Chute de l'euro face au dollar : pourquoi c'est une mauvaise nouvelle pour l'économie française

L'euro a atteint cette semaine son plus bas niveau face au dollar en 20 ans. Cette dépréciation de la devise européenne a des répercussions très concrètes sur le prix des importations en France. Beaucoup d'entreprises dépendantes de l'étranger doivent faire face à une explosion de leurs coûts et répercutent une partie de ces hausses sur les prix à la consommation. Résultat, le pouvoir d'achat des Français risque encore une fois de se réduire.
Grégoire Normand
L'éclatement de la guerre en Ukraine il y a six mois jour pour jour a précipité la chute de l'euro face au dollar.
L'éclatement de la guerre en Ukraine il y a six mois jour pour jour a précipité la chute de l'euro face au dollar. (Crédits : Reuters)

Les nuages s'amoncellent au dessus de l'économie européenne. Après un coup de frein des indices des directeurs d'achats (PMI) au mois d'août, la monnaie européenne continue d'évoluer sous la parité avec le dollar ce jeudi 25 août. Au plus bas depuis 20 ans, l'euro a remonté brièvement face au billet vert mardi soir et mercredi, sans vraiment retrouver de la vigueur. En juin 2021, l'euro était au plus haut face au dollar, dans le contexte du fort rebond post-pandémie mais depuis, la monnaie unique n'a cessé de s'effondrer.

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L'éclatement de la guerre en Ukraine il y a six mois jour pour jour a précipité cette chute de l'euro alors que l'inflation continue de flamber partout en Europe. « L'euro s'est fortement déprécié par rapport au dollar mais il s'est maintenu par rapport aux autres monnaies. Ce n'est pas une dépréciation générale », a déclaré l'économiste d'ING Charlotte de Montpellier en charge de la zone euro interrogée par La Tribune. « La politique monétaire agressive de la Réserve Fédérale (Fed) explique une partie de cette dépréciation. Le choc énergétique touche plus particulièrement l'Europe. Il y a une fuite des capitaux vers les Etats-Unis. Tous ces éléments ont des conséquences importantes en zone euro », a-t-elle ajouté. En effet, il faut rappeler que le dollar s'est fortement apprécié dans le même temps. Bien que contestée, l'hégémonie du billet vert demeure dans une grande partie des échanges sur la planète.

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Mauvaise affaire pour les entreprises importatrices

Cette faiblesse de l'euro a des répercussions désastreuses sur l'économie française. Sur le front du commerce extérieur, la dépréciation de l'euro est clairement une mauvaise nouvelle pour les entreprises importatrices. En effet, beaucoup de biens et services importés en France sont libellés en dollar. C'est par exemple le cas dans le domaine de l'énergie. Une grande part des importations de pétrole, de gaz, de matières premières sont facturées en devise américaine en France et dans la zone euro.

«En zone euro, près de 50% des biens importés sont libellées en dollars. Cela rend le coût des importations pour les ménages et les entreprises plus élevé. Les entreprises qui doivent importer se retrouvent dans une situation difficile, voire dramatique parfois. Ces coûts sont répercutés sur les prix à la consommation. L'inflation risque de rester élevée dans les prochains mois », anticipe l'économiste.

Mais une aubaine pour la compétitivité

En revanche, la chute de l'euro peut être aussi une aubaine pour la compétitivité hexagonale. Beaucoup d'industries peuvent ainsi exporter leurs produits à moindre coût. C'est par exemple le cas dans l'aéronautique, l'automobile, le luxe ou encore l'agroalimentaire. Dans le tourisme, les ventes de services ont bondi à l'étranger en parallèle de la levée des mesures de restriction sanitaires. Résultat, un flot de touristes américains est venu en France cet été après les deux années catastrophiques de pandémie. «Le résultat de cette dépréciation sur les exportations est encore difficile à mesurer mais les gains de compétitivité ne vont probablement pas compenser la hausse des coûts liée à l'énergie», relativise Charlotte de Montpellier.

