« Avec les contrats à 15 euros, tout le monde est perdant »

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Philippe Dabat, directeur général délégué du groupe de protection sociale AG2R
Philippe Dabat, directeur général délégué du groupe de protection sociale AG2R (Crédits : DR)
[ #Complémentaires santé ] Philippe Dabat dénonce la guerre des prix qui sévit dans le domaine de la complémentaire santé collective. Selon lui, les contrats à 15 euros, c'est une « mauvaise intitiative » qui générera bien des mécontentements.

LA TRIBUNE - Comment faites-vous face à la concurrence très forte sur le marché de l'assurance santé collective ?

PHILIPPE DABAT - La grande surprise, depuis le début de l'année, c'est l'intensité des négociations concernant les accords de branche. On en comptait d'ordinaire une dizaine par an, il y en aura au moins 70 cette année. L'ANI a provoqué un nombre de négociations beaucoup plus important qu'imaginé. Ce mouvement va structurer le marché.

Les chefs d'entreprise doivent y être attentifs. Tout employeur se préoccupant de la complémentaire santé doit d'abord s'interroger sur la branche à laquelle il appartient, et se renseigner sur les négociations qui y sont en cours ou conclues, ainsi que sur l'éventuelle extension de l'accord à toutes les entreprises. S'il souscrit auprès d'un assureur un contrat ne respectant pas cet accord, il sera en sutuation de risque vis-à-vis de ses salariés.

Comment ces accords vont-ils se traduire pour votre activité ?

Quatre cent mille entreprises sont actuellement sans mutuelle Je ne serais pas étonné que près de la moitié d'entre elles soient concernées par des accords de branche. Dans la plupart des cas, des assureurs sont corecommandés. Néanmoins, le chef d'entreprise reste libre du choix de son assureur. Les accords de branche déjà signés prévoient quasiment tous des garanties supérieures au panier de base ANI, avec souvent des garanties équivalentes à celles souscrites dans des entreprises de taille plus importante, de plus de 1000 salariés. C'est un véritable avantage pour le salarié, à des prix très intéressants pour les petites entreprises.

Assiste-t-on à une bataille des prix ?

Elle a lieu, effectivement. On trouve des contrats ANI, pour le panier de soins minimum, à 15 euros par mois et par salarié, c'est une aberration. N'importe quel actuaire vous confirmera que le prix moyen de ce contrat ANI devrait être entre 28 et 30 euros.

Avec quelles conséquences ?

Ces contrats à 15 euros sont une mauvaise initiative. Pour l'assureur d'abord, qui perd

13 euros par mois et par salarié. Soit 780 euros de pertes par an et par entreprise sur la base de cinq salariés. Du coup, dès 2017 et par la suite, il sera contraint de majorer rapidement ses prix, créant inévitablement de l'insatisfaction et du turnover puisque les clients iront voir ailleurs. Un contrat en santé collective dure sept ans en moyenne. Même en augmentant les tarifs, comment voulez-vous amortir un contrat vendu avec ce niveau de pertes en l'espace de sept ans ? Le résultat est donc un client mécontent, et une perte sèche.

Les assureurs qui jouent les bas prix ne vont-ils pas équilibrer leurs comptes en vendant d'autres produits au chef d'entreprise devenu leur client ?

Je n'y crois pas. Le client étant vite insatisfait, il ne souscrira pas d'autres produits. Et quand bien même il le ferait, il est très difficile de récupérer 800 euros par an perdus sur d'autres ventes.

Et pour le chef d'entreprise ?

Certes, il ne paiera que 7,50 euros par mois et par salarié. Mais le salarié, qui avait déjà une mutuelle souscrite individuellement le couvrant beaucoup mieux, sera mécontent. Il demandera de meilleures garanties à son patron qui l'incitera à souscrire une « surcomplémentaire ». Celle-ci sera onéreuse, l'assureur cherchant bien sûr à récupérer une partie des pertes liées au contrat de base. C'est la double peine pour le salarié : son patron ne paie quasiment rien, et toute l'économie réalisée par son employeur, il doit l'assumer à travers une surcomplémentaire dont le tarif augmentera année après année. Du coup, le salarié demandera sans doute une hausse de salaire pour compenser. Ce qui, pour l'employeur, est beaucoup plus onéreux que la souscription d'une bonne mutuelle, notamment compte tenu de l'exonération de charges sociales. Tout le monde est perdant...

