La Tribune

Réalité augmentée : Google et Microsoft posés sur le nez

Project Glass, les lunettes à réalité augmentée de Google /DR
Project Glass, les lunettes à réalité augmentée de Google /DR
Erick Haehnsen  |   -  1544  mots
Encore émergente, la réalité augmentée gagne de nouveaux usages. Bientôt, la projection d'images virtuelles se fera directement sur des lunettes dédiées, avec des applications possibles dans divers secteurs : commerce, médecine, armée, etc.

Selon le cabinet d'analyse Juniper Research, la réalité augmentée (RA) devrait entamer son grand décollage entre 2015 et 2017. Tout le monde s'y prépare déjà, constructeurs comme éditeurs, comme La Tribune a pu le constater lors du Consumer Electronics Show (CES), le plus grand salon high-tech qui s'est tenu du 7 au 11 janvier à La Vegas. Disponible depuis une bonne dizaine d'années, cette technologie consiste, rappelons-le, à superposer en temps réel des éléments virtuels (objets, personnages, monuments...) à une image réelle qu'on visualise sur écran LCD, smartphone et tablette tactile.

Internet sur le bout du nez
Demain, pour plus de confort, la projection se fera sur des lunettes dédiées. C'est d'ailleurs l'interface que vont privilégier Google et Microsoft, ainsi qu'une pléiade d'acteurs de l'Internet et de l'informatique grand public. De quoi éduquer le marché et accélérer le développement de la RA sur laquelle se positionnent nombre de start-up françaises.
Parmi elles figurent Apps Factory (spécialisée dans le secteur de l'immobilier), e-Fijy (catalogue de jeux pour l'événementiel), Fitting Box (logiciel d'essayage de lunettes virtuelles), Int13 (créations de jeux sur smartphone), Total Immersion (leader français des logiciels RA) ou encore Virtuasense (application destinée aux musées).Cette jeune société d'ingénierie rouennaise donne une dimension vraiment ludique aux visites de musées. Son application nous invite à nous saisir de pièces rares et précieuses, par exemple le vase de Soissons ou le buste de Néfertiti. Bien sûr, il ne s'agit que d'objets virtuels obtenus par la numérisation des pièces originales. Grâce à un trucage reposant sur une caméra et un jeu de capteurs, le visiteur se voit en temps réel sur un écran en train d'examiner des pièces de collection, sans craindre de les faire tomber puisque les objets sont virtuels. « Plusieurs musées sont intéressés par notre application », fait savoir Jean-Marc Minière, le président de la start-up.
Également spécialisée dans le développement d'applications, la société e-Fijy (17 salariés) a déjà consacré un million d'euros pour développer un catalogue d'attractions comme Paf le Chien, ou encore la cabine d'essayage virtuel. Le principe est simple. « Il suffit de se placer devant un écran sur lequel est situé un capteur 3D de type Kinect pour se voir paré du déguisement de son choix », indique Johann Gobe, codirecteur de l'entreprise lilloise. L'enfant - ou l'adulte - peut bouger et tournoyer sans que le vêtement numérique ne donne trop l'impression d'être plaqué sur son corps. Bluffant, l'essayage virtuel a été utilisé par Oxybul-Éveil et Jeux, mais aussi par les Galeries Lafayette. « Grâce à nos statistiques, ils ont pu identifier les modèles de vêtements les plus sollicités », ajoute le dirigeant qui compte déployer à terme 5.000 installations louées entre 150 et 400 euros par mois dans des parcs d'attractions, centres commerciaux, aéroports...

Des milliards d'applications en 2017
Loin de se cantonner au secteur de l'événementiel, l'essayage virtuel est appelé à entrer dans nos foyers avec la généralisation des Webcam et des capteurs 3D. « Des logiciels vont nous aider à appré-cier le tombé et la souplesse d'un tissu et choisir la couleur d'un vêtement avant même de passer commande », prédit Grégory Maubon, cofondateur de l'Association de promotion de la réalité augmentée (Apra). « Des chercheurs japonais ont montré, lors des dernières journées de Laval (une manifestation dédiée à la réalité virtuelle, ndlr), un prototype de gant numérique qui va nous aider à choisir un produit, par exemple un canapé, en testant le moelleux de son assise. »Encore confidentielles, les applications RA sont appelées à exploser d'ici à 2017. À cette date, Juniper Research estime que le nombre de téléchargements atteindra 2,5 milliards. Le secteur du tourisme est déjà sur les rangs. La Bretagne a d'ailleurs ouvert la route avec un circuit touristique baptisé À la recherche de l'empreinte perdue, proposé par le Pays de l'Oust, à Brocéliande. Durant le parcours, des personnages virtuels surgissent sur l'écran du mobile prêté par l'organisateur du circuit. Et ce, dès que la caméra embarquée détecte des marqueurs spécifiques préalablement disposés le long du circuit. Première du genre en France, l'application a été réalisée à l'aide d'une technologie concoctée par Int13, une start-up basée à Paris et spécialisée dans l'édition de jeux vidéo RA sur smartphone.

