Réforme bancaire européenne : les propos de Christian Noyer font des vagues

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Christian Noyer a jugé irresponsables et contraires aux intérêts de l'économie européenne la proposition de réforme bancaire européenne de Michel Barnier.
Christian Noyer a jugé "irresponsables et contraires aux intérêts de l'économie européenne" la proposition de réforme bancaire européenne de Michel Barnier. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Après que le gouverneur de la Banque de France a jugé "irresponsables" les idées mises sur la table par le commissaire européen Michel Barnier dans le cadre de la réforme bancaire européenne, plusieurs experts de la finance ont adressé une lettre ouverte au Conseil général de la Banque de France, lui demandant de réprimander Christian Noyer.

Relayées abondamment dans les médias, les déclarations du gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, qui avait jugé "irresponsables et contraires aux intérêts de l'économie européenne" les propositions de réforme bancaire de Bruxelles, ont choqué plusieurs observateurs avertis.
En premier lieu, c'est le commissaire européen Michel Barnier, qui porte les propositions de la Commission européenne visant à limiter les risques pris par les plus grandes banques du vieux continent, qui s'est indigné des propos de Christian Noyer.

Il confiait à l'agence Reuters, la semaine dernière, qu'il refusait de "croire que Christian Noyer, qui est un homme compétent, ait pu faire ces déclarations en ayant pris connaissance du détail de nos propositions". Avant d'expliquer : "Ce que nous faisons précisément c'est de donner aux superviseurs le pouvoir d'imposer la filialisation de banques trop grosses pour faire faillite, trop complexes pour être résolues sans crise systémique et trop chères à sauver avec des fonds publics, lorsque ces banques prennent des risques excessifs".

Les dirigeants français s'indignent des propositions Barnier

De manière stupéfiante, le projet Barnier a reçu un accueil très mitigé des élites dirigeantes françaises, visiblement satisfaites du projet de loi bancaire adopté en juillet dernier par la France, et complètement aseptisé par le lobby bancaire.

Las de la servilité ambiante des pouvoirs publics au lobby bancaire français, un groupe de 13 experts de la finance, outrés par les déclarations de Christian Noyer, a adressé une lettre ouverte au Conseil général de la Banque de France. Ce dernier est habilité à mettre fin aux fonctions de Christian Noyer. "Sans envisager une telle extrémité", les signataires de la lettre demandent aux 11 membres de conseil d'expliquer publiquement "si le gouverneur a pris la précaution de (les) consulter avant de faire cette déclaration comme gouverneur, donc en (leur) nom ; et dans le cas contraire, s'(ils) approuv(aient) cette déclaration". Ce, tout en invitant "fermement le gouverneur à s'en tenir aux missions de la Banque de France et de faire preuve de mesure dans ses prises de position publiques".

Christian Noyer est coutumier de ce type de déclarations

Si Christian Noyer est visé par cette fronde, c'est aussi parce qu'il est coutumier de ce type de déclarations. Les signataires de la pétition rappelle qu'il "s'est déjà permis de critiquer la taxe sur les transactions financières, promue par la France et 10 autres pays européens". Avant de poser une question d'ordre déontologique aux membres du Conseil général de la Banque de France : "Ne vous semble-t-il pas que cette nouvelle critique renforce le risque que le gouverneur et son institution apparaissent comme le porte-parole de grandes banques dont il reprend sans nuances les arguments, alors qu'il préside l'Autorité qui les supervise ?".

Avec les banques lors de l'élaboration de la loi bancaire française

Durant l'élaboration de la loi française de séparation des activités bancaires, Christian Noyer avait déjà fait part à l'Est Républicain de ses convictions sur la solidité du modèle de banque universelle, que François Hollande avait pourtant promis de réformer lors du fameux discours du Bourget. "Nous avons aujourd'hui un système bancaire solide (…) Certaines activités de marché sont nécessaires à l'économie et nos banques doivent les poursuivre", avait ainsi déclaré M.Noyer. Et de reprendre les arguments du lobby sur le risque d'affaiblissement du secteur bancaire français.

