Moins d'un Français sur trois prêt à acheter la dette de l'État

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Selon un sondage Harris Interactive JOLPress, ils accepteraient un plus grand contrôle européen sur les budgets.

C'est un sondage qui va être regardé de près par l'Élysée, Matignon, Bercy et... la direction du Trésor, qui devra emprunter l'an prochain à nouveau près de 180 milliards d'euros. Réalisée par Harris Interactive pour JolPress et Image & Stratégie (lire ci-dessous) et publié par « La Tribune », cette enquête sur « Les Français et la crise de la dette en Europe » apporte de premiers enseignements très surprenants sur la façon dont ils réagissent à la tempête financière qui s'est abattue depuis cet été.

Le plus frappant, à l'heure où les agences de notation menacent de dégrader notre triple A, est la réponse sur la « renationalisation » de la dette. Moins d'un tiers des sondés indique qu'il serait certainement (6 %) ou probablement prêt (24 %) à racheter de la dette française à des taux équivalents à ceux du marché. On aurait pu croire, dans l'ambiance de crise nationale, où le président et le Premier ministre font constamment référence à 1945 et à une « guerre » menée contre les marchés, les Français plus mobilisés. Force est de constater que deux sur trois se disent réticents ou même opposés à investir dans les obligations du Trésor. Certes, il y a là certainement un lien avec la confiance accordée aux gouvernants et avec la baisse du pouvoir d'achat. Les sympathisants de la droite, et ceux dont les revenus sont les plus élevés, sont sans surprise, plus disposés, à hauteur de 45 %, à acheter de la dette française en direct. Mais une large majorité des jeunes, des catégories modestes et des sympathisants de la gauche s'y refusent dans une proportion de 60 à 70 %. Exit donc l'espoir d'un grand emprunt populaire qu'avait caressé Nicolas Sarkozy l'année dernière.

Le chef de l'État, qui va prononcer ce jeudi à Toulon un grand discours sur la crise, sera sans doute tout aussi intéressé de découvrir la perception qu'ont les Français de la gestion de la crise de la zone euro et des solutions envisagées. Alors que l'Allemagne fait pression pour un transfert du pouvoir budgétaire à un niveau fédéral, une majorité écrasante (64 %) se dit attachée à la souveraineté nationale et souhaite que « chacun des États de la zone euro puisse prendre des initiatives individuelles face à la crise sans nécessairement avoir l'accord de tous les partenaires européens ». Pour autant, près de la moitié des personnes interrogées (45 %) reconnaît la nécessité de « plus de contrôle des budgets par la Commission européenne ». L'idée de renforcer l'efficacité du Pacte de stabilité, qui sera sur la table du prochain sommet européen des 8 et 9 décembre, ne choque pas.

En revanche, les Français se montrent très sévères sur la gestion de la crise par les institutions européennes. Seulement 16 % jugent qu'elles ont été efficaces pour affronter les menaces sur la zone euro. Ils sont aussi très mitigés sur les effets d'un rachat par la Banque centrale européenne d'une partie importante de la dette des pays en crise : 59 % reconnaissent que cela pourrait atténuer la spéculation mais 56 % estiment que cela dissuaderait lesdits États de faire de réels efforts pour réduire leurs déficits et 53 % que cela pourrait favoriser l'inflation... La sagesse populaire des Français ne pourra que ravir Angela Merkel dans ses futurs débats avec Nicolas Sarkozy...

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