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a écrit le 26/11/2015 à 7:31 :
Il serait utile de se poser la question de ce qui constitue un risque devant être assuré (coût important et fréquence rare) et ce qui est une dépense récurrente et banale pour le quel l'assurance est nocive car y ajoutant des frais de gestion et des taxes. Mais l'électoralisme ne s'occupe pas de technique assurantielle et le bon peuple suit.
a écrit le 25/11/2015 à 17:23 :
Et pour d'autres la mutuelle d'entreprise est trop chère 50 euros pour l'entreprise + 50 euros pour le salarié conduise le salarié à refuser celle de l'entreprise pour en prendre une à ses propres frais mais moins chère 35 euros et en même temps ne supporte pas le + fiscale à la fin de l'année qui peut faire perdre des droits sociaux .
a écrit le 25/11/2015 à 17:09 :
De toute façon ces complémentaires, ne font qu'aggraver la situation, et on est déjà à 14% de remboursement par les mutuelles, Nous avons déjà quitté la sécurité sociale, au profit des financiers. La sécu à la Française est morte, nous sommes américains, c'est fait.
Quand les Français se réveilleront, il sera trop tard.
Bravo les socialistes, des as en destruction de société.
a écrit le 25/11/2015 à 14:08 :
AGRR/LA MONDIALE par la voix de Philippe DABAT voit disparaitre ses monopoles octroyés par les branches professionnelles sans mise en concurrence et veut faire peur aux entreprises mais aujourd'hui il n'y a aucune obligation et celles-ci sont libres de choisir leur fournisseur. Vive la concurrence et n'hésitez pas à sanctionner ces organismes parapublics qui parasitent la protection sociale depuis longtemps.
a écrit le 25/11/2015 à 13:24 :
En 2012, Sarkozy rendit obligatoire dans les voitures les éthylotests fabriqués par un copain à lui. Simultanément, le ministre de Robien rendit obligatoire des travaux aussi coûteux qu'inutiles dans les ascenseurs. C'est qu'une campagne électorale, figurez-vous, c'est pas cadeau ! Si vous cherchez pourquoi les "mutuelles" sont devenues obligatoires, et curieusement augmentent leurs tarifs avant même de commencer leur activité, je peux vous donner des idées.
a écrit le 25/11/2015 à 12:26 :
Les complémentaires santé ne sont qu’une vaste escroquerie participant du démantèlement de notre protection sociale.

Quand on sait que déjà, sur la somme versée, 20% disparaissent en frais de gestion (qui ne sont, rappelons-le, que de 2% pour nos CPAM !), l’arnaque est avérée.

En réalité, ces mutuelles ne servent à rien. Elles font le même travail que la sécu, mais y ajoutent de la complexité inutile. La seule bonne solution consiste à supprimer toutes les mutuelles, à reverser les sommes qu’elles ponctionnaient aux CPAM, et ainsi de permettre aux CPAM de rembourser à 100% tout le monde. C’est d’autant plus nécessaire et utile maintenant que la complémentaire santé est obligatoire pour tous.

