Comment Macron reprend la main sur l'économie avant l'élection présidentielle

Croissance, emploi, pouvoir d'achat, salaires...à six mois de l'élection présidentielle, l'entourage du chef de l'Etat s' est empressé de vanter le bilan du quinquennat dans le dernier épais rapport économique, social et financier annexé au budget 2022. Après la présentation du projet de loi de finances (PLF 2022), Emmanuel Macron s'apprête à présenter un plan d'investissement de 30 milliards d'euros aux contours encore bien flous.
Grégoire Normand

6 mn

(Crédits : Reuters)

La campagne pour la présidentielle de 2022 s'accélère. Alors que la plupart des candidats sillonnent la France depuis plusieurs semaines, l'entourage d'Emmanuel Macron s'active à vanter le bilan du quinquennat. Deux semaines après la présentation du budget 2022, l'Elysée tente depuis l'été de reprendre la main sur les sujets économiques et sociaux aux dépens de Bercy et du ministère du Travail.

A l'occasion de la présentation du copieux rapport économique, social et financier de la France (243 pages) annexé au projet de loi de finances 2022 (PLF 2022), les conseillers du chef de l'Etat n'ont pas ménagé leurs efforts pour promouvoir les chantiers économiques menés depuis le début du quinquennat . "Au niveau du bilan macroéconomique, les résultats sont bien là. La croissance devrait être de 6% en 2021. La France est le pays européen qui a le plus rattrapé son activité depuis fin 2019", indiquent les proches d'Emmanuel Macron.

Avec la pandémie, il faut dire que la politique budgétaire est revenue au centre des préoccupations. La mise en œuvre du "quoi qu'il en coûte" a permis de sauvegarder une grande partie du tissu productif et des emplois. Pour autant, même si la fin de cette doctrine a été annoncée il y a plusieurs mois, le président-candidat est sur une ligne de crête, entre le débranchement progressif des aides et le retour du "sérieux budgétaire". En outre, la flambée des prix de l'énergie et les inquiétudes sur le pouvoir d'achat ne risquent pas de s'éteindre rapidement avec l'arrivée de l'hiver.

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"Bien faire un projet de loi de finances, c'est faire campagne"

La présentation du budget 2022  a pris des allures de campagne électorale fin septembre. Dans l'enceinte du ministère des Finances, les ministres Bruno Le Maire et Olivier Dussopt ont clairement mis l'accent sur les budgets régaliens de la Sécurité, la Défense et la Justice lors de la présentation du PLF 2022, actuellement en discussion au Parlement.

Cette offensive sur les volets régaliens n'a rien de surprenant à l'heure où les thèmes de la sécurité et de l'identité nationale reviennent en force dans les débats. "Bien faire un projet de loi de finances, c'est faire campagne. C'est une rentrée favorable. Les voyants économiques et sociaux sont au vert", affirme Laurent Saint-Martin, député LREM et rapporteur du budget à l'Assemblée nationale. Du côté de l'opposition, les critiques ont fusé de toutes parts notamment sur les impasses relatives au plan d'investissement de 30 milliards d'euros censé dessiner la France de 2030 et au revenu d'engagement pour les jeunes.

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Déminer le terrain du pouvoir d'achat

La question du pouvoir d'achat revient au centre des débats depuis la rentrée. La fièvre des prix de l'énergie à l'automne sur le continent européen ont ravivé la menace d'une grogne sociale. A l'automne 2018, la hausse de la taxe sur les carburants avait mis le feu aux poudres sur les ronds-points pendant plusieurs mois. Pour éviter un nouvel épisode de contestation semblable à celui des Gilets jaunes, le Premier ministre Jean Castex a annoncé il y a quelques jours la mise en place du chèque énergie censé amortir cette poussée des prix.

De leur côté, les proches du chef de l'Etat assurent que "le pouvoir d'achat des Français a augmenté de 8% entre 2017 et 2022, ce qui fait une hausse annuelle moyenne de 1,5%. C'est une hausse deux fois plus rapide que lors des deux quinquennats précédents". Derrière cette moyenne, des disparités importantes subsistent entre les ménages français. En effet, le poids des dépenses contraintes (chauffage, abonnement, électricité) est bien plus important sur les ménages du premier décile qu'au sommet de la pyramide comme l'ont montré plusieurs études récentes.

