La peur  : arme marketing de la grande distribution alimentaire

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Gérard Kafadaroff.
Gérard Kafadaroff. (Crédits : DR)
La peur alimentaire du consommateur nourrie par les risques supposés soulevés par certains groupes écologistes est maintenant entretenue par le marketing des grands groupes de distribution au mépris des études et avis des grandes agences sanitaires. Par Gérard Kafadaroff (*), ingénieur agronome, fondateur de l'AFBV (Association française des biotechnologies végétales), auteur de « OGM : la peur française de l'innovation » (éd. Baudelaire).

Depuis plusieurs années, des groupes de pression écologistes et politiques soutenus par une grande partie des médias, par de pseudo-experts auto-proclamés et des responsables politiques pusillanimes, répandent la peur dans la société.

Malgré les progrès nutritionnels, l'hygiène alimentaire, la sévérité des contrôles sanitaires, les produits alimentaires restent une cible de choix pour les marchands de peurs. La grande distribution alimentaire instrumentalise cette peur à son profit. Le marketing du "sans" fleurit dans les linéaires des supermarchés et la publicité accrocheuse s'empare du "sans OGM",  "sans huile de palme", "sans gluten", "sans parabène", "sans conservateur"...

Paranoïa alimentaire

Toutes ces allégations négatives entretiennent la paranoïa alimentaire et développent un climat de méfiance chez les consommateurs susceptible de se retourner à terme contre la grande distribution alimentaire ! Cette dernière prend le risque de financer des associations militantes opposées aux pesticides et aux OGM pour contribuer au développement du marché bio plus rémunérateur. Carrefour et Auchan financent le CRIIGEN* dont les études médiatisées et à charge contre les OGM et le désherbant Roundup® sont régulièrement contestées par la communauté scientifique. Plusieurs sociétés de distribution de produits bio, comme Biocoop, participent au financement de l'association Générations futures, fer de lance de l'opposition aux pesticides.

En octobre 2010, Carrefour lançait une grande opération marketing  "nourri sans OGM" sur 300 produits de sa marque issus de l'élevage. Opération saluée par José Bové, Greenpeace et WWF. Cette initiative se voulait rassurante pour les consommateurs. Mais combien de consommateurs savent-ils qu'aucun produit alimentaire issu d'animaux nourris avec des OGM (viande, lait, œufs) ne peut en contenir des traces (ADN ou protéines) ?

Le bio, un marché porteur et rentable

Les aliments bio perçus sans pesticides ni OGM sont considérés bénéfiques pour la santé et l'environnement et sont indéniablement devenus un secteur de marché porteur et rentable pour l'ensemble des grands groupes alimentaires. 
Autant d'acteurs qui préfèrent effacer les réels risques sanitaires des produits estampillés AB, en particulier les contaminants biologiques tels que les mycotoxines, les salmonelles ou les bactéries. Qui ose oublier qu'une souche mutante et pathogène d'Escherichia coli a causé une cinquantaine de décès en Allemagne en 2011 ?
Les députés qui, en novembre 2016 votaient l'introduction de 20% d'aliments bio dans les cantines scolaires l'ignoraient-ils ? Autant qu'Emmanuel Macron, aujourd'hui, qui fait la promesse de porter à 50% les produits bio dans la restauration collective.

Quels experts?

L'opération marketing lancée à grand renfort de publicité en janvier 2017 par le groupe Système U, visant l'éradication de  "90 substances controversées" dans les produits de sa marque, constitue une nouvelle et inquiétante dérive de la grande distribution alimentaire. Le PDG de Système U affirme que ces 90 substances incriminées sont le fruit de 5 ans de recherches d'experts. Quels experts ? Leurs identités ne sont pas communiquées. Pas plus que leurs études. A l'évidence, elles s'inspirent des arguments fallacieux martelés par les écolos les plus radicaux ! Se retrouvent donc sans surprise dans cet «inventaire à la Prévert», pêle-mêle les OGM, les pesticides dont le glyphosate, l'huile de palme, l'aspartame, les parabènes...

S'agissant des OGM, les "experts" mandatés par le groupe Système U accordent tout crédit aux rumeurs colportées par les opposants aux OGM et écartent les avis des instances d'évaluation françaises, européennes et internationales réunissant les meilleurs experts  scientifiques. Vingt ans d'utilisation massive des OGM dans le monde sans problèmes sanitaires et environnementaux ! Insignifiant pour les "experts" Système U ? Sont-ils aveuglés par leurs convictions militantes, adeptes du déni de réalité ou à la solde du groupe Système U ?

Un oubli de taille

La stigmatisation du glyphosate (matière active du Roundup®) procède de la même démarche pernicieuse. Ce désherbant utilisé depuis plus de 40 ans sur tous les continents a prouvé, au-delà de son intérêt agronomique, sa totale innocuité sanitaire confirmée par toutes les agences sanitaires et organismes consultatifs du monde dont récemment, en mai 2016, l'OMS* et la FAO*. Il aura fallu, en 2015, une seule étude contestée du CIRC* classant le glyphosate "cancérogène probable" pour offrir aux activistes écolos (et à Ségolène Royal !) l'opportunité de stigmatiser le glyphosate et au Système U de l'inclure dans la liste des 90 produits à faire disparaître des produits de sa marque.
N'y aurait-il pas un oubli de taille dans cette liste noire ? La viande rouge classée "cancérogène probable groupe 2A" comme le glyphosate ? Ou la charcuterie classée plus sévèrement "cancérogène probable groupe 1" ? Les magasins U abandonneront-ils la vente des produits carnés en tant que produits "controversés" ? C'est peu probable.
Soucieux de la santé de leurs clients, arrêteront-ils la vente de boissons alcoolisées ? De marque U ou pas, ne sont-elles pas responsables de 45.000 décès par an en France, deuxième cause de mortalité ?

Les avis des instances officielles d'évaluation ignorés

Le marketing de la peur n'a pas de limites sinon celles imposées par les impératifs du business. Dans sa frénésie de gain de parts de marché, la grande distribution alimentaire  joue un jeu dangereux. En ignorant les avis des instances officielles d'évaluation de sécurité sanitaire, en s'associant sans discernement avec les marchands de peur, elle crée une grande confusion au sein de la population et construit le nid des imposteurs et des chantres du populisme.
Certaines associations de consommateurs participent à cette diabolisation des produits «controversés ». En s'appuyant  sur une expertise scientifique reconnue, elles gagneraient en crédibilité auprès des citoyens perdus dans une avalanche d'informations alarmistes et contradictoires.

La grande distribution alimentaire a un impact économique considérable. Les six plus grandes enseignes (Carrefour, Auchan, Casino, Leclerc, Intermarché, Système U) représentaient en 2015 près de 300 milliards d'euros. Le seul groupe Carrefour avec 86 milliards d'euros de chiffre d'affaires est 6 fois plus important que celui de Monsanto, constant bouc émissaire du lobby écolo.

"L'ère post-vérité"

La puissance marketing de la grande distribution alimentaire influence fortement les comportements des consommateurs. En s'éloignant de la réalité, en donnant du crédit à des rumeurs sans fondement, en s'exonérant de l'expertise scientifique, en privilégiant les croyances et les raccourcis émotionnels trompeurs,  elle contribue à l'affaiblissement du comportement rationnel des consommateurs et du citoyen.
L'opération Système U est une illustration nouvelle de l'entrée dans « l'ère post-vérité où les faits objectifs ont moins d'influence pour modeler l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux opinions personnelles», selon la définition qu'en donne le dictionnaire d'Oxford ! Un état de «post-vérité », une société de désinformation, bien peu compatibles avec la démocratie !

*CRIIGEN : Comité de recherche et d'information  indépendantes sur le génie génétique
* OMS : Organisation mondiale de la santé, institution des Nations Unies
* FAO : Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
* CIRC : Centre international de recherche sur le cancer, créé par l'OMS

(*) Gérard Kafadaroff est Ingénieur agronome, ancien cadre de l'agro-industrie, fondateur de l'AFBV (Association française des biotechnologies végétales), auteur de plusieurs livres dont le dernier « OGM : la peur française de l'innovation » préface Professeur M.Tubiana, ancien Président Académie de Médecine ; Editions Baudelaire 2013 (version numérique et actualisée fin 2015)

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Commentaires
a écrit le 20/03/2017 à 23:49 :
Cet article constitue une insulte à l'intelligence de vos lecteurs.
a écrit le 14/03/2017 à 17:25 :
Un aspect oublié est qu'en accusant les agriculteurs, la grande distribution se donne des moyens supplémentaires pour faire pression sur eux et les exploiter davantage.
a écrit le 14/03/2017 à 14:04 :
Autant je suis pour qu on offre une tribune a des theses controversées, autant la propagande et la négation des faits n ont pas a beneficier de ca. J ignore quelles sont les motivations de ce monsieur, mais pour affirmer que le round up n est pas nocif, il faut quand meme oser!
Et il devrait se demander pourquoi l industrie agroalimentaire/pesticide n est pas credible. Car si les gens reclament du bio et sont pret a payer plus pour ca, c est quand meme pas pour rien ! Si les amis de ce monsieur ne mentait pas comme des arracheurs de dents et faisaient tout pour imposer en douce leurs choix (par ex obtenir ne pas signaler les produits OGM), on en serait pas la

