Polémique sur le sauvetage public des banques italiennes

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Si des banques ne sont pas rentables, il est préférable de les laisser quitter le marché plutôt que de les maintenir artificiellement en vie avec des recapitalisations préventives, a fait valoir une porte-parole du ministère allemand des Finances. La liquidation des deux banques de Vénétie par Rome devrait coûter 17 milliards d'euros.
"Si des banques ne sont pas rentables, il est préférable de les laisser quitter le marché plutôt que de les maintenir artificiellement en vie avec des recapitalisations préventives", a fait valoir une porte-parole du ministère allemand des Finances. La liquidation des deux banques de Vénétie par Rome devrait coûter 17 milliards d'euros. (Crédits : Reuters)
L'Allemagne estime que la Commission ne devrait pas valider l'aide d'Etat de 17 milliards d'euros pour liquider les banques vénitiennes. L'Espagne souligne que le cas de Banco Popular a été réglé sans argent public.

Le sauvetage par des fonds publics de deux banques italiennes en perdition fait polémique en Europe. L'Allemagne a exprimé son désaccord avec la mise en liquidation de Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca, dans le cadre d'une "recapitalisation préventive" par l'Etat italien, approuvée par la  Commission européenne. Une aide d'Etat qui pourrait atteindre 17 milliards d'euros, soit trois fois plus qu'estimé initialement, et qui fait grincer des dents outre-Rhin :

"Si des banques ne sont pas rentables, il est préférable de les laisser quitter le marché plutôt que de les maintenir artificiellement en vie avec des recapitalisations préventives", a déclaré une porte-parole du ministère allemand des Finances, sans citer spécifiquement les banques italiennes.

"Le recours à une aide publique devrait être évité autant que possible dans les situations de faillite. Dans les procédures de liquidation également. C'est la mission de la Commission européenne de garantir que l'aide de l'Etat est limitée au minimum et d'éviter le contournement des règles de démantèlement via des programmes nationaux de mise en liquidation"

En Espagne, des actionnaires ruinés

En Espagne, le ministre de l'Economie, Luis de Guindos, a relevé que le récent sauvetage de Banco Popular par sa compatriote Santander pour un euro symbolique n'avait rien à voir - c'est le privé qui a tout assumé. Glissant au passage que l'Italie s'y prenait fort tard pour assainir son système bancaire :

"Ce qu'est en train de faire l'Italie est ce qu'a fait l'Espagne en 2012. Nous avons dû injecter de l'argent public et nous avons restructuré et assaini le système financier. L'Italie le fait maintenant, et actuellement la restructuration est impossible en Italie sans aides publiques", a déclaré le ministre espagnol de l'Economie. "C'est très différent de ce qui s'est passé avec Banco Popular, pour laquelle il n'y a eu aucune sorte d'aide publique" a-t-il souligné.

L'Espagne avait dû injecter plus de 41 milliards d'euros, prêtés par l'Union européenne. La facture totale du sauvetage des banques espagnoles aurait même atteint 61 milliards aux contribuables, selon la cour des comptes locale. Pour Banco Popular, qui a subi une crise de fuite de dépôts et souffrait d'un stock d'actifs toxiques, Santander a accepté de lancer une augmentation de capital de 7 milliards d'euros et les quelques 300.000 actionnaires de Popular, dont de petits porteurs, ont tout perdu du jour au lendemain. Des porteurs d'obligations subordonnées ont aussi perdu la totalité de leur investissement.

"En Espagne, les dirigeants ont eu le courage politique de ruiner des gens. Ce n'est pas le cas en Italie, où les banques n'ont, en outre, pas été très insistantes sur le recouvrement de leurs créances" analyse le dirigeant d'une grande française.

En outre, un autre sauvetage sur fonds publics se prépare en Italie, celui de Monte Paschi, la quatrième italienne, qui prévoit l'injection de 6,6 milliards d'euros d'aide de l'Etat, qui sera officiellement validée par la Commission européenne sous peu. "C'est une affaire réglée", a déclaré lundi le vice-gouverner de la Banque d'Italie, Fabio Panetta.

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Commentaires
a écrit le 27/06/2017 à 12:45 :
L'article semble dire que le sauvetage en court est purement financer par des fonds publics et que les personnes privées et les actionnaires italiens ne supporte aucun poids....
C'est une vision très lointaine de la réalité, vivant dans le nord de l'Italie depuis 13 ans et actionnaire de la Banca Popolare di Vincenza come une très grande majorité de ses clients, ce qui se passe en italie est très de la vision qu'en donne cet article.
Difficile pour un regard extérieur de se rendre compte à quel point se sauvetage est la dernière chance que nous avons d'éviter l'implosion de sociale et économique de l'italie du Nord est. Le privé a déjà fait les frais voyant passer le cours des actions de plus de 60 € à environs 0,10 €, beaucoup de personnes ont tout perdu, hier encore une personne a tentée de se suicider par le feu dans une agence de Treviso, les suicides se compte en dizaine depuis 2 ans que dure cette crise et les faillites en millier.
Les banques populaires italienne ont été assainies et sont rentrée dans le rang mais coût économique et sociale a été et est encore très élevé.
Maintenant les question sur comment le système a pu permettre à ces deux banques d'en arriver à un tel désastre...
Réponse de le 27/06/2017 à 14:29 :
Vous avez raison de préciser cela et on sait que de laisser ces banques tomber en faillite couterait encore plus cher et créerait encore plus de dégâts en Italie et aussi en Europe. Tout le monde serait perdant.