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Commentaires
a écrit le 06/02/2014 à 11:54 :
je viens de consulter la liste des signataires.... il manque le président du club de football du quartier d'à coté de chez mes parents, cela aurait fait 14 signataires.
Réponse de le 06/02/2014 à 17:31 :
Olivier Berruyer, président de l’association DiaCrisis
Jerome Cazes, président du Club des Vigilants
Michel Crinetz, commissaire-contrôleur général honoraire des assurances
Guy Flury, coordinateur du groupe Banques du Collectif Roosevelt
Jean Gadrey, économiste, Lille
Gaël Giraud, directeur de recherches au CNRS, labex REFI (Régulation Financière).
Alain Grandjean, économist
Bruno Lamour, président du Collectif Roosevelt
Pierre-Henry Leroy, président de Proxinvest
Dominique Plihon, professeur des universités,
Francis Raugel, ancien directeur financier
Laurence Scialom, professeure des universités
Claude Simon, ancien commissaire aux comptes
a écrit le 06/02/2014 à 11:10 :
Vaut-il mieux Noyer l"économie dans le marais de la cavalerie financière et monétaire ? Les discours en 2010 à Davos et en 2012 au Bourget nous ouvrent les yeux.
a écrit le 06/02/2014 à 10:23 :
Mr Noyer, même s'il a la grosse tête, n'est qu'un fonctionnaire, et à ce titre tenu au devoir de réserve, surtout vis-à-vis d'un élu comme Mr Narnier. Nous attendons donc que son ministre de tutelle lui rappelle ses devoirs, et qu'il est payé grâce à notre impôt pour être au service du peuple, pas des banquiers qu'il fréquente trop apparemment.
a écrit le 06/02/2014 à 9:35 :
Monsieur Noyer serait bien inspiré de s'en tenir à une remise en ordre de sa propre institution qui est un modèle de foutoir absolu.
a écrit le 06/02/2014 à 9:21 :
Comme dit la chanson : "Le Premier qui dit la Vérité doit être exécuté" !
a écrit le 06/02/2014 à 8:09 :
Les banquiers français sont bien gentils, mais ils ont pété les plombs depuis longtemps : a) ils ne jurent que par la "banque universelle", alors que ce terme est un abus de langage en soi : il ne décrit que le modèle franco-français de banque chou-chèvre, que l'on se garde bien d'imiter ailleurs, entre autres parce qu'il ne peut être que mal valorisé par la bourse, et b) ils traduisent le terme anglais "moral hazard" par "aléas moral", ce qui rend bénin, voire anodin, toute aide de l'Etat en cas de coup dur, alors que "hazard" veut dire "danger". A juste titre.
Réponse de le 06/02/2014 à 13:45 :
Moral hazard = danger de la corruption. Tout simplement. Il n'y a actuellement que les autorités américaines qui montrent l'importance de la corruption dans la crise fiancière. (trucage des marchés, Libor, change, collusion entre traders ou "stars" que les français adulent)
Réponse de le 06/02/2014 à 17:43 :
Moral hazard se traduit par danger de corruption. Cela n'a rien d'aléatoire.
a écrit le 06/02/2014 à 7:08 :
Il faut soutenir Barnier si sa véritable volonté est d'isoler les activités spéculatives des banques et d'éviter que ce soit les contribuables paient les erreurs errements et turpitudes des banquiers . Hollande avait promis de combattre la fiancé et de nous protéger : la mini réformette bancaire accouchée est totalement inodore incolore et aseptisée : elle est fait pour et par les banquiers qui en sont bien sur très satisfaits . En cas de problèmes suite aux spéculations de ces messieurs c'est encore nous qui allons payer . Il faut soutenir Barnier pour enfin arrêter çela et revenir a une régulation des banques qui n'aurait jamais du disparaître et aurait éviter la crise de 2007
a écrit le 06/02/2014 à 6:57 :
Mais qui sont ils ces experts de la finance ? Il est facile de s' autoproclamer expert de ...
Moi aussi je suis expert de la finance, et pas seulement !
Réponse de le 06/02/2014 à 17:33 :
Olivier Berruyer, président de l’association DiaCrisis
Jerome Cazes, président du Club des Vigilants
Michel Crinetz, commissaire-contrôleur général honoraire des assurances
Guy Flury, coordinateur du groupe Banques du Collectif Roosevelt
Jean Gadrey, économiste, Lille
Gaël Giraud, directeur de recherches au CNRS, labex REFI (Régulation Financière).
Alain Grandjean, économist
Bruno Lamour, président du Collectif Roosevelt
Pierre-Henry Leroy, président de Proxinvest
Dominique Plihon, professeur des universités,
Francis Raugel, ancien directeur financier
Laurence Scialom, professeure des universités
Claude Simon, ancien commissaire aux comptes
a écrit le 05/02/2014 à 22:30 :
"las de la servilité ambiante des pouvoirs publics au lobby bancaire français " ; Diantre ! mais quelle est donc la compétence et la légitimité de l'auteur de cet article pour exprimer de tels propos? Selon le vieil adage : "Tout ce qui est excessif est dérisoire."
a écrit le 05/02/2014 à 21:52 :
La Banque de France sera-t-elle indépendante quand ça intéresse l'Etat mais seulement dans ce cas ? Mais alors, pourquoi ne pas s'en souvenir davantage...
a écrit le 05/02/2014 à 19:12 :
Encore un coup du lobby des banques

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