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Dominique de Villepin : « Je suis absolument déterminé à participer au combat de 2027 »

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Propos recueillis par Guillaume Durand

Publié le 24 janvier 2026 à 21:00 - Mis à jour le 24 janvier 2026 à 23:35

Dominique de Villepin, le 9 octobre 2025.

Dominique de Villepin, le 9 octobre 2025.

LTD/Christophe Ena/Reuters

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Chaque mois, notre chroniqueur Guillaume Durand plante sa plume dans le cœur des politiques. Cette semaine, il s'est entretenu avec Dominique de Villepin.

À Davos, jeudi dernier, à 15 heures, Trump est arrivé comme Jimmy Connors, Clint Eastwood ou John Wayne, en cognant. 16h50, je prends un Doliprane 1000. À 17 heures, j’arrive au milieu de l’avenue Foch, en haut d’un immeuble où vit et travaille Dominique de Villepin.

Ambiance beige, l’ordre règne entre tableaux, nombreux livres et magnifiques sculptures d’art premier. C’est parti pour le journalisme vaudou. Col roulé noir, veste bleu marine, Dominique de Villepin, né en novembre 1953 à Rabat, s’assoit. Un café. Passent un collaborateur, son assistante Nadine, puis sa fille Marie, peintre brillante et confidente.

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J’enclenche le dictaphone : « Tout l’ordre de l’après-1945 est remis en question. Nous sommes dans un basculement des relations entre Europe et USA, un règlement de comptes violent. Trump est attiré par les hommes forts comme Poutine. Il distribue coups et caresses. Nous sommes complètement déstabilisés. » Il fallait faire quoi ? « Ne même pas envisager cette ridicule diplomatie de la papouille, de la séduction, qui ne sert à rien. À Davos, le président français a bien fait de changer de ton. Mais Trump a choisi son camp. C’est Moscou. Arrêtons de tourner autour du pot. Il veut nous soumettre. »

De près, Villepin impressionne because 1,91 mètre. Moins véhément qu’il y a quelques années. Il incarne un roman politique, une vie discrète qui marche derrière le fantôme de Jacques Chirac : cabossé, couple explosé mais innocenté dans Clearstream. Rivalité extrême avec Nicolas Sarkozy. Il fut ministre des Affaires étrangères, de l’Intérieur puis Premier ministre du 31 mai 2005 au 17 mai 2007.

Le chômage a baissé comme les déficits, avec Breton, Borloo et Copé. « Nous faisions mieux que l’Allemagne », mais les émeutes de banlieue et le CPE ont ébranlé sa superbe, assise lors du discours des Nations unies (14 février 2003) refusant de suivre l’Amérique sur l’Irak. Villepin appartient, par son père Xavier et sa mère Yvonne, à une famille de militaires, de magistrats, d’industriels, comptant dix-huit Légions d’honneur, Saint-Cyr, HEC, Polytechnique et l’ENA, comme lui.

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Nous avons affaire à des prédateurs.

« Dès l’enfance, le monde a été dans le salon. Guerre d’Algérie et Vietnam alimentaient les conversations. Aujourd’hui, le monde s’invite en France. Les États-Unis changent de régime politique, on l’a vu avec le discours de J.D. Vance à Munich l’année dernière. L’actuelle présidence promeut les populistes, donc, clairement, l’extrême droite. En France, ce sera le RN, avec retour d’ascenseur pour l’Amérique. En Ukraine, ils veulent les terres rares, au Venezuela le pétrole pour contrer la Chine. Ils ont embarqué Maduro sur la base de charges qui ont été en partie abandonnées. Nous avons affaire à des prédateurs. »

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LA TRIBUNE DIMANCHE — Doit-on être si pessimiste ? Christine Lagarde (BCE), outrée par les propos de Trump, a quitté un dîner à Davos. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a reçu une ovation en maintenant un front anti-Washington.
DOMINIQUE DE VILLEPIN — Oui, mais la menace ne doit pas être sous-estimée. Le ralliement de la tech à la cause de Trump est un grave problème démocratique. C’est la propagande permanente. Les algorithmes défendent des thèses antilibérales, travaillent l’opinion et présentent Bardella comme une solution pour la France. Ma conviction : si la France tombait dans les mains du RN, toute l’Europe suivrait.

À titre personnel, on vous oppose une candidature ratée en 2012, l’échec du CPE, et pas mal d’argent gagné dans le privé ces dernières années.
Que ce soit sur la crise des banlieues ou sur le CPE, j’ai reconnu à chaque étape les erreurs que j’ai pu commettre à la fin du second mandat de Jacques Chirac. Il aurait fallu davantage de consensus et ne pas être torpillé de l’intérieur par mon gouvernement [manœuvres Sarkozy, Julliard]. C’était un piège. Sur l’argent, sur l’art, je me suis souvent expliqué, et une présidentielle m’y obligera encore. Après 2007, il a fallu que j’invente une nouvelle vie, loin des crocs de boucher. Je ne suis pas naïf, mais vous auriez voulu quoi ? Que je fasse trois fois faillite ?

Aujourd’hui, rien n’est réglé au Moyen-Orient, ni à Gaza, ni en Iran. 

