Hinkley Point : des administrateurs salariés saisissent la justice

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Selon un courriel adressé le 2 août par Jean-Bernard Lévy aux membres du comité exécutif, EDF savait le 28 juillet que le gouvernement britannique souhaitait se donner un peu plus de temps sur ce dossier.
Selon un courriel adressé le 2 août par Jean-Bernard Lévy aux membres du comité exécutif, EDF savait le 28 juillet que le gouvernement britannique souhaitait se donner "un peu plus de temps" sur ce dossier. (Crédits : © Darren Staples / Reuters)
La majorité des administrateurs représentant les salariés accusent la direction d'EDF d'avoir caché des informations essentielles sur le projet britannique.

Nouveau rebondissement sur le méga-projet controversé d'Hinkley Point. Après la démission d'un administrateur de l'État en juillet dernier, cinq des six administrateurs d'EDF représentant les salariés ont engagé mercredi une procédure auprès du tribunal de commerce de Paris, selon leurs avocats et les syndicats. Ils demandent l'annulation de la délibération du conseil d'administration donnant son aval au lancement du projet.

Ces administrateurs salariés estiment que le PDG du groupe, Jean-Bernard Lévy, n'a "pas communiqué des informations essentielles en sa possession concernant ce projet majeur pour l'entreprise", au moment de la réunion du conseil d'administration du 28 juillet, en "violation du droit à l'information des administrateurs", a indiqué le cabinet d'avocats qui les représente.

Un courriel du PDG appuie les accusations des administrateurs salariés

Selon un courriel adressé le 2 août par Jean-Bernard Lévy aux membres du comité exécutif et vu par l'AFP, EDF savait le 28 juillet que le gouvernement britannique souhaitait se donner "un peu plus de temps" sur ce dossier. L'information aurait peut-être changé la donne, sachant que le vote en faveur du lancement du projet l'avait emporté d'une courte majorité.

Les représentants des salariés protestent également contre la participation au vote de plusieurs administrateurs "en situation de conflit d'intérêts avec l'entreprise". Le tribunal de commerce de Paris devrait fixer le 5 septembre une date d'audience, a précisé le cabinet Alain Levy.

EDF n'a pas souhaité commenter ces informations. De son côté, Michel Sapin, désormais ministre de l'Économie et des Finances, a confirmé ce jeudi matin le soutien du gouvernement au projet Hinkley Point et souhaite que la Grande-Bretagne assume ses responsabilités.

Le PDG d'EDF avait contesté ces faits en août dernier

Jean-Bernard Lévy avait déjà contesté ces faits. Le syndicat SUD Énergie l'avait accusé d'avoir menti lorsqu'il avait affirmé, devant la presse, qu'il ne connaissait pas la position du gouvernement britannique lors du conseil d'administration. Le 5 août dernier, le PDG d'EDF avait alors annoncé des poursuites judiciaires contre le syndicat.

L'action en justice des administrateurs salariés ajoute un nouvel épisode à la série de conflits autour de ce projet gigantesque de construction de deux réacteurs de type EPR à Hinkley Point (Royaume-Uni). Le coût de l'investissement est évalué à 18 milliards de livres sterling, soit plus de 21 milliards d'euros. Une somme qui représente l'investissement sur un an du géant français de l'énergie. L'enjeu est de se positionner sur le marché du nucléaire international.

Cet investissement inquiète l'intersyndicale qui souhaite notamment attendre un retour d'expérience des EPR en cours de construction en France (Flamanville) et en Chine (Taishan). Le lancement du projet d'Hinkley Point, déjà repoussé de mai à septembre, va-t-il encore être retardé par l'épisode judiciaire qui s'ouvre ?

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 02/09/2016 à 7:37 :
Ce projet sent le sapin. Jamais les Brits n'accepteront de donner les cles de la prod electrique a des chinois. Surtout apres un Brexit. EDF=RIP.

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