Pourquoi le multicloud est en passe de supplanter le cloud dans les entreprises

Le projet JEDI, originellement attribué à Microsoft Azure, sera finalement réparti entre plusieurs fournisseurs cloud. À l'instar du Pentagon, un nombre croissant d'entreprises choisissent de combiner les offres de plusieurs fournisseurs plutôt que de se cantonner à un seul vendeur. Explications.

8 mn

(Crédits : Dado Ruvic)

CloudKnox Security est désormais dans la besace de Microsoft. Dans un contexte de cyberattaques en cascade visant de grandes entreprises, de Colonial Pipelineà JBS, en passant par T-Mobile, le rachat de ce spécialiste de la cybersécurité n'a rien de surprenant. La jeune pousse est spécialisée dans la prévention des attaques ciblant le cloud public : son rachat va donc permettre au géant de l'informatique de muscler la sécurité d'Azure, et en particulier de son offre multicloud, Azure Arc.

Quelques mois plus tôt, Microsoft avait déjà ajouté des fonctionnalités d'apprentissage machine à celle-ci, preuve que l'entreprise en fait désormais l'une de ses priorités.

« Azure, notamment à travers Azure Arc, offre des capacités uniques autour du cloud hybride et du multicloud, qui confèrent à nos clients la flexibilité nécessaire pour innover n'importe où», affirme Jeremy Winter, VP of Program Management, Azure Management and Kuberneteschez Microsoft. « Azure Arc compte actuellement plus de 2 000 clients, et nous nous attendons à ce que ce chiffre continue de croître. »

Tous les grands s'y mettent

Microsoft n'est pas le seul géant de l'informatique en nuage à s'intéresser au multicloud. Début 2020, le leader du secteur, Amazon, lançait les services ECS Anywhere et EKS Anywhere, conçus pour permettre à leurs clients de gérer des applications tournant sur Microsoft Azure et Google Cloud. Une première pour le leader du marché du cloud, qui n'a que très récemment commencé à admettre que ses clients puissent vouloir gérer leurs applications sur un cloud privé, sans même parler du cloud d'un autre fournisseur.

Google Cloud, le benjamin américain du marché (il détient 7% de parts de marché mondial, contre 19% pour Azure et 32% pour AWS) s'est, à l'inverse, très tôt positionné sur le multicloud avec la plateforme Anthos, lancée en 2019.

« Nous observons une très forte croissance des projets de multicloud, qui dépasse le simple stade exploratoire, pour devenir une réalité au sein des entreprises », détaille Anthony Cirot, directeur général France de Google Cloud.

Dans ce contexte, « Anthos offre aux utilisateurs la possibilité de gérer et contrôler de façon unifiée les déploiements sur site, hybrides et multicloud, d'observer ainsi les développements dans les différents environnements, ce qui permet une meilleure connaissance, cohérence et contrôle des applications.»

Le Pentagone passe au multicloud

Autant d'initiatives qui viennent répondre à une demande des clients, lesquels expriment de plus en plus le besoin de recourir aux clouds de plusieurs vendeurs plutôt que d'un seul. Le géant des télécommunications américains AT&T s'est converti au multicloud en 2019 dans le cadre de sa stratégie 5G. En février dernier, Global Payments lui a emboîté le pas. Deux exemples parmi tant d'autres. Dans le récent sondage Global Cloud Strategy, de l'entreprise de logiciels cloud HashiCorp, les trois quarts des répondants affirment déjà recourir au multicloud. Cette proportion devrait encore s'accroître d'ici à deux ans, pour passer à 86%.

Si les entreprises de l'Hexagone sont un peu en retrait par rapport à ces chiffres, elles sont elles aussi de plus en plus nombreuses à franchir le pas. D'après une étude Enterprise Cloud Indexréalisée fin 2020 par Nutanix, 41 % des entreprises françaises utilisaient déjà plusieurs clouds et 53 % d'entre elles prévoyaient de le faire dès cette année.

La tendance ne se cantonne pas non plus aux entreprises privées, et gagne également les plus hauts sommets de l'État. Après sept ans à travailler uniquement avec Amazon Web Services (AWS), la Central Intelligence Agency (CIA) a annoncé l'an passé qu'elle collaborerait désormais avec plusieurs fournisseurs. En juin dernier, après avoir annulé l'attribution controversée du contrat de télé-stockage JEDI à Microsoft, le Pentagone a annoncé que celui-ci, qui vaut pour dix ans et chiffre à 10 milliards de dollars, serait finalement attribué à plusieurs vendeurs différents.

Profiter des forces de chacun

Tous les fournisseurs cloud ne sont pas identiques. Ils possèdent chacun leur spécialité, et seront ainsi tous respectivement plus ou moins aptes à satisfaire certains besoins bien précis chez leurs clients, que ce soit géographiquement ou en matière de services. C'est cette multiplicité qui fait l'intérêt du multicloud pour de nombreux acteurs.

