Les Hauts-de-Seine et les Yvelines tournent le dos au Grand Paris

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Patrick Devedjian, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine.
Patrick Devedjian, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine. (Crédits : Reuters)
En votant le principe d'une fusion future, les conseils départementaux des Hauts-de-Seine et des Yvelines souhaitent faire contrepoids à la métropole du Grand Paris, telle qu'elle est constituée aujourd'hui.

Et si les départements des Hauts-de-Seine (92) et des Yvelines (78) fusionnaient ? Un processus allant dans ce sens a été engagé ce vendredi par les deux présidents des conseils départementaux, Patrick Devedjian pour le 92, et Pierre Bédier pour le 78, tous deux membres des "Républicains" (ex-UMP). Leurs assemblées respectives ont voté la création d'un établissement public de coopération interdépartementale Yvelines/Hauts-de-Seine, ainsi que la fusion de leurs sociétés d'économie mixte (SEM), afin de « disposer d'un outil commun au service de leur territoire et de fusionner les moyens mis au service des aménageurs », expliquent les deux conseils départementaux dans un communiqué commun.

Un premier pas vers la fusion

Ces deux mesures sont un premier pas vers la fusion des deux départements qui pourrait intervenir dans les prochaines années. « Nous venons de franchir une étape importante et symbolique », se réjouissait Pierre Bédier lors d'une conférence de presse. « Nous souhaitons montrer l'utilité d'une telle fusion afin qu'au bout du processus, l'évidence de la fusion étant faite, elle soit actée », explique pour sa part Patrick Devedjian. « Peut-être est-ce le départ d'un processus qui nous amènera à créer des économies, faire du développement, et générer de nouvelles recettes fiscales pour nos deux départements », ajoute Pierre Bédier, qui a toutefois dû faire face aux inquiétudes des élus ruraux de l'est des Yvelines, qui ne partagent pas les intérêts du très riche département des Hauts-de-Seine.

Développement économique

En fait, « l'idée centrale de ce projet est de faire du développement économique », assure Pierre Bédier. Plus concrètement, une fusion pourrait jouer un rôle d'accélérateur pour les projets communs aux deux départements et « développer l'emploi sur des bassins qui dépassent les frontières départementales ». Par exemple la finalisation du projet Eole, le prolongement du RER E vers l'ouest des Yvelines, pourrait être facilitée.

D'autres projets d'intérêt communs comme le prolongement de la ligne de tramway T6, qui reliera cette année Chatillon-Montrouge à Viroflay, ou de la future ligne 18 du métro qui doit connecter à terme Orly à Nanterre en passant par Saint-Quentin-en-Yvelines, seraient concernés ; les deux départements intervenant au service des communes et en aide à la région. Bref, pour un développement économique accéléré, « la mobilité est la clé », explique le président du conseil départemental des Yvelines, dont les habitants vont en premier lieu travailler dans les Hauts-de-Seine.

Manœuvre politique face au Grand Paris

Mais la manœuvre des élus de l'ouest de l'Île-de-France est aussi politique. Ils comptent faire contrepoids à la montée en puissance du Grand Paris, que plusieurs élus assimilent dans sa forme actuelle à un retour de l'Etat aménageur, notamment par le biais de la société publique d'urbanisme « Grand Paris Aménagement (GPA) », qui ne prendrait pas assez en compte les velléités des élus. Certes, dans les Yvelines « on ne refuse pas l'aménagement », explique Pierre Bédier, « mais on se souvient très bien des dégâts causés par l'Etat aménageur dans les années 70 aux Mureaux ou à Mantes-la-Jolie », ajoute-t-il.

