La Tribune

Les e-commerçants ont-ils raison de se lancer dans l'alimentaire?

Le e-commerce est l'un des rares secteur qui connait une croissance à deux chiffres: il a représenté 12 milliards d'euros au second semestre 2013 soit une hausse de 16% des recettes sur un an.
Le e-commerce est l'un des rares secteur qui connait une croissance à deux chiffres: il a représenté 12 milliards d'euros au second semestre 2013 soit une hausse de 16% des recettes sur un an. (Crédits : <small>DR</small>)
Adeline Raynal  |   -  1117  mots
"Miam miam", la plateforme de Vente-privée dédiée aux produits alimentaires du terroir est lancée. Bien que la commercialisation en ligne de ce type d'articles demeure difficile, certains acteurs tentent le coup. Mais le jackpot semble encore loin.

« Le secteur du e-commerce et du numérique a un besoin d'innovations incessantes pour être boosté ».  C'est un spécialiste du secteur, Jalal Boularbah, responsable pédagogique du Master Commerce électronique de l'Université Paris est (Créteil-Val de Marne) et directeur de l'Usage du Numérique à la Mairie de Saint-Maur-des-Fossés, qui l'affirme. Justement, ce jeudi marque le lancement en grande pompe d'un nouveau service chez Vente-privée : « Miam miam ». Mais encore ? Un nouvel univers dans l'offre du site fondé par Jacques-Antoine Granjon décidément très gourmand en nouveautés ces derniers mois.

Plus précisément, les 2,5 millions d'Internautes qui se rendent chaque jour sur le site de vente en ligne à prix cassés trouveront désormais une catégorie spécifique à l'alimentation avec des produits du terroir : du sirop de cassis de Bourgogne, pour ce premier jour par exemple.

La logique des ventes événementielles

Le modèle qui a fait le succès du site reste identique : Jacques-Antoine Granjon et ses équipes appliqueront toujours la logique de la vente évènementielle. C'est-à-dire que quelques produits seront proposés à un cercle restreint de clients privilégiés, à un prix raboté de 40 à 50%, mais sur un laps de temps et dans des quantités limitées.

Sauf qu'habituellement sur Vente-privée les offres concernent plutôt des produits de grandes marques. Or dans le domaine de l'alimentation et des produits du terroir, il existe peu de marques « top of mind », autrement dit qui parlent instantanément au consommateur lorsqu'ils recherchent un produit.

Cette fois, Vente-privée mise sur un atout cher à notre ministre du Redressement productif : le Made in France !  Arnaud Montebourg était d'ailleurs présent dans l'entrepôt de la Plaine-Saint-Denis ce jeudi matin pour assister au lancement de « Miam miam », accompagné de Sylvia Pinel, la ministre du Commerce.     

Optimiser la base de clients                                         

Il s'agit pour la marque de jouer sur la corde sensible de la méta-marque « produits du terroir ». Mais l'alimentaire? Pourquoi choisir d'élargir sa gamme aux produits réputés les plus difficiles à vendre à distance ? Les charcuteries, chocolats et autres sirops partent avec un sérieux handicap : ils sont périssables, fragiles, parfois encombrants, et pâtissent du coup d'un rapport prix/volume souvent peu avantageux… bref, tout ce qui pose problème lorsqu'on doit gérer des stocks et des acheminements à l'échelle d'un pays, voire d'un continent.

« Vente-privée cherche à optimiser l'utilisation de son fichier client, c'est pour cela qu'il se diversifie » analyse Jean-Paul Crenn, fondateur de Webcolibri et auteur du V.A.D.O.R, un guide consacré à la vente en ligne.

« Ils connaissent déjà leurs acheteurs de vin (Vente-privée se revendique comme le plus gros vendeur de vin via Internet de France, ndlr), ils vont exploiter ce potentiel de clients ».

Des prix agressifs, pas de stocks: simplement le b.a.-ba du e-commerce

Les prix seront « 40 à 50% inférieurs à ceux auxquels ces produits sont vendus habituellement » a indiqué ce matin le PDG de Vente-privée.

« Jusque là, Vente-privée n'a rien révolutionné avec Miam-miam » observe Jalal Boularbah, qui poursuit : « le b.a.-ba du e-commerce c'est de pratiquer des prix agressifs grâce à l'absence de stocks et à la réduction du nombre d'intermédiaires».

Ce dont Vente-privée et d'autres acteurs de la vente en ligne vont se prévaloir auprès des producteurs de produits du terroir, c'est bien sûr la démultiplication du nombre de clients potentiels et sur la possibilité de trouver une alternative à la grande distribution. Jacques-Antoine Granjon a d'ailleurs insisté ce jeudi dans les médias sur la rampe de lancement potentielle que sera ce service qu'il décrit comme « une plateforme de lancement, de communication, de promotion ».

A l'heure, où les relations sont souvent extrêmement tendues entre producteurs et acteurs de la grande distribution, les e-commerçants entendent se démarquer. « De nombreux producteurs ont déjà répondu favorablement » a assuré Jacques-Antoine Granjon à Challenges. La plateforme, elle, peut diversifier son offre, sans pour autant devoir supporter les risques de stocks. Quelle marge de manœuvre pour les fournisseurs dans la négociation de la commission prélevée sur ses ventes.

« Confidentiels, leurs montants varient en fonction du volume de vente, de la période de disponibilité du produit sur le site, etc » rappelle Jalal Bourbalah.

«Alimentation-drives-épicerie fine »: 2,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2012

L'alimentaire, le prochain virage à ne pas manquer pour un site de e-commerce s'il veut continuer de se développer? Le secteur est complexes, mais il représente un potentiel. Les ventes de la catégorie « alimentation-drives-épicerie fine » ont généré 2,8 milliards d'euros l'an dernier, sur un chiffre d'affaires global de 45 milliards d'euros pour le secteur du e-commerce en France en 2012 selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad).

Mais surtout, de plus en plus d'Internautes achètent des produits alimentaire via Internet. 21% d'entre eux le faisaient en 2012, soit 5 points de plus que l'année précédente d'après le baromètre Fevad-Médiamétrie sur les comportements d'achats des internautes publié en juin dernier.

Le plus avantageux pour le e-commerçant serait donc d'opérer une sélection précise des produits : de l'alimentaire, pourquoi pas, mais à condition qu'ils remplissent au moins trois critères : facilité de conservation, un prix au volume suffisamment élevé pour appliquer des marges correctes, et des produits qui vont représenter un intérêt pour les internautes en raison de leur difficulté d'accès en temps normal (le propre des produits du terroir souvent vendus uniquement sur une zone géographique !).

Un simple test

Certains tentent malgré tout le coup des produits frais.  Amazon le fait aux États-Unis, dans la région de Los Angeles et dans celle de Seattle avec son service « Amazon fresh » qui propose notamment du pain, des légumes, des fruits, de la viande… En revanche, contactée par La Tribune, la société Rue du Commerce a refusé de s'exprimer sur la vente de produits alimentaires, qui n'apparait comme un axe stratégique de développement pour cette entreprise.

De son côté, pour l'instant, Vente-privée dit vouloir se concentrer sur quelques produits, avec un système de livraison « à flux tendus ». Avant de réserver un espace dédié aux métiers de bouche dans son grand entrepôt de Beaune (Côte d' Or), le distributeur attend d'avoir testé la formule. Prudent, son PDG a confié ce matin :

« Attendons d'abord de voir si le modèle marché avant de le déployer. La vente alimentaire à grande échelle sur internet reste un modèle compliqué à mettre en place, et qui peut se révéler extrêmement couteux ».

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Commentaires

Corso  a écrit le 26/10/2013 à 14:07 :