Dit autrement, aujourd’hui, tout salarié est obligé de se faire racketter par les actionnaires d’une de ces complémentaires santé. Beau cadeau du gouvernement aux actionnaires.
a écrit le 25/11/2015 à 11:17 :
"N'importe quel actuaire vous confirmera que le prix moyen de ce contrat ANI devrait être entre 28 et 30 euros." dit ce Monsieur d'AG2R; l'entreprise pour laquelle je travaille me retire 23€ par mois au titre de l'assurance obligatoire, obligatoire mais très basique et cette assurance est: AG2R évidemment!!
Monsieur AG2R proposez des contrats crédibles et l'on vous écoutera, lira voire croira!!
a écrit le 25/11/2015 à 10:03 :
Les Français se font complètement arnaquer avec toutes les complémentaires, autant qu'elles sont! Il suffit de calculer ce qu'on cotise en une année et comparer avec ce que le mutuelle rembourse réellement. La différence est flagrante. Les mutuelles s'en mettent plein les poches.
La Sécu rembourse pas loin de 70% des soins courants (sauf pour le dentaire et l'optique).
Il vaut mieux épargner chaque mois 50 euros sur son Livret A et sortir ce qu'il faut quand c'est nécessaire.
J'ai fait le calcul, je paie 912 euros par an à ma mutuelle obligatoire, et elle ne me rembourse que....58 euros..... Waou! Ok je suis en bonne santé...
On va me traiter d’égoïste, mais quitte à être solidaire, je préférerai une Sécu plus chère mais qui rembourse tout plutôt que d'engraisser une myriade de petites structures privées.
Réponse de le 25/11/2015 à 10:19 :
En fait, ce n'est pas qu'elles s'engraissent réellement... C'est qu'elles sont totalement inefficaces avec des frais de gestion importants, des frais de commercialisation élevés. En plus, elles font le même travail que la Sécu avec une valeur ajoutée extrêmement faible...
Réponse de le 25/11/2015 à 14:34 :
D'accord avec vous en partie , je n'arrive pas à comprendre comment les syndicats ont signé l'ANI , qu'elles compensations ils ont reçu en échange car la finalité c'est bien un transfert des remboursements sur les complémentaires santé pour alléger le déficit de la sécu qui elle ne va pas baisser ses cotisations .Au final nous nous dirigeons vers une privatisation de la santé et là silence radio de la cgt, de fo et sud !!!!
Quant à votre calcul vous oubliez que l'assurance repose sur un principe de solidarité , qu'il s'agisse de votre bagnole, votre logement ou votre santé .
Réponse de le 25/11/2015 à 16:35 :
non pour moi c est faut ci nous somme a l hôpital c est honnereut ma
complémentaire m aide très très. bien...
Réponse de le 25/11/2015 à 16:35 :
non pour moi c est faut ci nous somme a l hôpital c est honnereut ma
complémentaire m aide très très. bien...
a écrit le 25/11/2015 à 9:57 :
En même temps, si vous ne les rendiez pas obligatoire...
a écrit le 25/11/2015 à 9:08 :
ce monsieur oublie juste au passage qu'il s'agissait d'une mesure politique qui visait 1 a satsfaire un certain electorat 2 a alleger le deficit de la secu quand les charges vont etre transferees massivement sur les mutuelles
moi je met a 1000/1 que certains auront la mutuelle de leur patron ( obligatoire et qui va leur couter) et une mutuelle ' a eux' qui repond a leurs besoins ( certains sont myopes, d'autres ont des enfants, d'autres sont obliges de se faire hospitaliser regulierement, retc...)
a écrit le 25/11/2015 à 8:54 :
Il se disait la même chose quand les contrats internet à 20€ sont apparus sur le marché. Les institutionnels déclaraient la faillite des télécoms. Mais ce que ce monsieur omet de dire, c'est que le nombre de client va mécaniquement augmenter du fait que la mutuelle est devenu obligatoire. L’accroissement du marché permet donc un meilleur amortissement des coûts : c'est le rôle d'une mutuelle. Les entreprises française en sont encore restées à leur vielle méthode : vendre peut mais très cher. Le mutualisme, c'est le contraire. Et c'est sur ce nouveau paradigme commercial de vendre beaucoup pour pas cher que se forment les plus grosses sociétés de la planète. Il serait temps que les vieilles entreprises poussiéreuse française changent leur logiciel.
Réponse de le 25/11/2015 à 14:26 :
Les mutuelles représentent déjà plus de 60% du marché de la complémentaire santé mais elles sont encore trop nombreuses même si elles se regroupent , leurs charges fixes restent encore élevées et compte tenu du transfert des remboursements de la sécu vers les complémentaires elles auront du mal à maintenir leurs tarifs .

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