A 20 ans, l'euro veut jouer un rôle international de premier plan

 |   |  802  mots
L'an dernier, 36% des transactions internationales réalisées dans le monde ont été facturées ou réglées en monnaie unique. L’euro représente 20% des réserves internationales des banques centrales étrangères, loin derrière le dollar (60%), mais aucune autre devise ne dépasse les 5%.
L'an dernier, 36% des transactions internationales réalisées dans le monde ont été facturées ou réglées en monnaie unique. L’euro représente 20% des réserves internationales des banques centrales étrangères, loin derrière le dollar (60%), mais aucune autre devise ne dépasse les 5%. (Crédits : Commission européenne)
La Commission européenne a présenté ce mercredi des propositions pour accroître l'usage de la monnaie unique - qui fête ses 20 ans le 1er janvier prochain - notamment dans les secteurs de l'énergie, des matières premières, et sur les marchés financiers. Plusieurs consultations publiques sont lancées pour recueillir l'avis des parties prenantes.

L'euro fêtera le 1er janvier 2019 ses 20 ans. Sa création remonte en effet à janvier 1999, même si la mise en circulation des pièces et des billets fut plus tardive, au 1er janvier 2002, dans 12 pays à l'époque : il est aujourd'hui utilisé quotidiennement par 340 millions d'Européens dans 19 pays. Dans son discours sur l'état de l'Union en septembre dernier, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait déclaré que « l'euro n'a que 20 ans mais il a déjà parcouru un chemin important, en dépit des critiques. Il est désormais la deuxième monnaie la plus utilisée dans le monde avec 60 pays ayant lié leur monnaie à l'euro d'une manière ou une autre. Mais il faut faire plus pour permettre à la monnaie unique de tenir pleinement son rôle sur la scène internationale ». C'est le sens des mesures présentées ce mercredi 5 décembre à Bruxelles.

La Commission européenne a notamment adopté une recommandation appelant tous les acteurs économiques, Etats membres et autorités à promouvoir un usage plus répandu de l'euro dans le secteur de l'énergie.

« L'Union européenne est le premier importateur mondial d'énergie, avec une facture d'importation d'un montant moyen de 300 milliards d'euros [par an au cours des cinq dernières années, ndlr] et un marché interne compétitif et ouvert. Le renforcement du rôle international de l'euro en matière d'investissements et d'échanges commerciaux dans le domaine de l'énergie contribuera à réduire le risque de ruptures d'approvisionnement et stimulera l'autonomie des entreprises européennes » a mis en avant Miguel Arias Cañete, le commissaire à l'énergie et à l'action climat.

L'exécutif européen reconnaît que le choix de la devise reste entre les mains des acteurs du marché et qu'il ne s'agit « pas d'interférer avec la liberté commerciale ». Mais 85% de cette facture énergétique est payée en dollars : cette exposition à la monnaie américaine crée « des incertitudes, des risques et des coûts » qui pourraient être atténués avec des contrats en euro.

L'UE compte d'importants producteurs (les majors Total, BP, Shell, rien que dans le pétrole) et de grands acheteurs, mais « les entreprises européennes continuent de commercer en dollars américains sur les marchés stratégiques clés, souvent même entre elles. Elles s'exposent ainsi à des risques de change et à des risques politiques, tels que des décisions unilatérales qui ont un impact direct sur les transactions libellées en dollars. »

Pétrole, gaz, matières premières, avions, etc

Plusieurs consultations publiques ciblées seront aussi lancées, dont les résultats seront publiés à l'été 2019 : sur le potentiel des transactions en euro dans le pétrole, les produits raffinés et le gaz, mais aussi sur l'usage accru de l'euro pour le trading de matières premières (agricoles, métaux et minéraux) ainsi que dans le secteur des transports (constructeurs d'avions, de trains et de navires), autres secteurs stratégiques où les contrats sont majoritairement en dollar.

« L'euro est une monnaie jeune mais qui a fait ses preuves. Le temps est venu pour l'euro de jouer un rôle plus international. L'euro devrait refléter le poids politique, économique et financier de la zone euro et soutenir un ordre économique et politique international équilibré et basé sur des règles » a plaidé Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission européenne pour l'euro et le dialogue social, en charge de la stabilité financière.

La zone euro représente 12% du PIB mondial (17% pour toute l'UE). L'an dernier, 36% des transactions internationales réalisées dans le monde ont été facturées ou réglées en monnaie unique. L'euro représente 20% des réserves internationales des banques centrales étrangères, loin derrière le dollar (60%), mais aucune autre devise ne dépasse les 5%.

La Commission évoque aussi des « initiatives liées au secteur financier international », dont l'augmentation de la part de titres de créance libellés en euros émis par des entités européennes et le développement de la diplomatie économique pour promouvoir l'utilisation de l'euro. Elle appelle surtout au passage à l'approfondissement de l'Union économique et monétaire et à l'achèvement de l'Union bancaire et de l'Union des marchés de capitaux, alors que seules 7 de ses 40 propositions ont été adoptées dans ce domaine.

Selon Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques et financières, un usage plus répandu de l'euro devrait « mieux protéger les citoyens et les entreprises européens contre les chocs externes et rendre le système financier et monétaire international plus résilient. »

Le sujet sera aussi mis à l'ordre du jour du prochain Conseil européen et du sommet de la zone euro de décembre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/12/2018 à 9:39 :
la zone Euro représente 12% du PIB mondial ? pas plus?
a écrit le 05/12/2018 à 20:47 :
L euro profite principalement a l allemagne ,en revanche sans l euro nulle doute que nos gouvernants auraient déjà dévalué une quinzaine de fois en france ...donc tout ceci n est pas si simple ....en revanche se premunir de la predation monaitaire US releve du bon sens
a écrit le 05/12/2018 à 19:51 :
Il est quand même aberrant que, pour acheter des avions à AIRBUS, ils soient facturés à Air France en $ !! surtout pour des échanges intra-européens !
Pour pouvoir conserver son libre arbitre par exemple dans le cadre des sanctions contre l'Iran (décidées unilatéralement par les USA) l'UE doit urgemment aider et inciter à se dispenser de pièces américaines pour nos constructions aéronautiques, par exemple !!
Réponse de le 06/12/2018 à 13:19 :
Je suis bien d'accord ! Mais hélas ce ne sont pas des Moscovici ou Juncker qui vont le faire. L'euro devrait déjà être la monnaie d'échanges des grandes entreprises européennes à l'international (surtout entre elles !). Mais rien n'a avancé parce que ces dirigeants, Moscovici, Juncker, Tusk etc ... ont toujours joué le jeu du dollar et des USA tout simplement. On le voit bien avec l'euro et l'OTAN ! Ce sont des idéologues atlantistes, ils coulent l'Europe. Il faut changer de décideurs et vite ! Les agressions contre Alstom ou Renault-Nissan nous montrent bien qu'il y a urgence à agir !
a écrit le 05/12/2018 à 19:51 :
Il est quand même aberrant que, pour acheter des avions à AIRBUS, ils soient facturés en $ !! surtout pour des échanges intra-européens !
Pour pouvoir conserver son libre arbitre par exemple dans le cadre des sanctions contre l'Iran (décidées unilatéralement par les USA) l'UE doit urgemment aider et inciter à se dispenser de pièces américaines pour nos constructions aéronautiques, par exemple !!
a écrit le 05/12/2018 à 18:43 :
Et si on investi sur l'euro on investi sur quoi, sur qui ? Juncker ? L'oligarchie allemande ?

Mais bon comme me le disait un ami vrp, chaque matin un pigeon se lève...
a écrit le 05/12/2018 à 17:12 :
Du moment qu'on commerce en dollar les USA prennent le droit de nous interdire les transactions qui leur déplaisent, il en est de même pour l'industrie, si un produit contient une pièce sous licence américaine,ils en interdisent la transaction si ça leur déplait et si on passe outre ils appliquent les sanctions qui les arrangent.
a écrit le 05/12/2018 à 16:38 :
Aucune confiance dans l'euro n'étant pas assise sur une économie reconnue mais virtuelle comme le dollars qui elle a bien des années d'avance et ne se laissera pas rattraper!
a écrit le 05/12/2018 à 15:31 :
Trump va demander à faire démanteler l'UE...
Ne commercer qu'en euros, c'est pas toujours une protection contre des mesures punitives des USA : vous commercez avec l'Iran en euro, sans le dollar ? Mais vous nous vendez des trucs, à nous américains ? Ben, on ne vous achète plus rien. Na ! (les producteurs de palme font pareil, boycott de l'huile si fameuse ? Fini les achats vs l'UE, un levier efficace, genre donnant donnant).
J'avais cru lire que des pays producteurs (Arabie Saoudite peut-être) exigeaient passer par une banque dans un "paradis fiscal" pour pouvoir commercer, ça restreint le business (Si le Luxembourg est "paradis", ça permettrait de commercer quand même, en euros :-) )
a écrit le 05/12/2018 à 15:23 :
si oncle sam envoie tant de ses prestigieux economistes ( trump, stiglitz, krugman ou autres) pour expliquer que l'europe va eclater et que l'euro est mal construit ( ce qui est partiellement vrai, avec des pays comme la france qui trichent en rigolant), c'est bien parce qu'ils sentent que s'il y a une autre monnaie d'echange, ca en sera termine de la tyrannie via l'impossibilite d'avoir des devises!!!
ca sera fini le ' c'est notre monnaie, c'est votre probleme' !!
alors on va avoir encore plein de coups de boutoir, vu le serieux de la menace que ca represente venant d'un continent plus grand et plus riche/capita qu'uncle sam!
a écrit le 05/12/2018 à 14:32 :
Une entreprise comme TOTAL devrait montrer l'exemple et ne commercer uniquement qu'en EUROS. Les trés grosses entreprises européennes devraient faire de même.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :