Premier ministre : ultimes tractations à l'Elysée, ce que l'on sait
latribune.fr
François Hollande et Nicolas Sarkozy, deux anciens présidents de la République, ont été reçus ce lundi à l'Elysée dans le cadre des consultations menées par Emmanuel Macron pour dénicher une personnalité pour Matignon capable d'assurer une stabilité...
Emmanuel Macron a reçu ce lundi matin l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans le cadre de ses consultations. Les ex-présidents de la République, François Hollande et Nicolas Sarkozy, ont aussi fait un détour par l'Elysée. Cet après-midi, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, devait s'entretenir avec le chef de l'Etat. Mais, depuis le début de la journée, c'est un autre nom qui est sur toutes les lèvres comme possible futur Premier ministre : le président du Cese, Thierry Beaudet.
[Article publié lundi 2 septembre 2024 à 7h15, mis à jour à 21h04] Le dénouement approche dans cette longue quête d'un Premier ministre. Emmanuel Macron a reçu, ce lundi matin, Bernard Cazeneuve et devait s'entretenir, cet après-midi, avec Xavier Bertrand, dont les noms sont cités avec insistance pour Matignon. L'entourage élyséen n'exclut toutefois pas qu'une troisième personnalité puisse finalement être choisie.
« L'idée générale est de regarder si les hypothèses Cazeneuve et Bertrand sont viables au regard du critère de stabilité », précise un proche du président de la République. Avant de prévenir qu'il« peut bien sûr avoir d'autres noms en tête ».
Et, en effet, lundi matin, le nom du président du Conseil économique, social et environnemental, Thierry Beaudet, 62 ans, ancien responsable mutualiste, commençait à circuler si le chef de l'Etat devait faire le choix d'un profil moins politique. Le locataire de l'Elysée a déjà échangé avec lui dans le cadre de ses précédentes discussions institutionnelles, a fait savoir son entourage. Certaines sources assurent même que l'affaire était entendue dès avant ces nouveaux entretiens au palais. Et selon Le Monde, un directeur de cabinet serait même déjà pressenti pour accompagner Thierry Beaudet rue de Varenne. Il s'agit de Bertrand Gaume, 49 ans, préfet du Nord.
« C'est une option très sérieuse », assure à l'AFP un proche du chef de l'Etat qui connaît« très bien »l'ex-responsable mutualiste et évoque des« indices sérieux »en faveur de sa nomination à Matignon.« C'est une réponse solide et nouvelle à ce besoin de dialogue dans la société, en particulier avec les forces sociales », plaide-t-il.
Chez les partenaires sociaux, cette option est accueillie avec une bienveillance teintée de prudence. « Ça peut être une bonne surprise », veut croire François Hommeril, président de la CFE-CGC, notant qu'il « sait par expérience que la société est complexe ». A l'Unsa, Laurent Escure salue « son goût pour la synthèse et l'intérêt général », tandis que côté patronal, François Asselin, de la CPME, évoque « quelqu'un de consensuel » issu « d'une culture de centre-gauche ».
Au Cese, « troisième chambre » de la République après l'Assemblée et le Sénat, chargée de faire vivre la démocratie participative, Thierry Baudet a supervisé la convention citoyenne voulue par Emmanuel Macron sur la fin de vie, souvent érigée par le président en modèle d'une nouvelle gouvernance.
La gauche ne serait pas forcément plus encline à soutenir Thierry Beaudet. La présidente socialiste de l'Occitanie Carole Delga, favorable à la nomination d'une figure comme Bernard Cazeneuve, a émis des doutes sur un « homme de qualité » mais sans « aucune expérience » politique.
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« Le Nouveau Front populaire soutient un changement de politique, et donc, il soutiendra un candidat, une personne qui est en mesure de faire changer la politique (...) dans ce pays », a répondu pour sa part la candidate de l'alliance de gauche Lucie Castets, semblant pour la première fois faire une ouverture sur un autre nom que le sien.