Quand au pourquoi ? ce ne sont pas les explications qui manquent, par exemple : https://eurodefense.fr/2016/04/05/leurope-et-les-etats-unis-face-a-crise-des-subprimes/

Concernant les banquiers, on pourrait évoquer un manque de prudence, sinon même d’incompétence pour quelques-uns. Mais vu la quantité d’établissements qui se sont faits piéger, c'est aussi le manque de régulation et les nombreux dysfonctionnements qui sont en cause.
a écrit le 27/06/2017 à 12:22 :
Ah! Parce que l'Allemagne n'a jamais sauvé la Deutsche bank depuis 2008 ???
Réponse de le 27/06/2017 à 14:29 :
Dixit M. Ackermann, alors CEO de la Deutsche: c'est une honte d'accepter de l'argent public. Et il n'en a pas eu, pour échapper au contrôle public.
a écrit le 27/06/2017 à 12:12 :
Des actionnaires ruinés et alors ? Les gars ils ont pas prit beaucoup de risques et se sont plantés, ils bénéficieront des aides sociales comme des dizaine de millions d'européens et puis c'est tout.

Et ils arrêteront enfin de cracher sans arrêt sur les aides sociales certainement au moins...

Cette subvention publique tandis que l'on demande aux gens les plus modestes de sans arrêt se serrer la ceinture est indécente.
a écrit le 27/06/2017 à 10:35 :
C'est vrai qu'il serait idéal qu'il y ait des règles similaires pour tous. Mais chaque pays est aussi tributaire du populisme ambiant.
Je crois que ces banques Italiennes se trainent la crise des subprimes depuis 2008 et c'est bien qu'ils épurent enfin les comptes. C'est même mieux pour les banques Françaises.

Pour l'Espagne, je ne sais pas s'ils n’étaient pas dans une situation différente (à vérifier), au moins pour les cajas de ahorros, impliquées dans leur propre bulle immobilière. Peu importe, ils pourront toujours refinancer la Banco Popular.

Quand à l'Allemagne, à 3 mois des élections, il est peu probable qu'ils adoptent une attitude laxiste. On verra après.
a écrit le 27/06/2017 à 8:50 :
Comment peut-on laisser des banques accumuler au fil des ans de tels montant énormes de dettes ou de créances nulles avant de tirer la sonnette d'alarme et prendre rapidement des mesures ? Il y a nécessairement des responsables, soit financiers, soit administrateurs, soit politiques, qui ont couvert cela. Les systèmes de contrôle sont très insuffisants et l'UE aurait aussi du agir avant cette cavalerie.
a écrit le 27/06/2017 à 0:34 :
Est-ce vraiment le contribuable qui va payer? L'Italie fortement endettée va contracter d'autres 17 milliards de dette qui seront achetés par les banques surtout italiennes pour les vendre ensuite à la BCE. Le jour que la BCE cherchera à être remboursée, l'Italie se procurera de nouveau les moyens nécessaires au marché etc. Tant que la Commission ne poursuit pas l'endettement outre mesure d'un état-membre et que la BCE veille à ce que les intérêts ne pèsent pas trop lourd, tout est bien parti pour continuer comme avant.
a écrit le 26/06/2017 à 23:02 :
L'Allemagne a raison : il faut cesser de nationaliser les pertes et de privatiser les bénéfices. Les petits porteurs n'ont qu'à s'en prendre à l'ancienne direction.
Réponse de le 27/06/2017 à 15:01 :
le mot "sparkasse" ne vous dit rien?
a écrit le 26/06/2017 à 20:44 :
Il est maintenant clair que les soi-disantes règles de liquidation des banques dont on nous avait bassinés depuis longtemps, en disant que le contribuable serait épargné, et que les créanciers, y compris les déposants de plus de100k€, seraient mis à contribution, ne sont pas appliquées. Chaque état continue de décider en fonction de ses intérêts politiques, avec la complicité de la Commission. L'Europe sonne creux. Et l'épargnant demeure dans l'incertitude.
Réponse de le 27/06/2017 à 8:42 :
Faut savoir ce que vous voulez, soit c est l epargnant (actionnaire ou porteur d obligation voire simple titulaire d un compte) qui paie, soit c est le contribuable.

Le probleme dans le cas italien, c est qu il faut assumer le fait de ruiner certains. En italie, ca a donné lieu a des suicides de personnes qui avaient tout perdu. Politiquement et electoralement difficile. Il vaut mieux faire payer le contribuable (enfin il faut plutot dire, on va faire gonfler une dette qu on remboursera probablement jamais ou alors il faudra ruiner nos enfants)

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