Alcatel-Lucent : sept ans de naufrage
Hélène Haus
Hélène Haus
- Décembre 2006 : un géant est né. Le spécialiste français des télécommunications Alcatel rachète son concurrent américain Lucent Technologies. Cette fusion donne naissance au groupe Alcatel-Lucent (21 milliards d'euros de chiffre d'affaires). L'Américaine Patricia Russo devient directrice générale, le Français Serge Tchuruk, président du conseil d'administration. A l'époque, Alcatel-Lucent emploie 80.000 personnes.
- Février 2007 : les ennuis commencent. Le groupe annonce une première vague de licenciements avec 12.500 suppressions de postes sur trois ans, dont 1.500 en France. Une coupe claire qui s'inscrit dans un plan d'économies de 1,7 milliard d'euros. "Ce sont des décisions difficiles, mais nécessaires", déclare, alors, Pat Russo. En 2006, les bénéfices d'Alcatel-Lucent ont été divisés par trois à 522 millions d'euros.
- Août 2007 : les premiers départs. Le groupe, qui affiche des résultats négatifs au deuxième trimestre, est fragilisé par la démission de deux de ses dirigeants. Son directeur administratif Frank D'Amelio - un des principaux acteurs de la fusion - part chez le géant pharmaceutique américain Pfizer. Mike Quigley, le responsable des activités scientifiques, technologiques et stratégiques s'en va, de son côté, en Australie, où il prendra plus tard la tête de l'opérateur National Broadband Network (NBN).
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- Novembre 2007 : nouvelles pertes, nouveau plan social. Le 1er novembre, Alcatel-Lucent annonce une perte de 258 millions d'euros au troisième trimestre 2007. 4.000 emplois sont supprimés, dont 400 en France. Jean-Pascal Beaufret, son directeur financier, quitte le groupe. Il est remplacé par Hubert de Pesquidoux, ancien cadre d'Alcatel.
> Alcatel-Lucent : perte trimestrielle de 258 millions d'euros, 4.000 nouvelles suppressions de postes.
- Juillet 2008 : les capitaines quittent le navire. Au deuxième trimestre 2008, Alcatel-Lucent affiche 1,1 milliard d'euros de perte. Patricia Russo et Serge Tchuruk annoncent alors leur départ du groupe. "Le temps est venu pour cette entreprise d'acquérir une identité qui lui soit propre, indépendante de celle des deux sociétés d'origine", explique, alors, le Français dans un communiqué. En septembre, ils sont remplacés par le Néerlandais Ben Verwaayen, ex-patron de British Telecom, et le Français Philippe Camus, ancien coprésident d'EADS.
- Décembre 2010 : Alcatel-Lucent évite le procès en signant un accord à l'amiable avec la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme américain des marchés financiers. Le groupe est accusé d'avoir versé des pots-de-vin à des hauts fonctionnaires originaires d'Amérique du Sud ou d'Asie pour conserver ses contrats passés avec le Costa Rica, le Honduras, la Taïwan ou encore la Malaisie. Le géant des télécoms est contraint de verser 45 millions de dollars (33,1 millions d'euros) à la SEC et 92 millions de dollars (67,7 millions d'euros) au Département américain de la Justice.
- Juillet 2012 : jamais deux sans trois. Alcatel-Lucent annonce une nouvelle vague de 5.000 suppressions de postes, dont 1.430 en France, d'ici la fin 2013, dans le cadre d'un plan de 1,25 milliard d'euros d'économies. L'équipementier télécoms vient encore d'essuyer une perte nette de 254 millions d'euros au deuxième trimestre.
- Décembre 2012 : La rumeur courait déjà depuis longtemps. Le 6 décembre, le groupe quitte le club très prisé du CAC 40. Il est remplacé par le fabricant de puces électroniques Gemalto, basé à Amsterdam.
- Février 2013 : Plus de quatre ans après le départ de Pat Russo, Ben Verwaayen annonce, à son tour, qu'il jette l'éponge. Dans le même temps, Alcatel-Lucent publie encore et toujours des résultats négatifs : 1,3 milliard d'euros de perte en 2012. En avril, Michel Combes, ancien patron de Vodafone Europe et PDG éphémère de SFR, débarque à la tête du groupe.
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