres solutions). Si on y rajoute la flexibilité (dual boot sur 2 OS), et les capacités de stockage; ainsi que le PRIX, on se demande bien pourquoi les tablettes s'achètent...
a écrit le 20/09/2015 à 19:06 :
J'ai essayé de lire un magazine sur un iPad et j'ai abandonné l'idée. Je trouve l'écran trop petit et le iPad trop lourd. De plus, entrer un mot de passe pour accéder au contenu est une contrainte dérangeante, mais sans mot de passe, on perd la confidentialité. Donc on est loin du confort de la revue qui traîne sur la table.

Solutions:
Agrandir le iPad à la taille d'un magazine, diminuer son poids au poids d'un magazine, et développer un détecteur biométrique qui détecte automatiquement l'identité du propriétaire et démarre automatiquement et instantanément la lecture dès la prise en main.
a écrit le 20/09/2015 à 17:48 :
la surface un un produit génial et un véritable ordinateur, je ne sais pas quel sorte de journaliste pro apple a écrit cette article mais je veux bien brûler mon pc si vous arrivé a me prouvé que le petit processeur de l'ipad pro est 80% plus puissant que mon i5 de 2012 dans mon pc qui a couté le même prix. l'ipad pro n'est quand a lui qu'une simple tablette très cher mais reste une tablette et ne peux pas exécuter les programmes pc/mac/linux. elle ne mérite donc pas son diminutif de pro alors que celui de la surface de Microsoft est discutable. Si apple avait fusionné ses deux os desktop et mobil alors peut être que cette tablette aurait été intéréssante.
a écrit le 19/09/2015 à 14:28 :
Si Microsoft avait à s'imposer dans un monde d'habitudes avec un produit pourtant au top, son smartbook Surface est bien le produit idéal qui, s'il avait été lancé par Apple aurait été qualifié de génial. Il intègre qui plus est des fonctions peu coûteuses de connexions TV, jeu et son sans fil. Amazon l'a bien compris qui avance sur ce chemin. L'épicier IT américain peut toutefois le rendre gratuit en poussant son prix au plus bas. Une offre type : 24 euros la tablette connectable à l'ordinateur complémentaire, 1 dollar facturé à la livraison puis 1 dollar par mois mais offert si le client commande au moins 300 dollars mensuels. Son intérêt est de réduire à néant les recettes financières de ses concurrents dont une partie importante est constituée par la vente des appareils. Ainsi il réduit leur valorisation boursière et coupe leurs capacité d'action. Aussi chacun d'en eux se dirige-t-il vers des activités incongrues permettant une diversification rapide. La loi de Moore fixe en 2022 comme probable la fin de la course à la puissance. On ne parlera alors plus d'ordinateur mais d'ultra-terminal et ces derniers seront eux-mêmes quasi dématérialisés, réduits à l'épaisseur d'une carte de crédit pliable en 4 avec une liaison cloud permanente. Que toute l'informatique d'un ville tienne sur une tête d'épingle ou bien sur 1 centimètre carré ne fera plus de différence ... ni d'argent. C'est donc uniquement durant cette période de montée que les acteurs doivent faire différence et profit. C'est aussi pourquoi ceux qui ne sont pas montés à temps ne cherchent plus à le faire avec retard : ils savent que ce levier va s'évanouir. La IT est donc un passage éphémère qui aura modifié nos habitudes, nous aura éduqués mais conduit en finale à autre chose qu'elle-même.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :