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Entreprises & FinanceBanques / Finance

"La France a démontré sa capacité à créer des business models innovants"

Photo de Christine Lejoux

Propos recueillis par Christine Lejoux

Publié le 07 novembre 2014 à 12:00 - Mis à jour le 12 novembre 2014 à 12:38

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Il est l’un des premiers à avoir cru dans le potentiel de Facebook. "Il", c’est le fonds américain de capital-risque Accel Partners, également connu pour ses investissements dans Groupon, Dropbox ou encore Etsy. Mais aussi californien et important soit-il, avec quelque 10 milliards de dollars d’actifs sous gestion dans le monde, Accel Partners porte un intérêt particulier aux start-up françaises. Le fonds est présent au capital de BlaBlaCar depuis 2011, et a remis au pot dans le cadre de la levée de...

La Tribune. Accel Partners est connu pour être le premier fonds de capital-risque à avoir misé sur Facebook, mais vous êtes également présent au capital de start-up françaises comme le site de covoiturage BlaBlaCar et le spécialiste des ventes privées sur Internet Showroomprive.com. Quels sont vos critères d'investissement ?

Philippe Botteri. Nous nous appuyons sur des tendances de fond comme les technologies mobiles, le big data, la consommation collaborative, les places de marché, le cloud computing [informatique dématérialisée ; Ndlr], les nouveaux services financiers tels que la plateforme Internet de prêts aux PME Funding Circle. Nous regardons également les objets connectés, en particulier les drones et la robotique.

Sur le plan du stade de développement des entreprises, nous sommes agnostiques : nous pouvons aussi bien investir plusieurs millions de dollars pour financer les investissements de croissance d'une start-up - comme nous l'avons fait en apportant 37 millions d'euros (46 millions de dollars) à Showroomprive.com en 2010 - qu'apporter quelques centaines de milliers de dollars dans le cadre de financements d'amorçage. En effet, dans certains secteurs, la création de valeur s'effectue rapidement, si bien qu'il faut investir très tôt dans les entreprises.

Enfin, nous cherchons à investir dans des sociétés dont les innovations sont capables de faire d'elles non pas seulement des leaders locaux, mais des leaders mondiaux.

Comment pouvez-vous les aider à atteindre cet objectif ?

Originaire de San Francisco mais également présent à New York, Londres et en Inde, Accel Partners est l'une des rares sociétés de capital-risque de dimension mondiale. Nous pouvons donc apporter notre connaissance de ces différents marchés aux entrepreneurs, pour les aider à se développer à l'étranger. Ainsi, peu après avoir commencé à investir dans BlaBlaCar, en 2011, nous avons mis la société en contact avec des start-up que nous connaissions en Italie, en Pologne et en Russie, afin de lui permettre de réaliser trois petites acquisitions pour accélérer son développement dans ces pays.

Dans la même veine, notre connaissance des États-Unis nous permet d'aider PeopleDoc, une société française spécialisée dans la digitalisation de documents via la technologie du SaaS [Software as a service, logiciel à la demande ; Ndlr], à conquérir le marché américain. Ce qui est indispensable pour une entreprise de logiciels.

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Quelle part la France représente-t-elle dans vos investissements ?

Début 2013, Accel Partners Londres a levé son quatrième fonds, d'un montant de 475 millions de dollars (380 millions d'euros). Cette somme sera investie en trois ou quatre ans en Europe au sens large, puisque le spectre géographique du fonds comprend Israël. La France, où nous avons investi 100 millions de dollars environ au cours des cinq dernières années, représente 15% à 20% des allocations de nos fonds en Europe, en fonction des opportunités d'investissement.

D'ailleurs, alors que notre premier fonds européen, lancé en 2001, était majoritairement axé sur le Royaume-Uni et Israël, nos derniers fonds sont nettement plus diversifiés, avec des investissements notamment en France, en Allemagne, en Espagne, en Russie, en Europe du Nord, aux Pays-Bas... Des pays où l'écosystème de start-up est beaucoup plus mature aujourd'hui qu'il y a dix ans.

Mais pourquoi un fonds américain de dimension mondiale s'intéresse-t-il à l'Europe en général et à la France en particulier, où les perspectives de croissance économique sont des plus moroses ?

S'il n'y avait pas d'innovations en Europe, nous nous poserions en effet des questions. Mais ce n'est pas le cas, l'Europe ne manque pas d'innovations, au contraire, cette région du monde est donc très intéressante pour nous. Alors qu'aux États-Unis, les trois quarts de l'écosystème des start-up sont concentrés dans la Silicon Valley, l'Europe, elle, présente toute une collection de hubs d'innovation, comme Paris, Londres, Berlin, Munich, Moscou, Tel Aviv, Stockholm ou Helsinki, chacun avec ses spécificités, et qui, mis bout à bout, forment un marché important.

De plus, nous travaillons à l'échelle micro-économique et non pas macro-économique. Nombre d'entreprises dans lesquelles nous investissons opèrent sur des marchés en croissance de plus de 100% par an. La récession n'a donc pas forcément beaucoup d'impact sur les finances de ces sociétés. C'est le cas de BlaBlaCar, dont le business model est tellement novateur qu'il est assez insensible à la conjoncture macro-économique.

Reste qu'au-delà de la question de la conjoncture économique, certains investisseurs étrangers se disent découragés par la lourdeur et l'instabilité de la fiscalité en France...

L'image de la France est souvent pire que la réalité du pays. Ainsi, la France aime bien annoncer des mesures-phares, comme cela avait été le cas à l'automne 2012 avec le projet d'alourdissement de la taxation des plus-values de cession, qui avait déclenché la révolte des Pigeons. Mais ces mesures soi-disant très fortes sont généralement accompagnées d'une multitude d'exceptions, ce qui les rend au final moins problématiques qu'il n'y paraît de prime abord. Il n'en demeure pas moins que ces effets d'annonce posent problème en termes d'image, notamment auprès des investisseurs étrangers, et que les nombreuses exceptions en question sont sources de complexité et constituent de véritables usines à gaz.

Quels sont les atouts de la France, en matière de création d'entreprise ?

Ils sont nombreux. A commencer par de très bons ingénieurs, en particulier dans le domaine mathématique, algorithmique. Or c'est de la puissance de son algorithme que vient le succès de la start-up Criteo, fondée par trois ingénieurs et spécialisée dans le reciblage publicitaire sur Internet. Ensuite, la France a démontré sa capacité à créer des business models innovants. La preuve, justement, avec Criteo. De la même façon, c'est la France qui a inventé les ventes privées sur Internet, avec Showroomprive.com et vente-privee.com.

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Et Blablacar est la seule société au monde à avoir su développer le covoiturage sur de longues distances. Son modèle basé sur l'optimisation de capacités de transport existantes et entièrement communautaire a fait de Blablacar une nouvelle société de transport, au même titre que les compagnies ferroviaires et aériennes. Autre preuve de la capacité d'innovation de la France, PeopleDoc, dans laquelle nous avons investi en juin, dans le cadre d'un tour de table d'un peu moins de 20 millions de dollars. Ce qui nous a attirés, c'est que PeopleDoc a créé un concept - la digitalisation de documents liés aux ressources humaines via le SaaS - que nous n'avions vu nulle part ailleurs.

Propos recueillis par Christine Lejoux

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