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"La marque AGF a une connotation un peu vieux jeu"

La Tribune

Publié le 15 juin 2006 à 15:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:54

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Un entretien avec Michael Diekmann, président du directoire d'Allianz. Allianz prépare la disparition à terme de sa marque AGF. Selon son président, la marque n'est pas assez dynamique. Allianz reste en revanche encore trop allemand. Au vu de l'évolution des cours de Bourse des deux sociétés, il exclut un rachat des actionnaires minoritaires d'AGF d'ici à la fin de l'année.

La Tribune.- Fin septembre 2006, la RAS, dont vous détenez déjà 76,3% du capital, va fusionner avec Allianz. Pourquoi avoir mis autant d'argent sur la table pour une telle opération?

Michael Diekmann.- La RAS est une entité clé puisqu'elle détient la direction opérationnelle de nos filiales dans un certain nombre de marchés stratégiques comme l'Italie bien sûr mais aussi l'Espagne, la Suisse, l'Autriche ou la Turquie. Or aujourd'hui l'évolution de notre industrie nous oblige à simplifier nos structures et à le faire rapidement. Mais quand vous avez des actionnaires minoritaires, ce qui est le cas sur nos marchés prioritaires, vous n'avez pas la flexibilité qui serait nécessaire puisque chaque fois vous devez leur prouver qu'ils ne seront pas défavorisés par telle ou telle mesure. Cela prend du temps et retarde la mise en place des opérations.

Le même discours est valable pour les AGF...

La situation est un peu différente. Les AGF gèrent, outre la France et Euler Hermes, l'Amérique latine, les Pays-Bas et la Belgique, le Moyen Orient, l'Afrique et Mondial Assistance. C'est un portefeuille plus lisible car les structures d'actionnariat y sont moins complexes. De surcroît, il n'est pas question de faire une opération qui ne serait pas rentable pour nos actionnaires. Pas seulement ceux d'Allianz mais aussi pour ceux des AGF. Une acquisition n'est pas défendable si elle ne se rentabilise pas.

L'action AGF continuant de monter alors que celle d'Allianz est en baisse depuis le début de l'année, doit-on en conclure qu'en 2006, vous ne lancerez pas d'offre sur les minoritaires des AGF, contrairement aux attentes des marchés?

Je ne peux rien exclure totalement mais disons-le clairement, si l'évolution des marchés se poursuit dans la logique actuelle, cela est improbable.

Si la différence entre les deux titres ne s'inversait pas dans les cinq prochaines années, vous êtes prêts à renoncer à faire une offre?

Je n'ai jamais fait de mystère. Je préférerai avoir 100% des AGF. Mais pas à n'importe quel prix. Le cours de l'action RAS par rapport à celui d'Allianz était enfin redevenu plus conforme aux poids respectifs des deux valeurs, ce qui a ouvert une bonne fenêtre de tir pour lancer notre offre en septembre dernier.

Vous souffrez en France comme en Italie d'un déficit de canaux de distribution. Pouvez-vous vous imaginez de racheter une banque?

En rachetant un réseau bancaire, vous n'avez pas réglé votre problème. C'est l'expertise qui est décisive. Or en France et en Italie, le marché bancaire est aux mains de grosses banques. Je ne peux pas imaginer que nos actionnaires seraient satisfaits si on mettait sur la table des milliards pour racheter une banque. C'est donc exclu. La banque AGF et la RAS Bank doivent se concentrer sur la croissance organique. En Italie, c'est un peu plus simple car il y a une tradition d'agences financières multi-canaux. En France en revanche nous avons un défi difficile à relever.

Vous voulez donc transformer vos agences traditionnelles en agences conseils pour tous services et produits financiers?

Notre réseau AGF est traditionnellement performant sur les produits dommage. Mais les agences sont loin de proposer une offre globale. C'est le défi à relever avec le soutien de banque AGF. D'autant que sur certains produits dommage comme notamment l'automobile, la concurrence ne dort pas. Pas seulement les assureurs spécialisés mais également les fabricants d'auto qui ont trouvé le filon pour compenser la baisse des marges sur les produits y sont très actifs. Ne pas intégrer l'offre financière serait dangereux.

Faut-il en déduire que vous visez à terme une marque unique, plus visible, qui serait Allianz?

Vis-à-vis des professionnels et des grandes entreprises, il est clair que la marque Allianz est très forte et qu'une marque unique se justifie. Ce n'est pas forcément le cas vis-à-vis des particuliers. Nous conduisons régulièrement des études de marché pour savoir comment AGF et Allianz se positionnent. La dernière en date a montré qu'AGF est une marque très forte en France, synonyme de fiabilité, mais qui a aussi une connotation un peu vieux jeu. La marque Allianz a une connotation plus moderne mais les liens sont plus distants, moins affectifs, ce qui rend difficile son utilisation dans nos activités avec les particuliers.

Vous allez donc investir massivement pour donner au mot Allianz une connotation plus chaude?

Il est évident qu'une telle démarche demande du temps et une préparation minutieuse.

Comment voyez-vous la poursuite de la consolidation dans le secteur de l'assurance?

Je m'attends surtout à des rapprochements nationaux guidés par des recherches de synergies en terme de coûts. Un cas typique vient d'être la reprise de Gerling par Talanx.

Vous excluez de grands rapprochements transfrontaliers en Europe?

Je crois davantage à des opérations transatlantiques. Les acteurs nord-américains opèrent sur un marché domestique saturé. Or ils sont encore peu présents hors de leur marché, ce qui les fait regarder aujourd'hui vers l'Europe. Le seul handicap est le cours du dollar. Ils ont raté l'occasion de le faire il y a cinq ans, quand l'euro valait 0,88 dollar. Il doivent davantage réfléchir aujourd'hui avec un cours proche de 1,30 dollar, peut-être 1,40 demain.

