La Tribune

Comment Evernote espère (enfin) gagner de l'argent

Phil Libin, le directeur général d'Evernote. Copyright Reuters
Phil Libin, le directeur général d'Evernote. Copyright Reuters (Crédits : @kmeron pour le Web)
Delphine Cuny  |   -  566  mots
L'application de prise de notes et d'archivage de documents sur tous supports compte 65 millions d'utilisateurs dans le monde dont 5% paient un abonnement seulement. La start-up californienne a lancé une version business pour accélérer la monétisation.

«Je dis souvent qu'on construit notre entreprise pour durer 100 ans. Nous avons donc déjà fait 5% du chemin », sourit Phil Libin, le directeur général d'Evernote, qui vient en effet de fêter ses cinq ans et de passer le cap des 65 millions d'utilisateurs dans le monde (1,5 million en France). La start-up californienne a développé un logiciel servant initialement à la prise de notes et à l'archivage, à l'image de OneNote de Microsoft.

C'est aujourd'hui une application que l'on peut utiliser de son mobile, sa tablette ou son ordinateur, quel que soit le système d'exploitation (Android, iOS, Windows, etc) pour accéder à tous ses documents, que ce soit des notes, des images, des vidéos, des captures Web d'écran, un outil pour collecter, rassembler et retrouver plus facilement tous ses documents, stockés à distance, dans le « cloud » (le nuage informatique). Son slogan : « n'oubliez plus rien » et son logo, une tête d'éléphant, pour la mémoire bien sûr. Car Evernote espère devenir l'extension de votre mémoire...


5% des utilisateurs seulement paient un abonnement

« Nous voulons que Evernote soit une part importante de la vie de nos utilisateurs, qu'ils y stockent toutes les choses importantes de leur vie et qu'ils puissent les retrouver pour toujours (ever en anglais) », fait valoir Phil Libin à La Tribune. C'est la finalité même du service, mais son salut aussi : en effet, « plus les utilisateurs se servent de notre application depuis longtemps, plus le service a de la valeur à leurs yeux et plus ils sont enclins à payer », relève-t-il.

Actuellement, 5% des utilisateurs seulement paient un abonnement (5 euros par mois ou 40 euros par an), soit un peu plus de 3 millions, mais ils sont 11% chez les utilisateurs depuis plus de deux ans. « Notre modèle économique, freemium, est très clair : il n'y a aucune publicité, nous ne faisons pas d'analyse Big Data des documents, nous ne revendons pas les données, nous ne gagnons d'argent que si les utilisateurs décident de payer. »


Une version "business" à 10 euros par mois

Dans cette optique de monétisation, la société implantée à Redwood City, dans la Silicon Valley, au nord de Palo Alto et Menlo Park, a lancé une version Business, dotée de plus de fonctionnalités de partage et d'assistance notamment, à 10 euros par mois par utilisateur, dévoilée l'hiver dernier à Paris à l'événement LeWeb. Elle compte déjà 25.000 entreprises clientes qui utilisaient la version grand public et le reste des utilisateurs s'en servent en réalité essentiellement au travail.

Cette activité business devrait représenter 10% du chiffre d'affaires cette année, 30% l'an prochain et à terme au moins 40%. L'entreprise, qui a ouvert 9 bureaux à l'international, à Pékin, Zurich, San Paolo, etc, pour recruter les meilleurs développeurs, emploie désormais 330 personnes. Elle réaliserait un chiffre d'affaires de l'ordre de 75 millions de dollars et n'est pas rentable «mais nous l'avons été en 2011, c'était important de montrer qu'on pouvait l'être, nous le serons à nouveau en fin d'année prochaine » assure Phil Libin.

Evernote, qui a levé plus de 220 millions de dollars, dont 85 millions lors du dernier tour de table sur la base d'une valorisation estimée à 2 milliards de dollars, compte notamment le japonais DoCoMo au capital et le fonds Sequoia. Une introduction en Bourse pourrait intervenir « mais pas cette année, d'ici deux à trois ans. Ce n'est pas un objectif. Notre but c'est devenir une entreprise centenaire ! »

 

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