Reçu en premier à 8h45 ce matin, l'ancien Premier ministre socialiste, Bernard Cazeneuve, faisait toujours figure de favori, même si rien n'est acté près de deux mois après les législatives qui ont débouché sur une Assemblée nationale sans majorité. « Bernard Cazeneuve n'est pas demandeur mais s'il le fait c'est par devoir et pour éviter des difficultés supplémentaires au pays », a expliqué dimanche son entourage. Le socialiste a quitté l'Elysée une heure quinze plus tard, raccompagné jusqu'au vestibule par le chef de l'Etat qui lui a fait la bise avant qu'il ne s'engouffre dans sa voiture, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Ministre de l'Intérieur pendant les attentats de 2015, puis Premier ministre des derniers mois du quinquennat de François Hollande, Bernard Cazeneuve, 61 ans, a quitté le PS en 2022, farouchement opposé à l'alliance avec LFI au sein de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Cela pourrait lui valoir d'être soutenu par le bloc central tout en échappant à la censure de la droite et l'extrême droite. Et son arrivée à Matignon pourrait diviser les socialistes.
« Bernard Cazeneuve n'est soutenu par aucun des quatre partis de gauche du pays », a assuré dimanche le coordinateur de LFI Manuel Bompard qui a réaffirmé vouloir censurer « tout gouvernement autre que celui de Lucie Castets ». « Je ne lui donne pas sa chance. Il appartient à l'ancien monde du hollandisme dont nous voulons tourner la page », a répété, ce lundi, la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, sur France 2.
«Quelles sont les garanties pour Bernard Cazeneuve, si ce n'est d'être demain en réalité prisonnier par une majorité, une coalition, celle d'Emmanuel Macron (...) alors même qu'il n'a pas obtenu et même cherché le soutien du Front populaire», a souligné de son côté le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, sur BFMTV/RMC.
Pour rappel, Emmanuel Macron, qui pourrait procéder à cette nomination dès mardi, est à la recherche d'un Premier ministre qui puisse ne pas faire l'objet d'une censure immédiate à l'Assemblée nationale. C'est en avançant ce motif qu'il avait écarté la nomination de Lucie Castets, présentée par les formations du Nouveau Front populaire (LFI-PS-Écologistes-PCF), alliance de gauche arrivée en tête des dernières législatives. Mais le président de la République veut aussi que le bloc central fasse partie de la future majorité. « Il faut inventer une troisième forme de Ve République : ni coalition, ni cohabitation », selon son entourage qui parle de « coalitation », un terme mélangeant les deux mots.
Hollande et Sarkozy également reçus
Reçu à 11 heures, François Hollande n'a sans doute pas dissuadé Emmanuel Macron de nommer Bernard Cazeneuve, au contraire de Nicolas Sarkozy qui est était attendu rue du Faubourg Saint-Honoré à 12h15, et dont l'entretien avec le chef de l'Etat a durée une bonne heure. L'ancien président souhaite un « Premier ministre de droite » et juge que Xavier Bertrand serait « un bon choix », lequel est arrivé à 15h30 à l'Elysée pour s'entretenir avec Emmanuel Macron.
Le président des Hauts-de-France, 59 ans, qui n'a pas caché que la fonction l'intéresserait, lui succèdera dans le bureau d'Emmanuel Macron. Mais ce tenant d'une droite gaulliste et sociale n'a pas l'appui des dirigeants des Républicains, Laurent Wauquiez en tête, qui veulent arriver en opposants à la présidentielle de 2027 et refusent toute coalition ou participation au futur gouvernement. Même son de cloche du côté du RN. Le député Jean-Philippe Tanguy a critiqué les deux candidats ce lundi sur TF1, affirmant de Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand « sont des macronistes plus ou moins défroqués » et que son parti censurerait « sans doute » le prochain gouvernement au moment du vote du budget 2025.
Le centriste François Bayrou, suivi du Premier ministre Gabriel Attal, démissionnaire depuis 48 jours, ont été reçus à leur tour, pour donner leur avis.
Trouver un point d'équilibre
Encore faut-il aussi qu'Emmanuel Macron et son futur Premier ministre s'accordent sur les modalités de leur entente qui ne doit pas être « une cohabitation de confrontation » mais une « co-responsabilité », selon le chef de file du Modem François Bayrou. « Une coalitation », ose-t-on dans l'entourage présidentiel, en usant d'un néologisme qui mêle les mots cohabitation et coalition.
La réforme impopulaire sur la retraite à 64 ans fera notamment partie des sujets délicats à aborder alors qu'Emmanuel Macron redoute de voir détricoter son bilan. Pourquoi pas un « gel » de la réforme, et de nouvelles discussions avec les syndicats, plutôt qu'une abrogation pure et simple, a avancé dimanche le député PS Jérôme Guedj.