L'application Geoimmo localise sur les façades d'immeubles les appartements à vendre ou à louer. (DR)


Génératrice de nouveaux loisirs, la réalité augmentée ouvre aussi la voie à des services très pratiques. À l'instar de Geoimmo, une application qui localise depuis la rue des appartements à louer ou à acheter, en fonction de critères préalablement définis (nombre de pièces, prix, etc.). En positionnant le smart-phone ou un iPad devant l'immeuble, l'utilisateur voit s'afficher des panneaux virtuels localisant les appartements. Téléchargeable gratuitement sur App Store ou Android Market, Geoimmo est développée par Apps Factory. Le service repose sur l'association du GPS et de la réalité augmentée. « Nous avons entre 200 et 250 nouveaux utilisateurs par jour », indique Jérôme Revy, le dirigeant de la start-up lyonnaise qui compte sur son portail 500.000 petites annonces.
Seul bémol, ce type d'application réclame de l'utilisateur qu'il chemine l'?il rivé sur son écran de smartphone. D'où l'intérêt des lunettes RA qui permettent à la fois de voir son environnement et de consulter les informations délivrées par son mobile. À l'instar des futures Google Glass que l'on adoptera dans la rue pour communiquer, s'orienter ou s'informer en mode main libre. « Par exemple, en approchant d'un arrêt de bus, l'utilisateur verra automatiquement s'afficher l'horaire du prochain passage », explique Michel Agnola, consultant dans les nouveaux médias.

200 euros la paire de lunettes
En France, deux start-up planchent depuis de longues années sur ces lunettes à réalité augmentée (LIRA). À commencer par Laster Technologies et Optinvent. Basée à Rennes, cette dernière a été créée en 2007 par des ingénieurs de Technicolor spécialisés notamment dans les technologies de vidéoprojection. Pour développer leur technologie de lunettes vidéo transparentes, les dirigeants ont levé un million d'euros en deux tours de table auprès de business angels. « Notre objectif, c'est de nous imposer au plan mondial en tant que fournisseurs de lunettes informatives de réalité augmentée », déclare Kay-van Mirza, le président du directoire. En fonction de la demande de ses clients, la start-up peut projeter l'information sur un seul verre ou sur les deux, voire sur un casque. Dans tous les cas, l'image virtuelle est constituée sur la rétine grâce à un guide d'ondes en plastique placé devant les yeux. Ce guide achemine la lumière jusqu'à la pupille. Le porteur de lunettes voit ainsi une grande image devant ses yeux tout en gardant la vision sur son environnement. Cette technologie brevetée par Optinvent diminue drastiquement le prix des lunettes. Une première version sans fil sera lancée à la fin de 2013 au tarif public de 200 euros. Baptisée « Clear Vu » et pesant 60 grammes, elle intéressera une multitude d'applications sportives, ludiques, militaires... Par exemple, sur un champ de bataille, le soldat recevra des instructions sur sa position et celle de ses ennemis en temps réel et directement sur ses lunettes.
De son côté, Laster Technologies embarque sur ses lunettes une caméra reliée à un écran minuscule installé sur la branche. Avantage, les lunettes affichent les informations provenant d'un smartphone mais aussi les images de la caméra embarquée.

Prochaine étape, la commande par la pensée
Avec une résolution d'image de 600 x 800 pixels pour un poids de 60 grammes, ces accessoires intéressent par exemple la maintenance industrielle. Le technicien peut piloter à la voix la caméra embarquée et lui demander de filmer une pièce défectueuse. Ce type d'application est testé actuellement dans plusieurs secteurs (militaire, logistique ou médical). « On peut imaginer aussi avoir un masque de plongée sur lequel on mélangera l'activité virtuelle et réelle », indique Thierry Penet, directeur des ventes et du marketing chez Laster Technologies (450.000 euros de chiffre d'affaires pour 2011 pour une quinzaine de collaborateurs) qui compte lancer sa première production à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Lesquels seront vendus environ 500 euros l'unité.
Après la commande vocale, la prochaine étape, pour les fabricants, sera de piloter les lunettes par la reconnaissance de mouvements, par exemple, ceux de la main. Mais aussi par la pensée ou les mouvements des yeux. Un exploit réalisé par des chercheurs du Fraunhofer Institut, en Allemagne. De quoi garder les mains vraiment libres. Ce type d'innovation pourrait intéresser la Nasa qui réfléchit à la manière selon laquelle ses cosmonautes pourraient, en cas d'urgence, opérer leurs collègues durant un vol géostationnaire. Auquel cas, le mode opératoire pourrait être envoyé en temps réel sur les lunettes du chirurgien qui les verra s'afficher en surimpression sur le corps du patient.

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Commentaires

Grégory MAUBON  a écrit le 24/01/2013 à 21:41 :

Merci pour cette référence ! Plusieurs indicateurs nous montrent que 2013 sera vraiment l'année de la réalité augmentée, avec des usages vraiment utiles et une coordination avec les autres outils. Bref, plein de promesses en vue !

Lou  a écrit le 24/01/2013 à 16:33 :

En France, la société LightVision planche déjà depuis un moment sur des lunettes à projection sur la rétine intégrant le suivi des mouvements des yeux pour les contrôler