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L'Inde, le pays où l'énergie solaire est compétitive

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Dominique Pialot  |   -  524  mots
Le programme national instauré il y a deux ans porte ses fruits. L'électricité solaire ne revient pas plus cher que celle issue du charbon ou du gaz. Tous les grands groupes spécialisés dans le solaire se pressent pour profiter de ce nouveau marché, mais les conditions de financement restent délicates.

Deux ans seulement après le lancement de son programme solaire national, "National Solar Mission" en janvier 2010, l'Inde apparaît comme l'un des marchés les plus prometteurs pour les prochaines années. Surtout à un moment où les marchés européen et américain, plus matures, sont ralentis par la baisse drastique des tarifs de rachat de l'électricité d'origine solaire.

En deux ans, les capacités installées ont bondi de 17,8 à plus de 500 mégawatts (MW). Certes, on est encore loin de l'objectif de 22 gigawatts (GW) fixé pour 2022 : 20 GW raccordés au réseau auxquels s'ajouteront 2 GW hors réseau, plus particulièrement destinés à l'alimentation des zones rurales qui ne sont pas équipées de réseau. Ce qui reste de toute façon insignifiant au regard des 830.126 gigawattheures (GWh) consommés chaque année par les quelque 1, 19 milliard d'Indiens.

Plus impressionnante que les volumes installés, la baisse des prix augure d'un développement rapide du secteur. A 0,15 cents par kilowattheure, un plancher atteint plus rapidement que ne l'avaient anticipé la majorité des experts, l'électricité solaire est compétitive avec celle issue du charbon (qui compose aujourd'hui 69 % du mix énergétique) ou du gaz naturel.

Une opportunité pour de nombreux acteurs étrangers

Ce programme national s'est traduit pour de nombreux fournisseurs d'équipements solaires par une explosion de leurs exportations vers l'Inde. L'américain First Solar, leader mondial des panneaux à couches minces, a ainsi vu passer ses ventes de 10 à 100 MW entre 2010 et 2011. Le chinois Suntech a également vendu pour 100 MW de panneaux.

D'autres acteurs importants du marché mondial se sont installés en Inde ou ont conclu des accords avec des acteurs indiens. C'est le cas notamment du développeur allemand Juwi et du fabricant chinois de panneaux TrinaSolar. Tata Power, filiale du conglomérat national Tata, est également actif sur ce marché.

A l'heure où la téléphonie mobile se déploie à toute vitesse sur le sous-continent, les antennes relais constituent à elles seules un marché potentiel de 2 GW.

Le Gujurat, l'état le plus vert du sous-continent

En plus du programme national, certains états ont lancé leur propre plan solaire. Le Gujarat, qui a également instauré des incitations il y a deux ans, s'est montré particulièrement dynamique, avec 600 MW de projets attribués au cours des douze derniers mois, dont 214 MW pour un seul parc, situé dans la région de Patan.

Là aussi, les Américains sont très présents, notamment SunEdison, filiale de MEMC Electronic Materials ou encore la start-up californienne MiaSole, spécialiste de la technologie de panneaux à couches minces CIGS (cuivre, indium, gallium, selenium), soutenue par la banque américaine d'import/export, tout comme Abound Solar et SolarWorld. Au total, pas moins de cinquante entreprises sont impliquées dans des projets solaires situés dans le seul état du Gujarat. Un état très en pointe en matière d'énergie verte, puisque il comptait également 2.580 MW d'éolien fin janvier.

Mais, si l'Inde fait figure de nouvel eldorado pour les énergies renouvelables, un coût du capital élevé et un marché du financement immature en rendent l'accès relativement complexe.

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Commentaires

Olivier  a écrit le 06/05/2012 à 17:57 :

20 GW de solaire x 1000 heures par an = 20 TWh.
Cela correspond à 2,4% de la demande électrique totale de l'Inde tout entière, et c'est donc tout sauf négligeable, contrairement à ce qui est affirmé dans l'article.
En multipliant l'effort par 10 (ce qui est possible), on passe alors au quart de l'électricité indienne !