Du reste, « nous voulons faire de cette fusion un moteur de développement économique de la métropole du Grand Paris, à laquelle nous croyons mais pas dans sa forme actuelle », regrette Pierre Bédier. Pour sa part, Patrick Devedjian souhaite que la SEM des deux départements développe à l'avenir une vision conceptuelle de l'aménagement, qui aille à contre-courant de « la pensée technocratique de l'Etat » qui vise à densifier au maximum. « Conceptuellement, il est urgent de proposer une autre politique », a-t-il dit. La fusion des SEM permettrait en outre à ce territoire de se doter d'un outil d'envergure qui fera concurrence à GPA.

Le risque d'intégration des Hauts-de-Seine à la métropole

Par ailleurs, la montée en puissance de la métropole du Grand Paris d'ici à 2020 risque de poser problème aux Hauts-de-Seine, qui pourrait être amené à fusionner avec la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, les deux autres départements qui constituent la métropole du Grand Paris, en plus de la capitale. On discerne bien les réticences du riche département de l'ouest de l'agglomération à partager la part du gâteau avec des départements plus modestes, et qui préfère donc se tourner vers les Yvelines.

Cette situation a inspiré l'élu Front de gauche des Hauts-de-Seine Gabriel Massou lors du débat en séance qui s'est tenu ce vendredi à Nanterre. « Nous savons tous que votre choix de fusionner à terme avec les Yvelines s'est construit sur la menace de fusion des départements au sein de la nouvelle métropole ». Avant de regretter que le projet de fusion soit là « pour tourner le dos à Paris, au Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis ». Or, pour l'élu Front de gauche ce projet de fusion « comporte une vision illusoire : Penser qu'il y aura des territoires en Île-de-France où il fera bon vivre quand tout autour les difficultés s'aggravent ».