« Sur le papier, la dépréciation de l'euro est plus favorable pour les exportations mais cela va dépendre de la composition des coûts de production. En Europe, les coûts de la main d'œuvre ne se sont pas envolés par rapport aux Etats-Unis. Le grand problème en ce moment pour les entreprises est le coût de l'énergie. Les gains de compétitivité liés à la chute de l'euro ne sont pas compensés par la hausse des coûts de l'énergie », poursuit l'économiste.

Le pouvoir d'achat des ménages plombé

Du côté des ménages, la dépréciation de l'euro pèse sur le pouvoir d'achat. En effet, une grande partie des produits importés et consommés par les ménages en zone euro sont d'abord facturés en dollars. Les produits importés perdent en compétitivité et sont donc plus chers. Cela contribue à pousser l'indice des prix à la consommation vers des sommets. En France, l'inflation a atteint 6,1% en juillet selon l'Insee. Et il n'y a pas d'amélioration à prévoir avant début 2023, d'après Bercy. «Le choc inflationniste est très important. Le pic d'inflation est probablement encore devant nous. La hausse de l'indice des prix harmonisé à la consommation pourrait atteindre 10% à l'automne dans la zone euro », a récemment déclaré Hélène Baudchon, économiste chez BNP-Paribas à La Tribune.

Même si le gouvernement a fait voter un paquet pouvoir d'achat cet été pour limiter cette flambée, la désindexation des salaires (hormis le SMIC) a entraîné une chute des revenus réels depuis le début de l'année. Résultat, le niveau de vie des Français recule, miné par l'explosion des factures d'énergie. Beaucoup de ménages sont obligés de se serrer la ceinture.

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Dépendance aux énergies fossiles

Sur le plan énergétique, cette dépréciation de l'euro a aussi mis en lumière la forte dépendance de l'économie européenne aux énergies fossiles. En Allemagne, les mauvais signaux s'accumulent depuis la guerre en Ukraine. L'industrie allemande est prise au piège d'une forte dépendance au gaz russe. Une coupure de gaz dans les prochaines semaines plongerait la première économie de la zone euro dans de vastes difficultés.

Plus largement, toute l'économie du Vieux continent pourrait être déstabilisée par une telle décision au cours de l'hiver prochain. Beaucoup d'économistes redoutent des effets en cascade sur l'industrie et les services alors que la zone euro sort de deux ans et demi de pandémie. Cette épée de Damoclès va obliger les Etats a accélérer leur transition énergétique s'ils ne veulent pas continuer à subir les effets de cette forte dépendance.

Des marges de manœuvre limitées pour la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé à la fin du mois de juillet un resserrement de sa politique monétaire en annonçant une hausse de taux de 50 points de base. La BCE a été plus agressive que prévu au mois de juillet pour tenter de limiter cette faiblesse de l'euro. «Cette annonce a eu lieu avant la flambée des prix du gaz. Cela n'a pas permis de limiter un affaiblissement de l'euro », souligne Charlotte de Montpellier.

En septembre, l'institution de Francfort pourrait à nouveau dégainer une hausse de 50 points de base mais les marges de manœuvre sont limitées. En effet, de plus en plus d'économistes évoquent le risque d'une récession en Europe dans les mois à venir. Une normalisation très agressive de la politique monétaire pourrait plonger l'économie européenne dans un épais brouillard.

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Grégoire Normand

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Commentaires 19
à écrit le 27/08/2022 à 3:04
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Les economistes qui ont le droit de s exprimer nous ont explique q un euro fort etait nefaste pour exporter un euro faible n a pas d impact sur la balance commerciale FRANCAISE moin 100 MILLIARDS DE DEFICIT mais pour le consommateur une baisse de pou...

le 28/08/2022 à 10:33
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Nous devrions demander aux Suisses comment il font avec un salaire moyen supérieur de plus de 160% à celui des français et une monnaie surévaluée de je ne sais plus combien....pour mémoire un euro valait 1.60FS.....en ce moment c'est même pas un euro...