Steph  a écrit le 01/05/2012 à 11:22 :

Attendons encore un peu et lorsque EDF-AREVA-CEA ne pourront plus cacher le vrai cout du nuke (mise en securite ou construction, gestion, demantellement, stockage des dechets pour des millenaires), le solaire sera competitf avec le nuke aussi et meme en y incuant le cout du stockage pour compenser l'intermittence.

Et a ce moment-la, on ne pourra plus nier que la France aura rate la bataille des energies renouvelables. Mais les pro-nuke de ce forum s'en fouteront, eux serons a la retraite et n'assumeront pas l'avenir, leurs enfants, petits-enfants et arrieres-petits-enfants devront payer la surveillance de leurs dettes nucleaires a leur place.

@steph  a répondu le 02/05/2012 à 1:24:

le problème avec les énergies renouvelables, c'est que chaque énergie à un inconvénient, et que chacun ne regarde pas plus loin que le bout de son nez : les éoliennes, ce ne sont pas les pro-nucléaires qui s'y opposent, mais des écolos qui ne veulent pas de ça près de chez eux, les panneaux solaires "c'est moche", m'ont dit des gens qui par ailleurs ne jurent que par le bio et votent EELV, etc ...

Chelya  a répondu le 02/05/2012 à 10:30:

Ceux qui s'opposent aux éoliennes ce sont le plus souvent des riches propriétaires de maison secondaire qui considèrent les habitants des zones rurales comme des nouveaux serfs et ne veulent absolument pas de développement économique à coté de l'endroit où ils passent leur vacances... Difficile de considérer ça comme une motivation "écolo"...

Youri67  a répondu le 05/05/2012 à 11:44:

Bonjour,
Vous disposez de données chiffrées pour étayer vos propos?

jpclovis  a écrit le 01/05/2012 à 9:10 :

les lois de la physique donne tord à l'auteur de cet article. Du bourrage de crâne

Jean  a répondu le 01/05/2012 à 12:56:

???

Bob  a répondu le 01/05/2012 à 19:14:

Les lois de la grammaire et de l'orthographe donnent tort à jpclovis.

yan13  a écrit le 01/05/2012 à 0:27 :

Attention à ne pas confondre une puissance installé : 22 GW et une consommation: 830 000 GWh. 22 GW installés en Inde fournissent environ 2000h de production annuelle, c a d 44 000 GWh = 5% de la consommation Indienne. Ceci n'est pas négligeable contrairement à ce que laisse entendre l'article.

D'autre part une tarif de 0,15 cent / kWh me parait une erreur, comment est obtenu ce résultat ?

Il n'empéche que la baisse du prix du solaire est réelle, très rapide et va bouleverser le marché de l'électricité. Dernier ex. en date: en Espagne une centrale de 250 MW sera en service en 2013, prix: de 250 millions d'?, production 400 GWh/ an et 8000 GWh sur 20 ans, ce qui donne un prix de l'électricité solaire à 3 cts le kWh donc compétitif face à toutes les autres énergies.

D'ici 2020 le prix du solaire baissera encore de moitié...

Opinion  a écrit le 30/04/2012 à 20:43 :

Ce n'est pas l'énergie le problème c'est EDF et cela dure depuis 20/30 années, voilà encore un gros business que nous allons perdre.

Yves  a répondu le 01/05/2012 à 11:03:

Opinion est hors sujet. EDF n'est pas en Inde !

jp11  a écrit le 30/04/2012 à 19:26 :

bonne nouvelle certes... mais j'ai un horrible doute : à 0,15 cents/kWh (de dollars je suppose ?), on est au moins au double du prix du kWh charbon ou gaz en Europe : comment se fait-il que charbon et gaz soient 2 fois plus cher en Inde ???

Jean-Michel  a répondu le 30/04/2012 à 23:54:

Bien vu, le coût de production de l'électricité fossile est de 3 Roupies/KWh soit environ 5 cents US/KWh. Le tarif de 15 cents/KWh est le tarif de rachat de l'électricité solaire qui est néanmoins relativement faible.