Hausse des salaires

La sortie de crise et la reprise économique ont également relancé la question des hausses de salaires au sein des entreprises et pour les travailleurs de la seconde ligne, notamment. Les syndicats s'apprêtent d'ailleurs à défiler dans la rue ce mardi 5 octobre pour défendre les salaires et envoyer un "signal fort" à six mois de la présidentielle.

Lors d'une réunion avec des journalistes à la fin du mois d'août, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait balayé la question des salaires d'un revers de main en assurant que "l'Etat avait fait sa part du chemin sur les salaires" même s'il a concédé que "pour les salariés à temps partiel, le compte n'y est pas". L'exécutif a ainsi écarté tout geste sur le SMIC, au delà de la hausse technique basée sur la progression de l'inflation.

De son côté, le patronat a présenté une fin de non-recevoir. "On est un peu surpris que le gouvernement par le biais de sa politique puisse provoquer un spirale de hausse des salaires et des prix. La question des salaires est un sujet de branches. Il faut éviter que les gros doigts de l'Etat interviennent" a indiqué le directeur général du Medef Christophe Beaux lors d'une récente table ronde au Sénat sur les perspectives économiques.

Plan d'investissement : des couacs et du retard

Le plan d'investissement annoncé à la veille du 14 juillet dernier par le chef de l'Etat prend du retard. D'abord annoncé à la rentrée de septembre, il devrait normalement être présenté durant "la première quinzaine d'octobre". En coulisses, les services de Bercy s'activent depuis l'été pour faire des propositions sur ce plan destiné à bâtir la France de 2030. Contacté il y a plusieurs semaines, l'entourage du ministre de l'Economie Bruno Le Maire assurait que "le plan d'investissement est fini [...] On consulte les entreprises et les syndicats, les chercheurs pour s'assurer que l'argent aille au bon endroit."

A l'Assemblée nationale, un pilier de la majorité parlementaire explique à La Tribune que "beaucoup de choses ne sont pas arrêtées, notamment sur le sujet de la gouvernance. Est-ce que le secrétariat général à l'investissement placé sous l'autorité du Premier ministre va le gouverner ? C'est un sujet très politique".

L'absence de ce plan dans la présentation du projet de loi de finances 2022 a surpris le haut conseil des finances publiques (HCFP) qui a regretté un budget "incomplet". Enfin, même s'il est encore tôt pour mesurer l'impact macroéconomique de ces 30 milliards d'euros, son étalement sur dix ans ne devrait pas représenter un moteur essentiel de la croissance. En effet, si l'on prend en compte une dépense moyenne annuelle de 3 milliards, cela ne représente que 0,1% du produit intérieur brut (PIB) de la France. Ce plan pourrait cependant permettre à Emmanuel Macron de poser les jalons de sa campagne de candidat-président.

Grégoire Normand

6 mn

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Commentaires 5
à écrit le 05/10/2021 à 9:57
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A en croire la grande presse, le pouvoir d'achat des plus modestes a plus augmenté que celui des autres catégories, et le chômage, qui est scandaleusement élevé en France depuis 20 ans, est en nette baisse. Zut, alors ! Où le passé le vilain préside...

le 05/10/2021 à 16:48
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La grande presse "indépendante"? J'ai même lu que la gestion du coronavirus avait été un succès. 560 milliards de dette en plus à la fin du quinquennat c'est royal pour les futures générations.

à écrit le 05/10/2021 à 9:47
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C'est sans doute le contraire...! C'est a dire, comment l'économie reprend la main sur notre marionnette!

à écrit le 05/10/2021 à 7:11
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Les politiques sont tjrs les meilleurs la réalité est loin du discours pompeux. Les politiques sont bien loin de la vérité de leurs pompeux discours

à écrit le 05/10/2021 à 2:48
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Et tout cela sans argent. Tout a credit sur votre dos. Bande de jambons. Vous meritez vos chaines.

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