Avez-vous regardé le dossier Winterthur?

Nous regardons évidemment tout ce qui passe sur le marché. Mais pour nous, une acquisition ne peut se justifier que si elle nous apporte de nouveaux canaux de distribution. C'est dans cette optique notamment que nous sommes montés dans le capital de la banque chinoise ICBC. Grâce à cette opération, également intéressante d'un point de vue financier, nous y avons renforcé nettement notre réseau de distribution.

Vous participez au consortium financier qui doit sauver la banque autrichienne Bawag, par ailleurs votre partenaire en Autriche. Pouvez-vous vous imaginer de faire une offre d'achat?

Comme vous savez, je ne peux pas faire de commentaire.

Vous peinez depuis des années dans l'assurance grands risques. Vous venez d'annoncer une nouvelle restructuration. Est-ce un secteur que vous pourriez abandonner si dans un délai raisonnable vous n'atteignez pas un résultat enfin satisfaisant?

C'est une industrie sur lequel nous voyons au contraire un potentiel attractif. Si nous atteignons une taille suffisante au terme de notre réorganisation, cela peut devenir un secteur très intéressant. Le marché a complètement changé ces 15 dernières années. Les clients ne cherchent pas seulement des couvertures mais une gestion globale de leurs risques qu'un groupe comme Allianz est à même de leur apporter.

Comment voyez-vous le marché de l'assurance dans cinq ans?

L'impact de la nouvelle norme de solvabilité Solvency II va se faire sentir. La norme exige de disposer de capitaux propres prudentiels d'autant plus élevés que le portefeuille d'activité est peu diversifié et que la gestion des risques est peu développée. Si nous sommes très bien positionnés sur ces deux critères, de nombreux petits acteurs - il y a plus de 400 assureurs en Allemagne - vont être incapables en revanche de s'adapter et vont devoir se retirer du marché.

La consolidation va s'accélérer du fait de Solvency II?

Oui, en particulier dans le secteur vie traditionnel, où le risque engagé est fort.

Vous avez fixé un objectif élevé cette année pour votre filiale bancaire Dresdner Bank. Est-ce un ultimatum?

La banque se développe conformément au plan de restructuration décidé il y a trois ans. Nous avons couvert l'an dernier nos coûts en capital. Désormais il convient de s'assurer que ce segment qui absorbe environ 25% de notre capital risque, réalise une performance qui soit en rapport avec celle de ses concurrentes. Nous lui avons fixé un ratio de 12% de rentabilité après impôts. Cet objectif me semble à notre portée dans un horizon proche. Je suis tout à fait confiant.

Reste que le ratio comparant les charges aux produits (coefficient d'exploitation) n'est pas compétitif...

Nous avons toujours signalé que le coefficient d'exploitation devait être ramené à environ 70% de manière durable (contre 89% actuellement, NDLR). Nous devons surtout améliorer les recettes, alors que celles-ci ont plutôt stagné ces trois dernières années. L'intégration dans le réseau Allianz lui ouvre de nouvelles perspectives qui commencent à se faire sentir. D'un point de vue structure, nous avons atteint désormais un niveau à peu près satisfaisant.

Qu'en est-il de DrKW, la banque d'investissement et votre enfant à problème?

Cette activité nous a causé des difficultés dans le passé. Elle n'avait pas un poids assez important à côté de la traditionnelle banque de détail. Nous comblons ce vide en fusionnant les divisions corporate banking et investment banking. Cela va nous permettre notamment en Allemagne d'améliorer notre offre de produits structurés pour les PME.

Fin juin seulement, soit neuf mois après avoir annoncé la réorganisation du réseau Allianz en Allemagne, vous allez en dévoiler les détails. Au regard des remous que ce projet a suscités, ne pensez-vous pas que vous avez adopté la mauvaise stratégie?

Il n'y a aucun doute à avoir quant au sens de cette opération. Et cela n'aurait rien changé d'annoncer dès le départ combien d'emplois risquaient d'être supprimés. L'objectif du projet est de réorganiser les réseaux à l'intérieur de l'entreprise pour en tirer un meilleur potentiel. Cela ne va pas de soi de rassembler trois entreprises différentes servant en tout 17 millions de clients. Je comprends très bien que les salariés s'inquiètent aussi longtemps que le processus dure. Mais notre manière de procéder me semble plus honnête sur la durée.

Aurez-vous perdu du coup des parts de marché en Allemagne?

En 2005, absolument pas. En 2006, c'est trop tôt pour le dire.

Seriez-vous déçus si Euronext passait sous contrôle de la Bourse américaine Nyse?

Non. Mais il est évident que cela serait une bonne chose si l'Europe se dotait d'une grande Bourse. Dans le cadre d'un rapprochement transatlantique, on peut s'imaginer que la Commission américaine des opérations de Bourse, la SEC, verrait son influence en Europe en tant que régulateur croître. Pour notre part, cela ne nous poserait pas de problème car nous sommes aussi cotés à Wall Street et donc habitués à ses règles. Il est étonnant en tout cas de constater combien il est difficile pour les Bourses européennes de parvenir à une culture commune.

Dans deux jours, c'est le match d'ouverture de la Coupe du Monde de football à Munich dans le Allianz Arena que la FIFA a rebaptisé à ses couleurs pour la durée du Mondial. Avez-vous prévu d'y inviter des clients?

Nous n'avons pas à disposition notre loge comme pour un match habituel des clubs munichois. Personnellement j'ai décidé de n'inviter aucun client pour éviter les conflits d'intérêts.

Mais vous irez voir un match?

J'ai un billet pour la finale à Berlin. Mais pas une invitation officielle. Une affaire privée...

La Tribune

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