à écrit le 26/08/2022 à 11:58
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Le problème de l'euro n'est pas d'être surévalué ou sous évalué par rapport aux dollars américains, australiens néo-zélandais ou canadien mais c'est l'absence de volonté politique de donner à notre monnaie un état fort comme sur le modèle des USA. P...

le 26/08/2022 à 12:45
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une monnaie creer pour assurer l'indépendance de l'europe face au dollar mais nos elus avide de dollar pour interet personnel voir corruption on prefere fayote avec les usa et laisser les peuples europeen a la merci des banquiers

le 02/09/2022 à 14:10
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Quelle découverte ! Le modèle français n'est pas particulièrement attrayant pour les riches et les gens aisés, il l'est surtout pour les pauvres et les français moyens bas. Une fois de plus, il faut choisir, "le beurre, l'argent du beurre et le beau,...

à écrit le 26/08/2022 à 11:22
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au contraire de l article je dirait que c est une tres bonne chose. ca va restreindre la consommation de produit chinois et booster la production des rares choses qu on fabrique encore. evidement pour le boomer qui veut partir en croisiere aux caraib...

le 26/08/2022 à 13:18
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En effet, la hausse du dollars US c'est du bon chrolestérol... En revanche, le combo TICPE/TVA c'est l'infarctus assuré à la pompe.

le 26/08/2022 à 16:46
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vrai pour les boomers (voua n'allez pas vous faire des amis, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire...) mais faux car tout le monde (et surtout les jeunes) va souffrir des dépenses contraintes (énergie, alimentation, logement) avec un impact su...

à écrit le 26/08/2022 à 9:38
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Le pouvoir d'achat des ménages français est artificiellement gonflé depuis des lustres. C'est une bulle basée sur les déficits publics et commerciaux. Il faudra bien qu'il baisse. Et plus tard ça sera plus il baissera.

à écrit le 26/08/2022 à 9:03
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Toute entreprise qui travaille avec l'étranger se couvre contre les fluctuations du USD. La procédure a des limites mais cela amortit les chocs. Cordialement

à écrit le 26/08/2022 à 8:39
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A ces économistes quand l'euro est fort ce n'est pas bon ,quand il est faible ce n'est pas bon également, on va attendre un monde parfait avec des économistes au pouvoir !

à écrit le 26/08/2022 à 6:24
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La fin de l abondance ok d accord. Peut il nous dire de combien réduira t il son train de vie á l Elysee? Et aussi le train de vie de ses ministres. Quels efforts seront fait par les députés et sénateurs???

à écrit le 25/08/2022 à 22:19
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Ouais... bof ! On s'en remettra. Les monnaies, tous les produits financiers sont sujets à variation et facteur de crise. Ce n'est qu'une crise de plus en attendant la prochaine qui effacera la précédente.

le 26/08/2022 à 11:07
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C'est très exactement ce que pense les marchés financiers que vous... dénoncé. Scier la branche sur laquelle on est assis n'est pas grave, l'état est en dessous. Woué.. jusqu'à ce que l'impensable prenne corps.. soudain, plus rien. Le vide. Le néant...

le 26/08/2022 à 13:55
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@reponse de science et techniques Vous avez raison et je pense même que ça a déjà craqué sans que nous en soyons collectivement bien conscients. Ceci dit nous ne pourrons que subir les événements. Alors...Inch'Allah😇

à écrit le 25/08/2022 à 22:09
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La pandémie, la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique, et puis quoi encore pour tenter de masquer que l'euro - comme monnaie unique calquée sur le Deutschemark - était déjà mort né à sa conception. Suffit-il de reprendre la théorie des “zon...

à écrit le 25/08/2022 à 20:47
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L'Euro était trop haut ces dernières années. Sa force était basée sur les restes de l'industrie, du travail et de l'épargne des générations passées. Maintenant, il se rapproche progressivement de sa valeur juste, qui tient compte de la difficulté ...

à écrit le 25/08/2022 à 18:56
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Pour l'importation payée en dollar sûr , c'est un problème . Le rouble ou le yen sont peut etre des alternatives au dollars . Pas mal de ressources en Russie comme : le gaz ,pétrole, céréales,ect .Pour la Chine tout le reste . D'un autre côté pou...

à écrit le 25/08/2022 à 18:34
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En même temps, l'Europe évolue. Il n'y a qu'à voir ce que sont devenues les fameuses "villes mondes" si chères à Anne Hidalgo, pour voir ce qui attend l'intégralité de L'Europe dans cinquante ans. Il y a une sorte d'égalisation entre les pays jadis d...

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