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Commentaires
a écrit le 08/02/2016 à 9:38 :
Avec Pécresse la banlieue restera banlieue !
a écrit le 08/02/2016 à 6:13 :
... contraction de "République des copains", n'est-il pas? ;)
a écrit le 07/02/2016 à 19:17 :
Toute réduction du nombre de fonctionnaires est bonne à prendre.
a écrit le 07/02/2016 à 13:03 :
Ha la la, commentaires dignes de la lutte des classes archaïque d'un autre temps. Et vivre dans des départements non densifiés et agréables à vivre, ce n'est pas le 93 ou le val de Marne qui y ont contribué mais les élus des ces départements. Alors au lieu de pleurer sur la situation des 93 et 94 retroussez donc vous les manches !
a écrit le 07/02/2016 à 10:52 :
Ce Grand Paris,n'existera pas.
D'or et déjà,les territoires sont des coquilles financières vides,et de plus des villes surendettées plombent la cohésion des territoires comme Argenteuil en T5
Coulez!!!
a écrit le 06/02/2016 à 19:34 :
La gauche a voté la LOI n°2015-29 du 16 janvier 2015 - art. 3 abrogeant le II de l’Article L3114-1 du code général des collectivités territoriales qui disait : « Le Gouvernement ne peut donner suite à la demande que si ce projet de regroupement recueille, dans chacun des départements concernés, l'accord de la majorité absolue des suffrages exprimés, correspondant à un nombre de voix au moins égal au quart des électeurs inscrits. » Mais c’est fini !
La droite l’applique en engageant en catimini la fusion du 78 et du 92. C’est la preuve de la collusion LRPS dans l’objectif de démantèlement de la république française en s’attaquant aux départements et aux communes - voir à ce sujet la conférence de François Asselineau « Les euro-régions et l'objectif des redécoupages territoriaux en France » minilien.fr/a0afry-, et de mise en pièce de notre système social et de nos services publics, le tout en balayant la démocratie d’un revers de main.
a écrit le 06/02/2016 à 17:42 :
La fusion hauts de seine Yvelines est une réponse efficace et pragmatique pour résister au Gross Paris révé de Mme Hidago.
Quand on voit dans quelle état de saleté, et d' abandon (tags, travaux partout jamais fini, ordures a ciel ouvert, vélo partout mais pas de piste cyclables,...) est la capitale, et si on considère que ces éléments sont des indicateurs d'un bonne et saine gestion alors il est urgent d 'envisager une forme plus démocratique de gouvernance (ce n' est pas les projets "participatifs" gadgets de la mairie de Paris qui changeront quelque chose.)
Réponse de le 07/02/2016 à 10:01 :
Il est d'ailleurs amusant que les départements riches de l'ouest parisien redoutent d'être plombés par Paris appauvri après 15 ans de gestion Delanoé-Hidalgo.
a écrit le 06/02/2016 à 12:19 :
Ben oui, on comprend qu'ils ne veuillent pas se soumettre et payer pour les bêtises du "neuf-trois", mais pourquoi n'ont-ils pas assuré le montage du Grand Paris convenablement et rapidement lorsqu'ils étaient au pouvoir ? Maintenant ils créent une tranche de plus de millefeuille administratif puisqu'ils créent une structure sans en supprimer une autre ! Maladroits ou incapables ? Cela devient gênant...
Réponse de le 06/02/2016 à 18:59 :
Le 93 a été construit lorsque la France était de droite.
L'idée était de mettre les ouvriers vers l'est pour qu'ils se prennent les émissions de pollution industrielle et que les plus riches en soient à l'abris à l'ouest.
Qu'y a-t-il de plus facile ? Gérer Neuilly qui refuse les logements sociaux ou gérer La Courneuve qui n'a pratiquement que çà ?
Allez essayer de faire une belle ville avec 30% de chômeurs et pas d'entreprise locale.
Réponse de le 06/02/2016 à 21:17 :
@laurent : mais non, le romantisme que vous décrivez ne correspond pas à la réalité des chiffres ; le 93 est un département à fort potentiel fiscal, seulement toute cette richesse est si mal utilisée par des gens qui ne veulent pas du développement économique de peur de ne plus être réélus...
Réponse de le 06/02/2016 à 22:44 :
@laurent: il n'y a pas d'entreprise mais la faute à qui. Quels aménagements ont été faits ? Est ce que globalement les investissements publics sur la voie publique favorisent un quelconque essor économique ???
Réponse de le 07/02/2016 à 9:58 :
@Laurent : comme c'est caricatural... Le 9-3 a été construit tel qu'il est par les maires communistes qui y abondaient (fort heureusement c'est terminé, depuis 2014 la majorité des maires du 9-3 sont LR ou UDI) et c'est eux qui ont forcé la dose en logement social, en dispendieux clientélisme municipal et en communautarisme pour s'assurer le renouvellement de leur électorat. Jusqu'en 1983 Levallois ressemblait à une commune du 9-3... (d'ailleurs jumelée depuis 1981 à Molenbeek Saint Jean).
a écrit le 06/02/2016 à 12:13 :
J'aime bien la vision d'avenir de l'élu front de gauche : une aggravation des problèmes partout. Preuve qu'il n'envisage pas son grand Paris apporter des solutions.
a écrit le 06/02/2016 à 11:36 :
On les comprend de vouloir éviter la spoliation par Stupidhalgo de leur richesse pour faire des machin-plages, jardins bio-rencontres, apéritifs écolos, alien-prides, et autres imbécilités festives, à caractère électoral, au détriment de la création de valeur ajoutée.
Réponse de le 06/02/2016 à 17:45 :
Ils font quand même le tramway qui doit être un gouffre. Quelle est la rentabilité du t6 du t2 ? Et quand on voit issy les moulineaux, ça donne pas forcément envie non plus...
a écrit le 06/02/2016 à 11:16 :
Le Grand Paris, cette structure de plus fabriquée par des énarques dans le seul but de geler un maximum de fonction publique en Ile de France au lieu de délocaliser en province les administrations pour aérer Paris à l'heure du numérique en temps réel.
a écrit le 06/02/2016 à 9:57 :
Est-il bien sérieux de maintenir toutes ces couches (région, grand Paris, département, intercommunalités et ville de Paris ) ?

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