 « Suivant ses implantations, une entreprise peut choisir de s'appuyer sur un cloud dans une région et sur un second dans une autre, pour des raisons de disponibilités et de performances. En fonction des applications que les entreprises souhaitent développer, comme pour l'intelligence artificielle, l'analyse ou encore le stockage des données, elles peuvent choisir des fournisseurs différents, afin de toujours avoir le meilleur service pour chaque charge de travail, que ce soit dans le cloud public ou le cloud privé », explique Bruno Buffenoir, directeur France et Afrique du Nord-Ouest de Nutanix, un éditeur de logiciels américain dédié au cloud computing.

La montée du logiciel en tant que service (SaaS) conduit également les entreprises à recourir à des clouds différents qu'elles sont contraintes de prendre en compte, et favorise ainsi l'adoption du multicloud.

Limiter les risques

Le choix du multicloud répond également à une volonté de ne pas s'enfermer dans un seul système, sous peine d'entraver les possibilités d'innovation en interne et avec des partenaires, le tout en se conformant aux diverses réglementations. Cet impératif est devenu encore plus évident avec la pandémie, durant laquelle les entreprises se sont trouvées contraintes d'innover et de déployer de nouvelles solutions sur le marché très rapidement.

Miser sur le multicloud plutôt que de mettre tous ses œufs dans le même panier réduit enfin la vulnérabilité des entreprises.

« Il existe de véritables dangers à ne choisir qu'un vendeur unique. N'utiliser qu'un seul fournisseur de cloud rend les entreprises dépendantes. Que se passe-t-il si le fournisseur décide de changer ses tarifs ? Qu'une faille de sécurité critique est découverte dans ses infrastructures ? Qu'un sinistre touche ces dernières ? Que la réglementation évolue en termes de contraintes de sécurité ? Pour garder leur agilité et leur indépendance, les entreprises doivent pouvoir s'appuyer sur plusieurs fournisseurs », affirme Bruno Buffenoir.

Une opportunité à saisir pour les acteurs indépendants

L'appétence croissante des entreprises pour le multicloud ouvre un boulevard à de nouveaux acteurs, des fournisseurs indépendants qui se chargent de faciliter la gestion des applications sur les différents clouds pour éviter toutes frictions. Des entreprises comme HashiCorp en ont fait leur gagne-pain.

« En l'absence d'un fournisseur indépendant, les entreprises doivent compter sur les grands fournisseurs pour tirer les bénéfices du multicloud. Or, ceux-ci sont davantage incités à veiller au bon fonctionnement de leur propre cloud, et sont donc moins focalisés sur les problèmes de compatibilité d'un cloud à l'autre. Travailler avec un fournisseur indépendant spécialisé dans le multicloud permet d'assurer le bon fonctionnement des flux opérationnels à travers les différents environnements », explique Guy Sayar, Field CTO EMEA de HashiCorp.

D'autres, comme l'entreprise de la Silicon Valley Snowflake, entrée à Wall Street en fanfare l'an passé, se sont spécialisées dans le stockage, le traitement et la circulation des données à travers différents environnements cloud. « Aujourd'hui, nous voyons des entreprises qui ont des données dans Google, dans Amazon et dans Azure et qui peinent à les rassembler. La vision multicloud de Snowflake permet aux entreprises de rassembler toutes ces données en un point unique, que nous appelons le Data Cloud, pour les gérer, les gouverner, les sécuriser et les partager, quel que soit le cloud sur lequel elles sont stockées», affirme ainsi Édouard Beaucourt, directeur France de Snowflake. S'il est depuis quelques années évident que l'avenir de l'informatique s'inscrit dans le cloud, celui-ci semble désormais se conjuguer au pluriel.

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Lexique :

Cloud : fourniture de services informatiques (puissance de calcul, stockage...) à distance sur l'internet.

Multicloud : déploiement de plusieurs clouds du même type (public ou privé), issus de différents fournisseurs.

Cloud hybride : déploiement de clouds de types différents (public ou privé), reliés par des fonctions d'intégration ou d'orchestration.

8 mn

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Commentaires 5
à écrit le 25/08/2021 à 12:42
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Générer des données inutiles est typique de l'homo œconomicus: "On ne sait jamais!" ... Nous sommes des pollueurs nés!

à écrit le 25/08/2021 à 9:46
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Rien ne vaut ce bon vieux disque dur. Il y a plusieurs années les japonais ont trouvé un moyen de graver du quartz rendant ainsi la conservation des données quasi éternelle, quelqu’un a des infos là dessus pour savoir s'il y a eu une suite commercial...

le 25/08/2021 à 14:29
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verre borosilicaté aussi (de mémoire)

le 26/08/2021 à 6:39
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Le cloud c'est de l'élégance marketing puisque de fait cela est du disque dur. . Quand au support éternel me souviens que les cd/dvd devaient l'être aussi... et que l'on revient aux vieilles bandes magnétique..

le 26/08/2021 à 9:41
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@ marketing: Oui en effet ce sont des disques durs mais qui sont chez les autres ce qui reste définitivement embêtant pour protéger nos données non ? Rendant même cette protection impossible. Le CD c'est du plastique et souvent de mauvaise qualité du...

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