L'avènement de plateformes comme Uber ou UberEats a démocratisé un phénomène aujourd'hui au coeur de nos économies : le management algorithmique, autrement dit l'encadrement et l'évaluation constante des travailleurs par des algorithmes. Problème : derrière la neutralité affirmée par les plateformes, se cachent aussi des biais discriminatoires soumettant les travailleurs à une forte pression à la connexion. L'absence de médiation humaine peut également conduire à des licenciements abusifs que les travailleurs concernés n'ont aucun moyen de contester auprès des plateformes. Face à ce...
... a mission d'information sur l'ubérisation, qui s'est tenue au Sénat du 22 juin au 29 septembre, a tenté de proposer des solutions pour protéger les travailleurs de ces plateformes. Explications.
Des femmes chauffeurs Uber moins bien payées que les hommes parce qu'elles conduisent moins vite, des livreurs à la merci de l'arbitraire des clients qui n'hésitent pas à faire du chantage à la note, parfois à caractère sexuel..., telles sont les conséquences de la place omniprésente des algorithmes dans le mode de fonctionnement des plateformes : ils contrôlent tout... ou presque.
Un phénomène amplifié par l'absence de médiation humaine pour compenser les carences du "management algorithmique", au coeur du modèle des plateformes, qui pose de véritables problématiques, d'ordre économique, social, mais aussi psychologique, puisque les travailleurs subissent une forte pression à la connexion et s'exposent même, chez Uber, à des licenciements automatiques en refusant certaines courses. Derrière leur apparente "objectivité technologique", les algorithmes jouent donc un rôle central dans les transformations du monde du travail.
« Il ne s'agit pas d'un outil neutre », martèle Pascal Savoldelli, rapporteur de la mission d'information sur l'ubérisation, qui a rendu ses conclusions le 29 septembre.
Une affirmation contestée par Deliveroo, dont le porte-parole en France, Damien Steffan, rejette la notion de management algorithmique, qui est selon lui « une erreur de diagnostic ». De son côté, Uber n'a pas souhaité répondre à nos questions et s'est contenté d'un mail laconique, se limitant à ré-expliquer le principe de fonctionnement de la plateforme et à rassurer sur ses engagements.
Le management algorithmique est pourtant l'objet principal du rapport de la mission sur l'ubérisation, lequel conclut: « In fine, le management algorithmique contribue à renforcer la subordination vécue par les travailleurs des plateformes et à précariser leurs conditions de travail ».
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