Financement de l’économie : la sulfureuse titrisation amorce un "come-back"

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Le marché de la titrisation a représenté près de 200 milliards d'euros en 2012, en Europe.
Le marché de la titrisation a représenté près de 200 milliards d'euros en 2012, en Europe.
Le marché de la titrisation connaît une légère reprise, après une traversée du désert liée à sa mise en cause dans le déclenchement de la crise financière de 2008. Il faut dire que la titrisation constitue une alternative intéressante au financement bancaire, appelé à se raréfier.

Le tabou de la titrisation semble se lever. "Cela faisait longtemps qu'on ne parlait plus de financements structurés", a reconnu jeudi Nicolas Malaterre, directeur des financements structurés Europe chez Standard & Poor's (S&P), lors d'une conférence de presse. Et pour cause : la titrisation - cette technique de financement qui consiste, pour une entreprise, à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances, en les transformant en titres émis sur les marchés - est accusée d'avoir provoqué en 2007 la crise des subprimes (crédits hypothécaires américains à risque), prélude à crise financière de 2008.

Preuve de la mise au ban de la titrisation, ce marché n'a pas excédé 197 milliards d'euros, en Europe, l'an dernier, selon l'agence de notation Fitch. Contre… 720 milliards d'euros en 2008.

 BNP Paribas a cédé un portefeuille de 130 millions de dollars de prêts

 Mais les émissions de titrisation connaissent "une légère reprise", affirme Nicolas Malaterre. De fait, fin août août, BNP Paribas a cédé un portefeuille de 130 millions de dollars de prêts accordés à des groupes de négoce de matières premières. "C'est une manière de respecter les diverses contraintes auxquelles nous devons faire face en matière de régulation et de fonds propres, tout en continuant à développer nos activités avec les négociants en matière premières", avait alors expliqué Gabriel Vaduva, chef adjoint des activités de services pour l'énergie et les matières premières de BNP Paribas, dans les colonnes du Financial Times.

Les contraintes évoquées par Gabriel Vaduva, c'est essentiellement la future réglementation de Bâle III, qui doit entrer en vigueur à partir de l'an prochain, et qui imposera aux banques d'alléger leurs bilans et de renforcer leurs ratios de liquidité. Des impératifs auxquels la titrisation répond parfaitement, puisqu'elle permet à une banque de transférer un ou plusieurs prêts dans le bilan d'autres investisseurs. Lesquels, en échange, achètent des titres de la banque, l'abreuvant ainsi en liquidités. BNP Paribas envisage donc de procéder à de nouvelles opérations de ce type. Tout comme le Crédit Foncier, qui avait titrisé un milliard d'euros de prêts en 2012.

 Bruxelles veut promouvoir davantage la titrisation

 Les banques ne sont pas seules à devoir diversifier leurs sources de financement. Cette problématique se pose pour l'ensemble des entreprises, et plus particulièrement pour les PME, du fait, précisément, des nouvelles réglementations qui pèseront sur les banques et réduiront leur capacité à financer l'économie.

Dans cette perspective, la jadis diabolique titrisation est considérée comme une alternative intéressante au financement bancaire, y compris par la Commission européenne. En effet, dans un livre vert publié fin mars sur le financement à long terme de l'économie européenne, Bruxelles avait suggéré de promouvoir davantage la titrisation, allant jusqu'à regretter que le marché européen de la titrisation soit "peu développé par rapport à d'autres régions du monde."

La Banque de France lancera un véhicule de titrisation de prêts aux PME

Quelques semaines plus tard, début mai, c'est la Banque centrale européenne (BCE) qui avait fait part de son intention de redynamiser le marché des "ABS" (asset-backed securities), ces paquets de titres adossés à des prêts aux entreprises. Concrètement, la BCE assouplirait les règles de "collatéral" (adossement) de ses opérations de prêt, en acceptant ces ABS en garantie de la part des banques, en contrepartie des liquidités accordées à ces dernières. L'objectif : inciter les banques à prêter davantage aux PME.

Toujours pour relancer le crédit aux petites entreprises, la Banque de France avait confirmé, en mai également, le lancement prochain d'un véhicule de titrisation de prêts bancaires aux PME. Ces derniers seront regroupés en ABS que les banques pourront, là encore, apporter au guichet de la BCE, en échange de liquidités.

 Depuis mi-2007, 1,4% seulement des titrisations européennes ont fait défaut

 Autant d'initiatives qui n'inquiètent pas les autorités de marché, bien au contraire. "La titrisation, quand elle est bien faite, est utile au financement de l'économie. Et je pense qu'elle sera utile au financement de l'économie européenne, dans les prochaines années", avait estimé Gérard Rameix, le président de l'Autorité des marchés financiers, lors de la présentation du rapport annuel de l'AMF, le 13 juin dernier.

 Le hic, c'est que la titrisation a toujours mauvaise presse auprès des investisseurs. "Le déclin du nombre d'investisseurs, en partie du à l'association du mot "titrisation" avec ce qui s'est passé aux Etats-Unis [la crise des subprimes ; Ndlr], freine la reprise du marché", confirme Nicolas Malaterre, chez S& P. Pourtant, ajoute ce dernier, "depuis 2007, le taux de défaut des opérations européennes de titrisation est sans commune mesure avec celui des Etats-Unis." Ainsi, sur les 2.778 milliards d'euros de titrisations européennes notées par S&P de la mi-2007 au premier trimestre 2013, 1,4% seulement ont fait défaut, contre 17,4% pour les opérations américaines de titrisation.

 Un label de qualité a été créé en Europe

 Une qualité supérieure que l'association européenne des marchés financiers s'efforce de promouvoir, notamment avec le label "Prime Collateralised Securities", lancé en juin 2012 et censé garantir aux investisseurs et aux régulateurs la transparence et la simplicité des opérations de titrisation européennes. A ce jour, "une trentaine d'opérations ont obtenu ce label PCS", indique Nicolas Malaterre. L'amorce d'un véritable retour en grâce de la titrisation ?

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a écrit le 20/09/2013 à 11:12 :
Tiens, voici qu'on nous annonce mine de rien que Bâle 3 aura pour conséquence la raréfaction du crédit bancaire pour les entreprises, comprenez son asséchement pour les PME... Bâle 3 deviendra-t-il Blâme 3?
Réponse de le 20/09/2013 à 12:26 :
Bale 3 a bon dos. Les entreprises ont pu se financer jusqu'à ce que le dérégulation financière détourne l'argent de l'économie réelle vers la finance structurée. Et puis la BCE refinance les banques sans problème, à un taux imbattable inférieur à l'inflation. Petit rappel historique, au dernier trimestre 2006 la filiale d?investissement de la SG dégageait un ROE (rentabilité sur fonds propres) de 43.8%, JP Morgan de 58%. Dans le même temps les entreprises du CAC 40 les plus performantes décrochaient à peine 15% de profit et la croissance du PIB se tenait à 4.7%. Quand on a été shooté pendant 20 ans à des taux de profit aussi extraordinaires, on n'a pas envie de retourner faire de la banque de détail pour 8% de profit à tout casser. Donc forcément Bale 3 ca énerve et on raconte n'importe quoi dans l'espoir que le législateur se laissera sinon berner , du moins attendrir, afin de pouvoir recommencer la dope.
a écrit le 20/09/2013 à 8:53 :
Le risque d'un titre particulier est réel et peut être connu indépendamment de chiffres.
Le risque d'un ensemble titrisé ou on additionne des carottes et des navets est statistique à partir de modèles approximatifs alimentés par des bases de données insuffisantes.
L'opération du tranching du risque est encore plus périlleuse.
On fait très vite l'erreur de croire que le modèle mathématique est la réalité.
Le contenu réel n'a plus d'existence.
L'ordinateur devient le maître.
Tout le monde est déresponsabilisé.
Entre les deux, le choix est vite fait.
a écrit le 20/09/2013 à 8:38 :
La titrisation est un truc formidable : grâce à elle, aucun banquier n'a été mis en prison après la cata de 2007-2008.
a écrit le 20/09/2013 à 8:35 :
Errare humanum est. Perseverare bordelicum.
a écrit le 20/09/2013 à 8:26 :
Avec la titrisation, les banquiers a) ne font plus leur métier, puisqu'ils se défaussent du risque qu'ils sont sensés porter, et b) finissent par oublier le principe de base de ce métier : ne prêter qu'aux riches. Mais ils s'en f... : les contribuables paient pour les catastrophes qu'ils déclenchent.
a écrit le 20/09/2013 à 8:25 :
Le [robleme est qui rachete cette titrisation....nous indirectement donc pas de soucis pour nous refiler du pourri (à l image des politiques) et payer l addition....
a écrit le 19/09/2013 à 21:52 :
On n'a pas fini de payer les résultats des co..ries de la finance structurée, et ils recommencent, avec la bénédiction et les encouragements de Bruxelles... Ils roulent pour le FN où quoi?
a écrit le 19/09/2013 à 19:49 :
L'on nous parle toujours de macro-économie avec des masses considérables d'actifs cédés par les banquiers aux investisseurs, mais jamais de micro-économie en éclairant les consommateurs de produits de banque ou d'assurance sur ces investisseurs et les capitaux qui les approvisionnent. Les opcvm et produits structurés qui garnissent, avec les capitaux du public, les fonds d'assurance-vie ou d'épargne sont opaques sinon impossibles à connaître par le client "normal"de banques. La sarabande des flux sulfureux ou pas allégeant les risques et bilans bancaires va donc s'accélérer. ! ! !
Réponse de le 19/09/2013 à 21:12 :
Pourquoi vous savez exactement ce que vous mangez vous ?

Ce que vous buvez ?

Et les composants d'une cigarettes vous les connaissez??

Et les traces de produits ménagers dans les intérieurs des habitations ??

Quand on comprends pas, tu fais du livret A, ou tu achètes de l'or que tu te gardes chez toi !!

Réponse de le 19/09/2013 à 21:22 :
@ Bobo +100 :-))
Réponse de le 19/09/2013 à 22:09 :
Avec une grosse différence: quand vous mangez de la M.... ce n'est pas le voisin qui a la chiasse. Alors que quand Dexia s'enrhume c'est nous qui sommes invités à payer la facture.
a écrit le 19/09/2013 à 18:42 :
Ils sont aux abois... !!!
a écrit le 19/09/2013 à 18:09 :
L'avertissement fut cuisant, mais il semblerait que cela n'ait pas suffit. En piste donc pour un deuxième tour, et cette fois il risque fort de ne plus y avoir personne pour payer. Les banquiers sont trop puissants et leur lobbying est efficace. Les Etats doivent reprendre la main sinon la catastrophe est assurée.
Réponse de le 19/09/2013 à 19:24 :
Le problème n'est pas la titrisation en soit mais comment sont accordés les prêts, comment ils sont suivis, et comment ils sont mis ensemble pour faire un ABS.
Réponse de le 19/09/2013 à 19:29 :
Ce qu'il y a de bien chez Paulette, c'est son côté multi spécialiste ...
Réponse de le 19/09/2013 à 21:17 :
2 ans à suivre des actifs d'une des plus importantes sociétés de titrisation en Europe, ca laisse des traces surtout sur comment cela est géré une fois mis en boite.
Réponse de le 19/09/2013 à 21:25 :
Paulo a raison, la technique n'a rien de critiquable au contraire elle peut donner de la flexibilité y compris aux entreprises. La question est la qualité des actifs titrises.
Réponse de le 19/09/2013 à 21:33 :
la titrisation c'est la danse religieuse au bal des voyous de la finance mondiale... aucun fondamentau ne justifie la montée de la bourse, sauf le tourniquet vicieux organisé par les bandes de voyous de la finance ... le prochain crash boursier est pour .... un horizon assez proche à l'échelle de l'économie... mais il sera soudain et brutal.
Réponse de le 19/09/2013 à 22:05 :
Bien sur que si la titrisation est un problème en soit et devrait être interdite parce que c'est une façon de déresponsabiliser les banques de leur dettes. Ajoutons à cela que la cour de justice européennes remet en cause l'interdiction des ventes à découvert. Superbe, les financiers vont de nouveau pouvoir s'endetter au delà de toute raison et jouer des effets de levier.
Réponse de le 20/09/2013 à 6:48 :
Bien sur que les voitures qu roulent a plus de 30 km/h devraient être interdites car ce sont des dangers permanents pour la population, il y a encore eu deux accidents la semaine dernière a Fouzy-moi-sur-Yvette. C'est toujours le même problème, des raccourcis douteux, un manque d'information ou de connaissance et une opinion radicale assénée comme une vérité.
Réponse de le 20/09/2013 à 9:47 :
Comparaison (idiote qui plus est) n'est pas raison. La titrisation a plus que démontré par l'exemple sa nocivité. Ergoter et taxer son interlocuteur d'ignorance ne changera pas la donne. Les gardes fous qui auraient pu arrêter le massacre en 2007 avant qu'il ne se propage à l'ensemble de la planète n'existant toujours pas en 2013, on ne peut pas autoriser les pratiques à risque à reprendre.
Réponse de le 20/09/2013 à 10:12 :
Quand on ne sait pas de quoi on parle il vaut mieux s'abstenir. Mais c'est le café du commerce ici et on peut parler de tout sans rien connaitre. Attention ! la titrisation des prêts aux entreprises qui extraient du gaz de schiste qui alimente les centrales à gaz c'est encore plus toxique ! et après on dira que personne ne Les avaient prévenus !!
Réponse de le 20/09/2013 à 10:27 :
Je me permets de dire et redire que la titrisation n'est pas le souci, mais c'est la qualité de ce qu'il y a dedans (les prêts accordés et à qui et la facon dont ils sont suivis et recouvert en cas de défaut). Sans la titrisation, nos entreprises vont encore plus avoir du mal à se financer alors que beaucoup sont plus que solvables mais en manque de liquidités. Les banques n'arrivent plus à financer l'économie, en Italie et en Espagne on en est arrivé à ce que des entreprises aient leurs carnets de commandes plein à craquer mais sont incapables de livrer car pas moyen de financer l'achat des matières premières ... Il faut donc que les banques allègent leur bilan pour retrouver des marges de manoeuvre pour financer les besoins à court terme des entreprises. Alléger leur bilan ne veut pas dire refourguer leurs actifs pourris, d'où l'importance de la qualité des créances mise dans une titrisation.
Réponse de le 20/09/2013 à 12:00 :
Les banques européennes se refinancent sans contrainte à vil prix auprès de la BCE, elles ne manquent donc pas de liquidité. La question est de savoir si elles vont continuer longtemps à ne plus vouloir faire ce pour quoi elles avaient été créées, a savoir le boulot terne et peu rentable de financeur de l'économie réelle. Pour ce qui est de la titrisation, Soit une dette est saine et dans ce cas il est idiot de la titriser (hormis pour des questions purement comptables qui seraient à revoir), soit elle est mauvaise et dans ce cas il ne faut pas la camoufler dans des fourre tout. Déterminer la qualité 'une dette, c'était justement le travail des agences de notation , qui, jusqu'à la veille du big bang, avaient noté AAA des titres qui se sont révélés totalement pourris. L' "Auri sacra fames" n'a pas disparu et les agences de notation n'ont en aucun cas modifié leur pratiques. Donc la titrisation va aboutir au mêmes abus et au même résultat. En l'absence de séparation entre les banques de dépôt et celles d'investissement, d'interdiction sur les ventes à terme, d'interdiction de la titrisation (ou a défaut un contrôle très strict empêchant les titrisations en cascade), on est en train de recréer les conditions d'une nouvelle crise bancaire, d'une nouvelle crise budgétaire des états, sociale et qui se doublera d'une vraie crise politique nationaliste.
Réponse de le 20/09/2013 à 12:00 :
Les banques européennes se refinancent sans contrainte à vil prix auprès de la BCE, elles ne manquent donc pas de liquidité. La question est de savoir si elles vont continuer longtemps à ne plus vouloir faire ce pour quoi elles avaient été créées, a savoir le boulot terne et peu rentable de financeur de l'économie réelle. Pour ce qui est de la titrisation, Soit une dette est saine et dans ce cas il est idiot de la titriser (hormis pour des questions purement comptables qui seraient à revoir), soit elle est mauvaise et dans ce cas il ne faut pas la camoufler dans des fourre tout. Déterminer la qualité 'une dette, c'était justement le travail des agences de notation , qui, jusqu'à la veille du big bang, avaient noté AAA des titres qui se sont révélés totalement pourris. L' "Auri sacra fames" n'a pas disparu et les agences de notation n'ont en aucun cas modifié leur pratiques. Donc la titrisation va aboutir au mêmes abus et au même résultat. En l'absence de séparation entre les banques de dépôt et celles d'investissement, d'interdiction sur les ventes à terme, d'interdiction de la titrisation (ou a défaut un contrôle très strict empêchant les titrisations en cascade), on est en train de recréer les conditions d'une nouvelle crise bancaire, d'une nouvelle crise budgétaire des états, sociale et qui se doublera d'une vraie crise politique nationaliste.

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