Ils n'ont pas compris grand chose à ce mouvement nos spécialistes qui comme d'habitude se comportent surtout en comptables, qu'ils sont, plutôt qu'en stratégistes. Résumons : Les réseaux de vente par correspondance accrochent le consommateur par une porte d'entrée qui tirera ensuite tous ses besoins. Amazon a choisi le livre et plus généralement la culture qui concerne tout le monde, y a investi fortement et accompagne depuis cette offre par de nombreux compléments... qui sont parfois à leur tour des portes d'entrée pour un certain public. L'ensemble grossit donc par amalgame. Il est possible de satisfaire ainsi tous les besoins des consommateurs que nous sommes depuis des objets en passant par des services comme le téléphone ou la fourniture d'électricité ou bien l'assurance et la banque. Le seul hic pourtant est celui des produits frais. Selon les pays ils sont différents et ne sont par interchangeables ni ne supportent un long transport. Or la chaîne logistique des produits frais est très complexe car elle repose sur des accords quantitatifs entre distributeurs et producteurs entre lesquels il est difficile de s'introduire avec de petits volumes. J'ai ainsi annoncé que nos amis d'Amazon seraient bloqués en Europe par les salades et les carottes. Car depuis cette base, il est possible de poursuivre l'amalgame décrit plus haut. En effet le client disposera d'une offre marketing financière le rendant progressivement captif d'un ou deux sites. Cependant il existait une petite porte d'entrée que sont les produits frais à durée limitée, ceux dits "du terroir" ou "de spécialité". J-A Granjon vient occuper ce vecteur pour en refermer soigneusement la porte. Il va fédérer tous les mini sites de l'internet, désigner les équipes de producteurs gagnants qui pourront alors racheter les autres en augmentant leur panier de marques ou de savoir-faire. Il investira les domaines du café, chocolat, thé et autres dont nous parlions sur ce fil il ya peu en nous désolant que ses acteurs n'en soient que si peu français. Les hypermarchés concèdent donc une partie de leur territoire mais ont en échange choisi leur futur partenaire. Si les marchés européens de la distribution alimentaire sont concentrés et s'il est difficile de s'immiscer dans le secteur, ce fait constituant une barrière, il n'en va pas de même aux USA où l'offre est pléthorique et nombre des acteurs en faillite ou à reprendre. J-A G. pose alors un frein important dans le développement des sites américains. Nous le verrons bien vite.

pmxr  a répondu le 26/10/2013 à 18:19:

petit bémol , on parle de produits alimentaires ... pas de produits frais ... la nuance est grande !!!!!!!!!!!!! Je doute fort, qu'on vous livre un crème glacée par la poste !!!

CRC32  a répondu le 26/10/2013 à 18:55:

@pmxr

Et pourquoi pas? On livre bien des produits surgelés par transporteur.

pmxr  a écrit le 26/10/2013 à 11:52 :

Pas de soucis, nos élus font la promotion de l'E-commerce avec les radars, et les place de parking payantes, plus le prix des carburants !

pmxr  a répondu le 26/10/2013 à 12:08:

"s"

pmxr  a écrit le 26/10/2013 à 11:39 :

Pour ou contre la vente d'alimentaire sur internet ... je ne saurai vous dire ... juste un constat , faire des kilomètres en voiture, radars automatiques et nos CRS qui veulent faire des sous à tous prix .... Donc l'avenir d'internet n'est pas fini loin delà ! J'oubliais aller en centre ville et devoir payer une place de parking .... nos élus n'ont rien compris aux mutations du monde dans lequel nous vivons ! Par contre je ne vois pas l'avenir en rose pour "les drives markets)

yvan  a écrit le 25/10/2013 à 11:59 :

"la logique de la vente évènementielle"... Ouich.. Rappelez-vous que ce fut à la mode dans les supermarchés. Et vous n'en voyez plus... S'ils développent un fichier de "bons clients", là encore, ces pige.. clients devront avoir un sacré budget "achats-plaisir-inutiles". Good luck.

OSCAR  a écrit le 25/10/2013 à 11:07 :

On remplace 100 commerces avec des employées par un hangar avec un minimum de salariées a mi temps payées 500 euros par moi le e commerce est une catastrophe pour l'économie et les salaires.

CRC32  a répondu le 25/10/2013 à 12:00:

C'est une nouvelle révolution industrielle qui est en marche. Que voulez-vous, l'homme n'est pas fait pour travailler, c'est bien pour cela qu'il se fatigue. Si la société souhaite profiter du progrès technologique, il faudrait révolutionner pas uniquement la technique mais aussi notre modèle de valorisation du travail. La technologie génère des profits, il serait opportun de collecter une part de ses profits pour lutter contre le chômage sans pour autant brider l'innovation. La démographie est aussi une composante majeure dans l'explosion du chômage, il serait temps de la maîtriser.

