Banco Espirito Santo s'écroule en Bourse après sa perte record

 |   |  701  mots
La première banque privée du Portugal finance une entreprise sur cinq, dans le pays. REUTERS.
La première banque privée du Portugal finance une entreprise sur cinq, dans le pays. REUTERS. (Crédits : reuters.com)
La première banque privée du Portugal a publié mercredi soir une perte de 3,57 milliards d'euros, au titre du premier semestre. A sa reprise de cotation, jeudi, le cours de Bourse s'est écroulé de 51%, en séance.

Dans le feuilleton quasi-quotidien de la crise de Banco Espirito Santo (BES), l'épisode de ce mercredi 30 juillet a résidé dans la publication des résultats semestriels de la première banque privée du Portugal, après la clôture de la Bourse. Résultats qui font apparaître une perte de 3,57 milliards d'euros, la plus lourde jamais enregistrée par une banque portugaise. Pour mémoire, BES avait clos le premier semestre 2013 sur une perte de 237,4 millions d'euros.

Ces résultats étaient très attendus par la communauté financière, car ils devaient permettre de faire un point sur l'exposition de BES à la dette du conglomérat familial Espirito Santo, lequel rencontre de graves difficultés financières. Pas plus tard que mardi, deux holdings du groupe - Espirito Santo Financial Group (ESFG), principal actionnaire de BES avec 20% du capital, et Rio Forte Investments - ont été placées en redressement judiciaire, emboîtant ainsi le pas à une autre holding, Espirito Santo International (ESI).

Le cours de Bourse à un plus bas historique

Jusqu'à présent, BES - dont le cours de Bourse a dévissé de 51% jeudi en séance, pour tomber à un plus bas historique de 0,17 euro - avait chiffré à 1,2 milliard d'euros son exposition à la dette du groupe Espirito Santo. Mercredi soir, la banque a revu cette estimation à la hausse, à 1,57 milliard d'euros (hors branche assurance). BES a doncdû passer des provisions très élevées, afin de faire face aux risques liés aux prêts accordés aux holdings de la famille Espirito Santo, et de pouvoir rembourser les titres de dette du groupe détenus par ses propres clients.

Au total, les provisions pour créances douteuses et coûts imprévus ont atteint 4,25 milliards d'euros au premier semestre, un montant qui inclut l'exposition de la banque à sa filiale en Angola et la dépréciation de sa participation dans Portugal Telecom (10%). Résultat, BES affiche un ratio de solvabilité (common equity tier 1) de 5%, contre 9,8% fin mars. Un niveau en-deçà du seuil minimum de 7% exigé par la banque centrale du Portugal.

Les actifs de la banque représentent la moitié du PIB portugais

La banque portugaise va donc sans doute devoir procéder à une augmentation de capital afin de renflouer ses capitaux propres. Une opération qui pourrait nécessiter l'intervention de l'Etat portugais, les actifs de BES représentant plus de la moitié du Produit intérieur brut (PIB) du pays et la banque finançant une entreprise sur cinq au Portugal. Lequel se trouverait ainsi fragilisé, alors qu'il sort tout juste d'un plan de sauvetage international.

Et ce, d'autant plus que bien d'autres entreprises portugaises que BES sont exposées à la dette du conglomérat Espirito Santo. Comme Portugal Telecom, à qui la holding Rio Forte n'a pu rembourser la somme de 897 millions d'euros, ce qui a contraint l'opérateur de télécommunications à réviser ses ambitions à la baisse au sujet de sa participation dans le nouvel ensemble qu'il doit former avec le Brésilien Oi.

Un matelas de 6,4 milliards d'euros pour le secteur bancaire

Pour autant, les analystes de Royal Bank of Scotland (RBS) continuent de juger que le dossier BES présente un risque systémique - c'est-à-dire de contagion à l'ensemble de l'économie - "faible." D'abord parce qu'ils doutent fortement que l'Etat portugais soit contraint de voler au secours de BES. Le gouverneur de la Banque centrale du Portugal n'a-t-il pas récemment déclaré que "plusieurs investisseurs privés" étaient intéressés par une entrée dans le capital de la banque, dont la capitalisation boursière a chuté de 50% depuis la mi-juin, date à laquelle l'affaire a éclaté ?

Ensuite, quand bien même le Portugal viendrait en aide à BES, cela ne poserait pas de problèmes aux finances de l'Etat, ce dernier disposant d'un matelas de 6,4 milliards d'euros, précisément destiné aux banques en difficulté, et non encore utilisé. Un "coussin" qui conduit également Moody's à estimer que "les incertitudes entourant BES ne devraient pas avoir d'impact significatif sur le profil de crédit du gouvernement." A tel point que l'agence de notation financière a relevé vendredi la note de solvabilité du Portugal, de Ba2 à Ba1.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 31/07/2014 à 16:22 :
Ah, mais je croyais que ce n'était pas grave cette histoire?! On nous aurait encore raconté des histoires?
a écrit le 31/07/2014 à 12:28 :
et le défaut de l'argentine avec ses conséquences sur l'économie bréslienne alors que dans ce pays vient d'être décidée une politique de freinage de l'économie, cette banque ne fait pas de prêts aux entreprises exportatrices ou implantées en argentine ou au Brésil?
a écrit le 31/07/2014 à 11:49 :
Alors tout va bien car des vautours tournent autour du cadavre et on dit que l'argent n'a pas d'odeur? Encore un dicton pris en défaut.
a écrit le 30/07/2014 à 18:42 :
Ceci écrit, même si sur le site de la FDIC la tendance est à la baisse, les banques US continuent à faire faillite tranquillement. Mais surement. Bonne crise à tous.
a écrit le 30/07/2014 à 17:20 :
La famille Espirito Santo (via ESFG) s'est comportée comme si elle avait possédé 100% de Banco Espirito Santo (BES) alors qu'elle n'en possède que 20% ... La confusion étant organisée autour de Espirito Santo, nom de famille, nom du Banco et nom du holding qui contrôle 20% du banco.
Au sein de ce maelstrom, les clients portugais de Banco Espirito Santo ont été incités à investir dans les produits financiers emis par ESFG, société de droit luxembourgeois mais dont le siège est à Londres. De même la banque privée Espirito Santo à Genève (filiale de ESFG) a attiré à elle les clients de BES en jouant sur la confusion Espirito Santo. Aujourd'hui, ces particuliers vont perdre leurs investissements dans ESFG.
En retour, le BES a prêté de l'argent à ESFG pour investir dans l'immobilier au Portugal et ailleurs. ESFG n'étant pas en mesure d'honorer ses dettes, BES va se retrouver avec des créances irrecouvrables donc des pertes ...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :