Télécoms : Netalis, ou les tribulations d'un opérateur alternatif

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D'après Nicolas Guillaume, l’Arcep devrait prendre des mesures pour faciliter l’accès des petits opérateurs aux villes et zones les plus denses du territoire.
D'après Nicolas Guillaume, l’Arcep devrait prendre des mesures pour faciliter l’accès des petits opérateurs aux villes et zones les plus denses du territoire. (Crédits : DR)
Petit opérateur du Doubs à destination des professionnels, Netalis commercialise des offres Internet à très haut débit concurrentes de celles des mastodontes Orange ou SFR. Son patron, Nicolas Guillaume, est remonté contre le régulateur. Lequel, à ses yeux, n’épaule pas assez les acteurs les plus modestes.

Dans le monde des télécoms, Nicolas Guillaume n'est pas un inconnu. Sur Twitter, sous le pseudo « Niko GL », il commente sans fard l'actualité du secteur et des opérateurs alternatifs. Il faut dire qu'à 32 ans, Nicolas Guillaume est lui-même à la tête d'un de ces petits acteurs. Il y a deux ans, il a lancé Netalis, un opérateur de fibre optique basé à Besançon, dans le Doubs. Sa cible : les professionnels et entreprises désireux d'accéder au très haut débit.

Contrairement aux télécoms grand public, ce créneau est particulièrement difficile. Celui-ci est archi-dominé par deux acteurs : Orange, qui possède environ 70% de ce marché de plus de 10 milliards d'euros, et SFR, qui en détient 20%. En d'autres termes, il s'agit d'un très solide duopole, qui, en plus de restreindre l'offre, maintient les prix à des niveaux parfois prohibitifs et inaccessibles pour les entreprises les plus modestes.

Des offres ultra-personnalisées

Pour ferrer ses clients, Nicolas Guillaume joue la carte du sur-mesure à l'échelle locale. Son credo : proposer des offres Internet ultra-personnalisées à un prix « juste », affirme-t-il. Au contraire, d'après lui, d'une grande machine comme Orange, dont les grilles tarifaires et les offres génériques ne seraient pas toujours calibrées aux besoins et usages des professionnels. Pour convaincre le visiteur du bien-fondé de sa stratégie, il l'emmène chez son premier client : son ami Stéphane Bonnotte, ex-producteur, entre autres, de l'émission Culture Pub.

En septembre 2015, celui-ci a ouvert 2089, une école de communication digitale aux portes de Besançon. Ce mercredi matin, une trentaine d'élèves répartis dans deux vastes salles planchent sur leurs ordinateurs portables. Deux « smart board », de grands écrans tactiles et utilisés pour les cours à distance, trônent dans l'espace. « Tous mes élèves sont hyper-connectés, indique Stéphane Bonnotte. Ils ont tous des smartphones, des tablettes, des ordinateurs. Je ne peux pas me permettre d'avoir des problèmes avec Internet... » C'est pourquoi il s'est tourné vers Netalis et son offre premium de fibre « GigaLink ». Pour 399 euros par mois (hors taxes), celle-ci propose jusqu'à 1 gigabit « symétrique » - ce qui permet, en plus de recevoir des données, d'en envoyer des quantités très rapidement.

En plus de l'abonnement, 2089 a dû s'acquitter de travaux de génie civil pour acheminer la fibre jusqu'à la bâtisse. De fait, il s'agit ici d'une offre appelée « FTTO » (« Fiber to the office »), où l'entreprise dispose de sa propre fibre « dédiée », ce qui assure de très bonnes performances. D'après Stéphane Bonnotte, l'école a dû débourser « entre 800 et 1.000 euros » de frais de raccordement au réseau de Netalis. L'addition est salée. Mais pour l'intéressé, elle demeure moins chère que ce que lui proposait Orange. A savoir « 600 ou 700 euros par mois, sans compter les 2.000 à 3.000 euros de frais d'installation ».

Les TPE et PME dans le viseur

Pour Nicolas Guillaume, qui affirme compter « moins d'une centaine de clients » pour un chiffre d'affaires « inférieur à 1 million d'euros », c'est la preuve qu'il y a de la place pour les petits acteurs alternatifs locaux aux côtés des grands opérateurs nationaux. Sûr de lui, il investit dans son propre réseau pour ferrer de nouveaux clients. Il déploie sa fibre vers les zones d'activité de la région, où il s'estime plus compétitif que ses rivaux. En parallèle, il s'est branché sur le Réseau d'initiative public (RIP) du département. Financé en partie avec des fonds publics dans le cadre du plan France Très haut débit, celui-ci vise à apporter la fibre à quelques 120.000 foyers et entreprises des zones rurales à horizon 2024. Sachant qu'aujourd'hui, 15.000 d'entre eux ont déjà été raccordés.

Sur ce réseau, Netalis commercialise une offre baptisée « NetaLink Fibre Pro », à compter de 79 euros par mois (hors taxes). Dans le jargon des télécoms, il s'agit d'une offre dite « FTTH Pro » (« Fiber to the home »). Bien moins chère mais aussi moins performante qu'une offre de fibre dédiée, elle s'adresse surtout aux TPE et aux PME qui n'ont pas les moyens de mettre plusieurs centaines d'euros par mois dans un abonnement Internet. Pour Nicolas Guillaume, ce marché est encore « marginal », mais « va prendre dès cette année plus d'importance » avec l'essor du RIP.

La vision « parisianiste » de l'Arcep

D'après le patron de Netalis, la principale menace, pour les opérateurs alternatifs comme lui, émane de l'Arcep, le régulateur des télécoms. S'il salue la volonté de l'institution de casser le duopole Orange-SFR sur le marché professionnel, il craint qu'elle ne privilégie trop les offres bon marché FTTH Pro aux dépens des offres de fibre dédiée.

« Le problème, c'est que l'Arcep donne l'impression de vouloir développer le marché professionnel comme elle l'a fait avec le marché grand public, en favorisant des offres très peu chères avec beaucoup de débit », explique Nicolas Guillaume. Mais à l'en croire, cette politique n'est pas du tout adaptée. « De plus en plus d'entreprises, à l'instar de 2089, ont besoin des offres premium et personnalisées de fibre dédiée des petits opérateurs », insiste-t-il.

Plutôt que de balayer ce segment, Nicolas Guillaume préférerait que l'Arcep prenne des mesures pour faciliter l'accès des petits opérateurs aux villes et zones les plus denses du territoire, à l'instar, par exemple, de Besançon. D'après lui, il est souvent trop coûteux pour les alternatifs d'y accéder, alors qu'ils pourraient y stimuler la concurrence. Mais pour cela, encore faut-il que l'Arcep s'intéresse aux petits, ce qui n'est, d'après lui, pas le cas aujourd'hui.

A l'écouter, l'institution est coupable d'une vision « parisianiste » du secteur. Il l'accuse de ne se préoccuper que des grands opérateurs comme Orange, SFR, Free ou Bouygues Telecom. Jeudi dernier sur Twitter, il a une énième fois clamé son ras-le-bol envers le gendarme des télécoms. « Est-ce qu'un journaliste IT a osé un jour demander à l'Arcep pourquoi elle n'accordait (presque) pas d'importance aux acteurs alternatifs ? », a-t-il fusillé.

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