Cet article bien informé parle d'un coût de production de 8.5 Roupies/KWh pour le solaire désormais.
http://www.livemint.com/2012/04/24213254/Solar-boom-faces-challenges.html

jp11  a répondu le 01/05/2012 à 10:33:

merci pour la référence de cet article, effectivement très intéressant : on y constate que le journaliste de La Tribune a lu l'info en diagonale, car ce qui est dit là est que le coût actuel du kWh solaire est 3 fois plus élevé que celui du charbon et du gaz et que "finalement (eventually) il descendra au niveau du gaz et du charbon", sans préciser quand : en 2020 ? en 2030 ? ceci dit, le Gujarat est l'un des endroits les plus favorables de la planète, vu son ensolleillement.

Jean  a répondu le 01/05/2012 à 12:55:

L'inde produit environ 80% de son électricité à partir du charbon qui est majoritairement importé avec des prix variés et variables selon les fournisseurs et fluctuations des monnaies. De plus son réseau est pour le moins très incomplet. Il faut donc en tenir compte dans le prix du charbon thermique final qui est nettement moins compétitif qu'indiqué selon les régions indiennes et c'est ce qui a justifié l'autorisation d'implantations solaires dans déjà 54 villes avec des enchères inversées : plus les prix proposés sont bas plus on favorise un opérateur et en 2011 on était à 7,5 roupies/kWh comme souligné sur le site du ministère de l'énergie.

yan13  a répondu le 01/05/2012 à 20:46:

Pour se rendre compte de la dynamique très rapide de baisse des couts de l'électricité solaire en 3 ans en Europe: Début 2012 inauguration d'une centrale en Allemagne qui fournit un kWh à moins de 10 centimes:http://www.guider.be/article/le_brandebourg_accueille_le_plus_grand_parc_photovoltaque_allemand.html
En Espagne en 2013 / 2014 une centrale solaire fournira un kWh à moins de 4 centimes: http://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/materiaux-thematique_6342/la-premiere-mega-centrale-solaire-sans-subvention-va-naitre-en-espagne-article_71789/

je suppose donc cette cette dynamique va aussi être valable pour l'Inde, la Chine, le Japon...

Chelya  a répondu le 02/05/2012 à 10:36:

Attention vous confondez les couts produits et distribués. Les centrales charbon nécessitent d'être situé à coté des voies de communication pour livrer le combustible et de sites de refroidissement : d'où un réseau de transport qui double facilement la facture (à la fois pour le cout du réseau et pour les pertes en ligne qui approchent les 25% en Inde). Ca multiplie par 2 ou 3 le prix de l'électricité. Par contre comme il y a du soleil partout, les centrales solaires produisent directement sur place.

Dernier point les centrales solaires produisent en journée là où les besoins sont les plus grand et donc remplace les centrales de semi-base diesel qui sont beaucoup plus cher vu le prix du pétrole en ce moment.

jp11  a répondu le 03/05/2012 à 16:39:

pour comparer le coût du solaire avec celui des fossiles ou du nucléaire, il faut intégrer le coût réseau puisque le solaire n'apporte pas de garantie de puissance : l'utilisateur a besoin du réseau pour s'alimenter en soirée ou en hiver, lorsque le solaire ne produit rien ou presque rien ; il en va autrement dans les régions chaudes et très ensoleillés telles que le Gujarat. Mais en France je doute que le solaire puisse un jour apporter une contribution significative à nos besoins à un coût raisonnable.

Jean  a répondu le 04/05/2012 à 17:26:

@ Jp11 C'est toujours une question d'augmentation et optimisation du rendement d'une part et de baisse des coûts par la quantité des systèmes vendus et d'automatisation des process, ce que ne permet pas le nucléaire dans son ensemble. On sait que les rendements du solaire vont encore augmenter et les prix baisser, de même les systèmes de stockage se démocratiser alors même que les énergies fossiles, nucléaire inclus augmentent : depuis 23 ans le nucléaire est en hausse sensible et constante dans le monde malgré le nombre de centrales et le passage à la génération suivante dépasse de nettement le prix des énergies renouvelables en général. Le potentiel du solaire thermique et PV en France est loin d'être négligeable et d'autant plus que les solutions de stockage se développent. L'énergie solaire étant gratuite ce sera toujours un avantage concurrentiel certain de même qu'une pollution moindre et maîtrisable. Le système centralisé avec de grandes unités favorable aux grandes entreprises devrait de plus changer avec les solutions de stockage.