La pression du prochain budget
Le temps presse cependant pour un nouveau gouvernement, car le budget 2025 doit être déposé au Parlement le 1er octobre au plus tard. A ce sujet, le 20 août, pour « assurer la continuité de l'Etat », le Premier ministre Gabriel Attal a fixé aux ministres démissionnaires les limites des crédits de leurs ministères pour 2025 dans des « lettres-plafonds », afin qu'ils commencent à préparer leurs budgets.
Tous ministères confondus, ces enveloppes financières reproduisent, à l'euro près pour 2025, les dépenses de 2024 (492 milliards d'euros). Ce qui engendrerait, selon Matignon, une économie d'environ 10 milliards d'euros, rien qu'en ne les indexant pas sur une inflation prévisible autour de 2% l'an prochain. Et ce niveau de dépenses est « réversible », avait précisé Gabriel Attal, puisque le nouveau gouvernement pourra l'adapter à sa guise avant la date limite pour présenter le budget 2025.
Un ministère a déjà grincé des dents face après l'envoi de ces « lettres-plafonds ». Il s'agit de celui de la Transition écologique, dirigé par Christophe Béchu. Dans le cadre des « lettres-plafonds » destinées à préparer le prochain budget, « il n'y a ni accord ni soutien du ministre sur les économies demandées pour le projet de loi de finances 2025 », a ainsi déclaré samedi à l'AFP un membre du cabinet du ministre.
Selon le média Contexte, un rabotage de 1,5 milliard d'euros est notamment prévu pour le fonds vert, et un milliard d'euros devrait être retiré du volet électrification des véhicules. Aussi, le budget de l'Agence de la transition écologique (Ademe), consacré aux collectivités et aux entreprises, passerait de 1,373 milliard à 900 millions d'euros, au risque de freiner notamment les projets de développement de chaleur renouvelable et de prévention des déchets.
Marine Le Pen redemande une session extraordinaire du Parlement
La cheffe des députés du Rassemblement national Marine Le Pen a renouvelé lundi sa demande d'une session extraordinaire du Parlement en septembre, dont l'ordre du jour devrait, selon elle, prévoir « un débat sur les finances publiques », avant l'examen du budget dans la foulée. « Il est intolérable que les parlementaires ne soient pas réunis en session extraordinaire », a ainsi écrit Marine Le Pen dans une lettre ouverte, publiée sur le réseau social X, adressée aux autres chefs de groupe de l'Assemblée nationale et du Sénat.
La semaine dernière, après un entretien à l'Elysée avec Emmanuel Macron, elle avait déjà demandé que le Parlement soit convoqué pour siéger avant la nomination d'un nouveau Premier ministre. Ce qui sera de toute façon nécessaire pour que le nouveau chef du gouvernement, dont la nomination semble imminente, puisse prononcer son discours de politique générale.
Cette fois-ci, Marine Le Pen propose à ses homologues de « travailler à un ordre du jour consensuel » pour cette session extraordinaire, qui devrait selon elle « prévoir un débat sur la situation des finances publiques de la France ainsi que celle des finances de la Sécurité sociale ».
Le Parlement doit « se saisir au plus vite de cette question, notamment en examinant la loi d'approbation des comptes pour l'année 2023 », souligne-t-elle, ce texte devant être voté avant l'examen du budget 2025 que le gouvernement doit transmettre au plus tard le 1er octobre. D'ici là, d'autres sujets pourraient également être débattus, comme « les conditions de la rentrée scolaire et/ou universitaire, la situation de nos céréaliers suite aux mauvaises récoltes (...) ou encore la politique de santé », ajoute Marien Le Pen.
De son côté, le groupe écologiste et social de l'Assemblée a aussi réclamé une session extraordinaire dans un communiqué ce lundi, en estimant que « l'obsession d'Emmanuel Macron d'assurer la continuité d'une politique rejetée par les Français entraîne le blocage de tout un pays ». Les communistes avaient eux aussi demandé une session extraordinaire du Parlement la semaine dernière.
Ce n'est pas au Président de la République de se substituer à l'Assemblée nationale", ajoute le groupe. « Il a précipité le pays dans l'incertitude en prononçant la dissolution, il ne peut plus retarder l'expression de cette nouvelle Assemblée ».
Interrogée sur le sujet dimanche, la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet (Renaissance) s'y est dite aussi favorable. En cas de nomination d'un Premier ministre, « je demanderai une session extraordinaire » car « dans les circonstances politiques actuelles nous ne pouvons pas ne pas entendre et questionner le Premier ministre qui serait nommé et son gouvernement », a-t-elle dit, invitée de Questions politiques sur France Inter.