PS: si je bois de l alcool ou fume, je sais que c est pas bon pour ma sante mais je CHOISIT de le faire. Si je mange quelque chose, je ne sais pas que c est dangereux pour moi car bourré de pesticide. Et comment etre sur que ce que je donne a mon fils ne va pas l empoisonner et lui declencher un cancer plus tard ?
Réponse de le 14/03/2017 à 15:09 :
Qu'il est difficile d'aller contre le prêt à penser ambiant. Il est vrai que cela ne date pas d'aujourd'hui et déjà Galilée avait eu à faire à cela, inspiré alors par la religion, et en risquant sa vie.
Réponse de le 14/03/2017 à 15:17 :
La propagande a bien marché sur vous, ça fait des années que j'épluche les rapports d'études sur le glyphosate, on peut parler de consensus scientifique sur l'innocuité du glyphosate aux doses maximales de résidus dans les aliments. Nier ce fait c'est se placer au niveau des créationnistes
Réponse de le 14/03/2017 à 17:34 :
Et votre fils choisit-il lui votre cigarette ?
Réponse de le 20/03/2017 à 12:47 :
Et vos produits bio ne sont magiquement pas bourrés de pesticides cancérogènes ou susceptibles de provoquer la maladie de Parkinson? Bouillie bordelaise, huile de neem, roténone... Juste une invention des Illuminatis qui dirigent le monde?
a écrit le 14/03/2017 à 12:29 :
c'est ça, "la vérité est ailleurs".
a écrit le 14/03/2017 à 12:03 :
Si cet article n'est pas payé par l'agro-industrie franchement je ne vois pas comment il pourrait se tenir là alors qu'assénant demies vérités sur mensonges en permanence. C'est honteux et nous ne remercions pas ce monsieur de valoriser ainsi le cancer.

C'est de l'obscurantisme sponsorisé tout simplement, là c'est véritablement décevant de la part d'un site d'actualité économique qui produit pourtant de nombreux bons articles. Ce genre de tribunes on les li en permanence dans les forums diffusés par des trolls liés à des lobbys quelconques.

Que ces gens là continuent de mentir ouvertement alors que le cancer est en train d'éradiquer l’humanité c'est vraiment particulièrement moche, voici un lien parmi des milliers qui prouve que ce monsieur nous raconte n'importe quoi et merci à la tribune de diffuser ce commentaire, vous pouvez me virer tout ceux sur fillon et macron qui ne sont au final que sans intérêt, n'étant là que pour parler mais là c'est notre santé à tous qui est concernée par les propos irresponsables de ce monsieur.

"Pesticides : Effets sur la santé : une expertise collective de l’Inserm" http://www.inserm.fr/espace-journalistes/pesticides-effets-sur-la-sante-une-expertise-collective-de-l-inserm
Réponse de le 14/03/2017 à 15:19 :
votre article traite des agriculteurs qui ne respecte pas les consigne d'épandage, rien à voir avec les résidus présent dans la nourriture.
Réponse de le 14/03/2017 à 15:41 :
Comment ferez vous le jour où vous ne pourrez plus mentir ?

Faut vous y préparer mon ami on est à l'époque d'internet et même si 90% c'est moche dans les 10% qui restent on trouve de quoi bien s'informer

Et je suis sûr que bizarrement vous faites aussi parti de ceux qui défendez l'europe à tout prix non ? BEn oui vu que Bayer a acheté des dizaine de milliards monsanto il est évident que notre ue va défendre l'empoisonnement généralisé du coup, beurk.

Ce n'est pas à nous autres citoyens bénévoles des forum de combattre les gens comme vous, commentateurs à gages, moi je ne suis pas payé pour commenter:

"Glyphosate en Europe : huit pays, dont la France, bloquent sa réautorisation " http://www.bastamag.net/Pas-de-majorite-qualifiee-pour-reautoriser-le-glyphosate-nouveau-camouflet-pour

Ce que vous faites c'est dégueulasse, mais quand je vous l'objet de harcèlement que je suis je comprends mieux à qui j'ai à faire, honte à vous.
a écrit le 14/03/2017 à 11:31 :
La recherche d'une qualité alimentaire est bien compréhensible pour les français car en France il est encore possible de bien se nourrir en raison de la diversité des produits alimentaires. Ceux qui veulent du bio ou du local ont le choix. Ceux qui veulent de l'huile de palme peuvent en consommer si ça leur fait plaisir. D'ou l'impératif du controle de l'étiquetage des composants. Les consommateurs veulent être informés de la composition et de l'origine des aliments donc les composants et les origines doivent être notifiés sur les emballages.
a écrit le 14/03/2017 à 11:28 :
C'est sur Gérard Kafadaroff boit du glyphosate au petit déjeuner. La Tribune ne devrait pas être une tribune pour des lobbys malfaisants dont les membres mourront tranquillement dans leurs lits sans être jamais jugés d'avoir empoisonnés et fait souffrir des milliers de personnes.
a écrit le 14/03/2017 à 11:22 :
Derrière tout çà : la vieille thèse malthusienne.
Que les faits ont démenti depuis deux siècles.
Et qui sert toujours malgré tout : pour justifier les thèses sur le partage du travail, et le travail volé par les immigrés.
Nul !

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