Il y a eu Gaza et votre antisémitisme supposé ? Donc une forme de complicité avec Jean-Luc Mélenchon ?
Mon seul point commun avec Jean-Luc Mélenchon, c’est que nous sommes tous les deux nés au Maroc. L’Arcom comme le Conseil de déontologie des journalistes ont mis en demeure ceux qui ont voulu me faire passer pour antisémite en m’attribuant des propos que je n’ai jamais tenus. L’antisémitisme est à l’antipode de ma conception de l’humanisme. À Gaza se déroule un drame effrayant, résultant d’une volonté du gouvernement Netanyahou de s’abstraire totalement du droit international, suivant ainsi un processus engagé avec la guerre contre le terrorisme et les interventions militaires d’Irak ou d’Afghanistan. On bombarde et on voit. Or, aujourd’hui, rien n’est réglé au Moyen-Orient, ni à Gaza, ni en Iran, où le pouvoir réprime avec une cruauté inouïe. Pas de processus de paix, pas d’État palestinien mais un projet de Riviera « trumpiste », chapeauté par un Conseil de paix à sa solde, qui se substituerait à l’ONU. Avec un droit d’entrée à 1 milliard de dollars en cash. C’est totalement délirant !

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Mais qui vous soutient pour 2027 ?
Tout flotte. C’est l’heure de l’autodissolution du macronisme. Qui est derrière Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann ou François Hollande ? C’est dans quinze mois. Aujourd’hui c’est le temps du bilan. À ce stade, j’attache peu d’importance aux chiffres. Seule la dynamique compte. Les Français ne sont pas encore dans la présidentielle. Aujourd’hui, personne ne gouverne, et le sentiment de toute-puissance élyséenne a conduit le président à fausser le jeu politique et démocratique. J’ai de l’estime et de l’amitié pour Sébastien Lecornu, c’est pourquoi je l’ai mis en garde contre toute proximité et dépendance trop grande vis-à-vis d’un président dans le déni. La faute originelle de l’après-dissolution est de n’avoir pas fait les choses dans l’ordre et respecté les institutions en confiant, en premier, au bloc de gauche arrivé en tête la mission de constituer une majorité. Si cela s’était révélé impossible, cela aurait au moins dégagé des marges de manœuvre pour d’autres coalitions.

Dominique de Villepin est le seul Premier ministre n’ayant jamais eu de mandat électif. Il suscite admiration ou rejet. Une grande partie de ses propos condamne l’atlantisme « béat » de Nicolas Sarkozy succédant à Jacques Chirac. Pourtant, il ne se réjouit absolument pas de la situation de l’ancien président.

Je mesure l’épreuve que représentent ces condamnations pour Nicolas Sarkozy et sa famille. Je connais suffisamment et l’homme et le responsable politique pour comprendre la douleur que cela peut représenter. Mais l’exigence d’humanité ne saurait s’exercer au détriment du respect de l’État de droit. La loi est la même pour tous. Mon désaccord est avant tout politique. Son discours de Grenoble [30 juillet 2010, où il lie de façon appuyée immigration et délinquance] a été pour moi un tournant. J’ai évoqué alors à la une du Monde une « tache de honte sur le drapeau français », parce que j’ai ressenti profondément une rupture de notre pacte républicain.

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Est-ce que vous sentez encore un chemin commun avec les LR aujourd’hui ?
Aucun, même si j’y ai des amis. J’ai vu Bruno Retailleau, à peine arrivé au ministère de l’Intérieur, dire au 20 Heures de TF1 : « L’État de droit n’est ni intangible, ni sacré. » C’est invraisemblable à ce poste et caractérise l’évolution qui conduit la droite et l’extrême droite à la surenchère populiste permanente. Même Gabriel Attal dérive. Quand je l’entends dire sur le Venezuela que le droit ne compte plus parce que la force gouverne le monde, je suis stupéfait… Ils n’ont rien appris.

En France, on n’a pas besoin d’une énième loi sur l’immigration.

Que feriez-vous ?
Mes priorités, c’est l’ordre républicain, la justice sociale et l’ambition économique. Je suis partisan de la sévérité en matière de délinquance et de la clarté en matière d’immigration clandestine, mais toujours dans le cadre républicain. Je suis absolument déterminé à participer au combat de 2027. Attention aux fausses promesses. Regardez en Italie, la politique de Mme Meloni qui a abouti à la régularisation de 500.000 personnes. Est-ce que Mme Le Pen ou M. Retailleau, sont prêts à faire cela ? En France, on n’a pas besoin d’une énième loi sur l’immigration. Il faut rétablir l’État.

Pourquoi de nombreux grands chefs d’entreprise conversent discrètement avec l’« inexpérimenté » Bardella ?
Parce qu’ils veulent remplir sa page blanche en fonction de leurs intérêts.

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À l’extrême gauche, certains les comparent aux industriels de la Ruhr… Ce seraient les « damnés » de Visconti, à la française…
Je ne compare surtout pas avec cette période car ça discrédite tout. Il y a aujourd’hui des logiques politiques extrémistes, qui me poussent à revenir en politique après dix-huit ans d’absence. Il y a un enjeu existentiel qui est le changement de régime vers l’illibéralisme, comme aux États-Unis. Je rencontre tout le monde sans le claironner. Le temps est à la convergence républicaine, bien au-delà des partis, face au défi identitaire. Je ne mets pas le RN et LFI sur le même plan, pour une raison simple : l’un est à 35 %, l’autre à 12 ou 13 %. L’un est favori du second tour, l’autre n’est pas en mesure de l’emporter contre quiconque. Nous ne sommes pas dans la même équation. Ça va être très intéressant de voir ce qui se passera aux municipales dans deux mois. Aurons-nous encore un front républicain ?

Le journaliste vaudou enclenche Hector Berlioz : « Le temps est un grand maître, mais malheureusement il tue tous ses élèves. » Qui ? Nous verrons. 

Propos recueillis par Guillaume Durand

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