Patrickb  a répondu le 26/10/2013 à 1:34:

@CRC32: c'est aussi pour cela que dans la majorité des cas, l'homme ne travaille pas par plaisir, mais pour payer ses factures :-) Quant à collecter les profits, encore faudrait-il ce qu'est le profit, car je ne crois pas que celui qui bosse comme un dingue soit prèt à partager les fruits de ses efforts :-)

CRC32  a répondu le 26/10/2013 à 18:52:

@Patrickb

Le profit généré par la technologie, c'est son gain de productivité par rapport au travail manuel. Par exemple, si grâce à une visseuse vous êtes capable de doubler votre performance ou si une ligne de production automatisée permet de multiplier par dix le nombre de produits transformés alors c'est autant de bras d'économisés donc la différence entre le coût de fonctionnement de la technologie par rapport au coût en main d'oeuvre équivalente devrait pouvoir faire l'objet d'une taxation finançant le chômage des postes non pourvus par des humains. Enfin, c'est une idée pour financer un modèle économique complètement obsolète car les machines sont nettement plus performantes que les humains pour produire en masse et c'est un frein important (mais pas le seul) à l'emploi. On pourra toujours créer de nouveaux marchés de niche, cependant ils seront à terme automatisés. A partir du moment où l'homme satisfait ses besoins sans la nécessité de travailler (ce qui reste à démontrer notamment dans l'agriculture), un revenu minimal pour tous devient une évidence afin d'accéder aux produits issus d'une industrie performante (sans bras ou presque). De plus, les ressources de la planète étant limitées, la croissance démographique mondiale peut s'assimiler à un suicide collectif.

Carlier  a écrit le 25/10/2013 à 9:47 :

Si vous voulez des villes sans commerce, une multiplication des camionnettes de livraison, un bilan énergétique désastreux, alors achetez tout sur le net

Nadia  a répondu le 25/10/2013 à 10:55:

Il n'a pas que du mauvais: cela permet de faire connaitre des produits du terroir des petits producteurs. Pour ce qui est du bilan énéergétique, la livaison à domicile, c'est moins de voitures sur les routes. Quant aux commerces en ville, les hyper se sont depuis bien longtemps chargés de les faire disparaitre. Perso, je trouve pratique de commander sur le net, c'est moins de temps de perdu. Quand vous passez déjà 11 h 00 loin de chez vous par jour pour le taff, le WE je préfère faire autre chose que passer tout mon samedi dans les magasins! Après les conditions sont différentes selon que vous vivez en IDF et en province. Je suis en IDF depuis 12 ans et j'ai totalement modifié ma façon de consommer.

CRC32  a répondu le 25/10/2013 à 11:22:

@Carlier

Là n'est pas le problème, si cela permettait de limiter l'usage de l'automobile au profit de transport de marchandises moins polluant par l'optimisation des déplacements et du nombre de véhicules roulant. Si vous préférez des villes ultra polluées par l'automobile, c'est votre choix. En revanche, je ne suis pas convaincu que le consommateur soit gagnant en achetant sur internet ses aliments car il ne pourra bénéficier d'aucune promotion liée notamment au défaut d'information sur les habitudes alimentaires des consommateurs (hors carte de fidélité). Avec internet, votre panier est tracké et peut faire l'objet de "subtiles" augmentations pour satisfaire les actionnaires du marché captif de l'alimentaire.

Patrickb  a répondu le 26/10/2013 à 1:37:

@Nadia: commentaire naïf :-) bien sûr qu'on va te dire que ce sont des produits du terroir si ça te fait plaisir :-)

balzac  a répondu le 27/10/2013 à 14:11:

a carlier , transporter des marchandises autrement qu'avec du diesel cela existe déjà , je connais quelques transporteurs en électrique et cela fonctionne bien , ils livrent beaucoup de gens qui ne veulent plus se déplacer et se faire taxer par les horodateurs , place de parkings difficile d'accès , temps libre a trouver et coffre bien souvent limite pour faire ces courses , enfin si on a un oubli alors là c'est le ponpon , le commerce en ligne peut-être interressant , pas de poids a trimballer dans un caddy , pas de caisse a attendre des plombes et pour les handicapés et les personnes âgées , ben ils y commencent a y réfléchir a ce mode là .. en plus on evite des tentations d'achats .. le commerce va changer de forme , cela se passe déjà en dehors de nos frontières , il faut voyager un petit peu et on voit déjà des mutations sociales importantes sans que cela ajoute de la pollution de masse ou des hausses de prix fulgurantes .. bien au contraire ..

du-top-livré-ou-je-veux  a répondu le 07/11/2013 à 10:40:

Essayez la formule proposée par OPENTERROIR, ils se sont lancés en Septembre, j'ai testé et franchement c'est bien...et c'est pas un groupe financier derrière... ;)