Ces jobs où l’engagement politique est un atout

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
La loi le dit clairement : vos opinions politiques sont un des critères de discrimination à l’embauche et les recruteurs n’ont pas à s’y intéresser. Mais il arrive qu’ils soient au courant parce qu’elles sont connues publiquement et même, qu’ils voient dans votre engagement politique une compétence utile dans certaines fonctions.

22 juin 2015 : Grégoire Kopp, ancien conseiller en communication du secrétaire d'État chargé des transports Alain Vidalies, prend ses fonctions de directeur de la communication d'Uber France.
19 mai 2016 : Aude Lancelin, numéro 2 de L'Obs, directrice adjointe de la rédaction, est convoquée à un entretien préalable de licenciement et on parle à ce jour de motif politique avéré.

On peut saisir à partir de ces deux exemples la différence entre l'opinion politique affichée depuis sa place en entreprise et l'expérience politique potentiellement valorisable en entreprise (nous épiloguerons une autre fois sur le fait que l'entreprise veut des collaborateurs capables d'engagement, mais pas de n'importe quel engagement)... Un autre cas nous montre que parfois, le recruteur se fiche de votre bord politique.

Les attachés parlementaires se recasent dans le privé sans que leur bord politique soit perçu comme un problème

À chaque échéance électorale ou remaniement ministériel commence un nouveau tour de chaises musicales et les services RH des entreprises voient arriver les candidatures d'attachés parlementaires et d'attachés d'administration de l'État. « Conscients que le vent va tourner quand leur député ou leur ministre est en mauvaise posture, ils postulent, même dans le privé, et les employeurs ne s'arrêtent pas à leur couleur politique, du fait de l'alternance ils relativisent son impact », explique Catherine Dervaux, directrice des grands projets de recrutement et de l'assessment chez Menway Talents. Ces profils visent généralement des postes en communication dans de grandes entreprises, ou de chargés de mission à la direction générale, ou encore au sein d'instituts de sondages ou d'agences de communication.

Militantisme politique et lobbying font bon ménage

Suppression de la TVA dans les transports, attribution de la quatrième licence d'opérateur, conflits liés à l'émergence de l'économie du partage (sharing economy) - taxis contre Uber et consorts, hôtellerie contre Airbnb... - sont des sujets parmi d'autres sur lesquels planchent les chargés de mission relations institutionnelles (selon les entreprises, ils peuvent aussi porter le titre de consultants en affaires publiques) au sein des services lobbying des grandes entreprises. Pour tous ces sujets « on a besoin de personnes qui maîtrisent le domaine des affaires publiques », explique Hugo Baillet, professeur de communication publique et politique à l'ISCOM, et président des anciens de la même école.

Cette semaine par exemple la taxe soda instaurée en 2012 par Nicolas Sarkozy a encore fait parler d'elle. Dénommée aussi taxe Coca-Cola, elle crée pas mal d'effervescence dans les services lobbying des groupes de l'agro-alimentaire puisque mercredi 22 juin 2016, un rapport parlementaire proposant d'augmenter significativement la TVA sur certains produits sucrés, dont les boissons, était examiné par la commission des finances de l'Assemblée nationale. Un sujet pour les chargés de mission relations institutionnelles oeuvrant dans ces services et dont le rôle consiste à effectuer une veille parlementaire (suivi et décryptage des débats), rédiger des rapports et amendements et assurer les relations avec toutes les parties prenantes (institutionnels et entreprises) des dossiers qu'ils traitent. « Ce sont eux qui rédigent des amendements « clef en main » pour influencer les politiques et les parlementaires, avec souvent en prime, du chantage à l'emploi », précise notre interlocuteur.

Peu de débouchés mais dans des environnements variés

Les opportunités sont toutefois peu nombreuses et cela tombe bien, si l'on ose dire, car vous n'êtes guère nombreux à militer. Selon l'étude du Crédoc publiée en décembre 2015,  Des jeunes investis dans la vie de la cité en effet, 42% des moins de trente ans interrogés font partie d'au moins une association, mais parmi eux, seuls 2% sont engagés dans un parti politique, contre 27% dans une association sportive. Les Millennials ne refusent de s'impliquer puisqu'ils sont 95% à se dire prêts à s'engager dans une cause (contre 88% chez les trente ans et plus), sur ce point, ils ressemblent juste au reste de la population française, particulièrement rétive aux formes conventionnelles de l'engagement politique.

Rares opportunités, certes, mais que l'on trouve dans divers environnements : les grands groupes, ceux qui ont l'État au capital et leurs concurrents (Orange et donc SFR et Free par exemple), les cabinets de lobbying et les instances représentatives (fédérations et syndicats professionnels, comme le Syntec) ou encore, les associations militantes telles que les ONG (World Wildlife Fund (WWF), Greenpeace (préservation de l'environnement), Amnesty International (droits de l'Homme), Médecins du Monde, Ligue contre le cancer, Sidaction (santé)...). « On peut aussi intervenir au sein de plus petites associations, comme la Fondation France Libertés, fondée par Danielle Mitterrand, qui milite pour que l'eau soit un bien commun, mais la question des moyens pour créer un poste peut se poser », poursuit Hugo Baillet.

Plusieurs voies sont possibles pour se frotter aux sujets des affaires publiques : les cursus Sciences Po (tous les IEP) ou universitaires (notamment Assas et La Sorbonne Paris 1, dont est issu l'écologiste Bastien François), ou bien la formation sur le tas en étant militant politique. « C'est une passerelle qui permet de travailler avec des élus et d'aller ensuite sur les sujet des affaires publiques », explique celui qui fut chargé de gérer l'ensemble de la communication de campagne des Jeunes avec Hollande.

En militant, on se constitue un réseau de personnes bien informées des rares opportunités dans ce domaine où la cooptation est de mise, et on acquiert des compétences valorisables en entreprise. Outre des qualités relationnelles et une solidité psychologique, on développe ainsi de grandes capacités à s'engager et à se motiver (même le dimanche matin pour distribuer des tracts). « Plus que de la motivation, de l'abnégation », conclut-il.

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Commentaires
a écrit le 02/08/2016 à 7:50 :
http://www.latribune.fr/economie/france/thierry-lepaon-ancien-leader-de-la-cgt-missionne-par-manuel-valls-589490.html

M Lepaon: un soudeur ancien leader de la CGT qui devient directeur de l'Agence de la langue française à la demande de Matignon.

Les personnes titulaires d'un Master 2 en Français auront droit au RSA.
a écrit le 16/07/2016 à 21:06 :
Plus exactement ces postes de lobbying ou ces gens se recasent devraient etre hors la loi.
Totalement non inclaubles dans les charges fiscales, surtaxés lourdement et surtout que ces gens doivent dix ans plus tard répondre du travail effectué dans ces entreprises devant un tribunal, Si ils ont fait passé des amendements il devraient pouvoir etre examinés et faire l'objet du meme traitement que les escrot si c'est dommageable à l'esprit publique.
a écrit le 16/07/2016 à 18:43 :
La loi devrait surtout dire que les opinions politiques, l'orientation sexuelle ou religieuse n'ont rien à faire dans l'entreprise :-)

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