Liban : la rivière de déchets, attraction touristique ?

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La population dénonce l'accumulation des ordures par les municipalités dans des sites où elles ne seraient pas autorisées. (Capture vidéo)
La population dénonce l'accumulation des ordures par les municipalités dans des sites où elles ne seraient pas autorisées. (Capture vidéo) (Crédits : DR)
Pour dénoncer la crise des ordures qui exaspère le pays depuis huit mois, des activistes ont parodié une vidéo du ministère du Tourisme, en utilisant des drones. Ils risquent des poursuites.

En bande sonore, des oiseaux qui chantent et une musique invitant à la relaxation.  Et en image, une verte forêt de pins, traversée par une petite rivière... de déchets. Ainsi démarre la vidéo publiée cette semaine par le mouvement de protestation You Stink ("Tu pues"), afin de dénoncer l'inaction voire l'hypocrisie du gouvernement libanais face à la crise des ordures qui afflige depuis huit mois la capitale du pays, Beyrouth.

En février, le ministère du Tourisme du Liban avait réalisé une vidéo publicitaire qui faisait la part belle à des vues aériennes réalisées avec des drones. Or, il s'était bien gardé de filmer la rivière de déchets qui traverse la capitale et l'exaspération de la population.

Les activistes qui, après les violentes manifestations urbaines de la fin août, se sont davantage investis sur internet, ont parodié cette vidéo, en filmant par drones les montagnes de déchets.

"Nous voulions répondre aux mensonges du ministère du Tourisme. Ils parlent d'un Liban vert, et cela nous humilie en tant que Libanais. Les déchets couvrent les forêts, les fleuves et beaucoup d'endroits qui sont considérés comme touristiques", explique le militant Aly Sleem au journal britannique The Guardian.

Des substances cancérigènes dans l'air

Depuis le début de la crise, déclenchée par la fermeture le 17 juillet de la décharge de Naamé qui desservait la ville, la réactivité des autorités publiques, paralysées par de profondes divisions, continue en effet de poser question.

Un avertissement concernant  l'état de saturation des aires de stockage temporaires mises en place depuis l'automne a été lancé par les organismes en charge de la collecte ainsi que de la gestion du tri et du traitement des déchets.

La population dénonce l'accumulation des ordures par les municipalités dans des sites où elles ne seraient pas autorisées. Une recherche de l'American University of Beirut a mis en garde sur l'augmentation exponentielle des niveaux de toxines dans l'air, y compris de substances carcinogènes, rapporte The Guardian. Nombre de municipalités recourraient en effet in extremis à l'incinération des ordures. Le journal britannique évoque aussi des craintes de contamination de l'eau.

Le ministre du Tourisme n'a toutefois pas bien pris la parodie, en allant jusqu'à menacer les auteurs du film de poursuites judiciaires, notamment pour avoir utilisé le logo du ministère.

La vidéo "porte préjudice à l'image de Liban, estime-t-il.

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