Adieu Perp, Perco : comment Bercy espère doper l'épargne retraite

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(Crédits : Reuters)
Le gouvernement a adopté ce mercredi une ordonnance sur la réforme de l'épargne retraite. Trois nouveaux produits d'épargne, plus souples, seront commercialisés dès octobre. L'argent pourra être débloqué pour l'achat de la résidence principale et versé en capital à la retraite.

Simplicité et flexibilité : ce sont les deux principes qui ont inspiré la réforme de l'épargne retraite, voulue par le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Le gouvernement a adopté ce mercredi 24 juillet en conseil des ministres une ordonnance concernant cette réforme inscrite dans la loi Pacte. Ce texte d'application qui sera publié dans la semaine crée trois nouveaux produits d'épargne retraite qui pourront être commercialisés dès le 1er octobre 2019 : un produit collectif, ouvert à tous les salariés, qui a vocation à remplacer l'actuel Perco, un produit pour certaines catégories de salariés (remplaçant les contrats du régime "article 83") et un produit individuel (appelé classiquement Plan épargne retraite PER, remplaçant le Perp et les contrats Madelin).

Les épargnants auront la possibilité s'ils le souhaitent de transférer leur épargne dans un de ces nouveaux produits dès le 1er octobre et les entreprises pourront faire évoluer leur produit d'épargne retraite. Les anciens contrats (Perp, Madelin, Préfon, Corem, CRH, Perco, article 83) seront fermés à la commercialisation au 1er octobre 2020. Les versements resteront possibles sur les anciens contrats.

« Nous avons simplifié tous les dispositifs et nous permettons à chaque salarié de garder le même produit durant toute sa vie professionnelle, quels que soit ses changements de carrière. Nous lui laissons une liberté totale de sortir en rente ou en capital au moment de sa retraite. Cette simplicité et cette liberté doivent permettre de faire décoller l'épargne retraite en France » espère Bruno Le Maire, cité dans le communiqué.

Le ministre se désole que l'épargne retraite soit si peu développée en France : 230 milliards d'euros au total, contre plus de 1.700 milliards d'euros pour l'assurance vie et près de 400 milliards d'euros pour le livret A et le LDDS livret de développement durable et solidaire). Il insiste néanmoins : « L'épargne retraite supplémentaire n'a pas vocation à se substituer au régime de retraites par répartition qui demeurera le socle principal de la retraite des Français ».

Un dispositif est même prévu pour inciter les épargnants à transférer leur assurance vie vers un produit retraite jusqu'au 1er janvier 2023  : tout rachat d'un contrat d'assurance vie de plus de 8 ans fera l'objet d'un abattement fiscal doublé (sous réserve d'intervenir au moins 5 ans avant le départ en retraite).

Déduction d'impôt et portabilité

Ces nouveaux contrats seront plus flexibles, plus harmonisés et plus avantageux fiscalement. En particulier, au moment du départ en retraite, les épargnants pourront choisir librement que les retraits soient effectués en capital, et plus seulement en rente, pour les sommes issues de versements volontaires, ou une combinaison des deux. Un changement qui a fait grincer des dents chez les assureurs. Les conditions de sortie anticipée, avant la retraite, sont aussi élargies : elles ne concernent plus seulement les accidents de la vie, mais s'étendent à l'achat de la résidence principale (pour les versements volontaires et ceux de l'épargne salariale).

Les versements volontaires seront déductibles de l'impôt sur le revenu pour tous les produits dans la limite des plafonds existants.

Le texte prévoit aussi la portabilité de tous les produits d'épargne retraite : les frais de transfert ne devront pas excéder 1% des encours avant le cinquième anniversaire du contrat et seront gratuits au-delà. L'objectif est de stimuler la concurrence, de faire baisser les frais et de favoriser la mobilité de l'épargne retraite, vers les gestionnaires d'actifs par exemple qui se positionnent en rivaux des assureurs.

Le gouvernement veut aussi favoriser l'investissement en actions, au détriment des emprunts d'État :  la gestion "pilotée" c'est-à-dire confiée à un professionnel qui décidera l'allocation en fonction de l'horizon d'investissement, sera proposée par défaut.

« Lorsque le départ en retraite est lointain, l'épargne est investie dans des actifs plus risqués, mais plus rémunérateurs », fait valoir Bercy dans son dossier de présentation. « La généralisation de la gestion pilotée permettra d'améliorer l'espérance de rendement de l'épargne retraite et d'orienter cette épargne vers l'économie productive », insiste le ministère.

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épargne retraite schéma post loi pacte

[Les nouvelles règles de l'épargne retraite. Cliquer ici pour zoomer. Crédit : ministère de l'Économie et des Finances]

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Commentaires
a écrit le 26/07/2019 à 9:56 :
"L'argent pourra être débloqué pour l'achat de la résidence principale". Toute petite avancée par rapport au perp actuel mais pas suffisante pour rendre ce produit attractif. Mieux vaut investir dans un bon contrat d'assurance vie en gestion libre avec quelques UC ou mieux quelques trackers.
a écrit le 25/07/2019 à 8:29 :
"Le gouvernement veut aussi favoriser l'investissement en actions, au détriment des emprunts d'État : la gestion "pilotée" c'est-à-dire confiée à un professionnel qui décidera l'allocation en fonction de l'horizon d'investissement, sera proposée par défaut."

Proposée ne veux pas dire imposée j’espère, car il est hors de question de ne pas intervenir sur la gestion de nos produits d'épargne retraites afin de les piloter finement. Le but reste la maximisation de l'épargne et non la rentabilité des produits financiers des banques et assurances et les deux ne sont pas forcément compatibles en tout temps.

Il me semblerait plutôt illogique que nous ne puissions pas intervenir sur les options de placement. Notamment par les temps qui courent et les suspicions de crash généralisé. De plus les actions boursières éthiques et solidaires ont le vent en poupe depuis une dizaine d'année donc il semblerait assez logique que les particuliers se dirigent par eux même vers ce type d’action plutôt que vers les actions classiques d'entreprises classiques basées sur le vieux monde du 20ème siècle avec touts les risques qu'elles comportent en terme de pollution, de corruption etc ... .

En dernier lieu les français préférerons toujours les emprunts D’État qui sont garantis à vie par la nation plutôt que des actions d'entreprises qui sont soumises aux aléas de l'économie mondiale et de ses crises chroniques.
Mais au final il s'agit d'un artifice pour désendetter la Nation car les emprunts d’État sont tout de même des dettes pour le budget de la nation.
Réponse de le 25/07/2019 à 10:58 :
1) La gestion pilotée (ou "à horizon") est le choix par défaut pour les nombreux épargnants (la très grande majorité, en fait) qui ne veulent / ne peuvent pas gérer eux-même leurs investissements. Ceux qui ont la curiosité et prennent le temps de le faire ont tout-à-fait la possibilité de gérer leurs avoirs eux-mêmes (avec souvent de meilleurs résultats que ceux du mode de gestion automatique par défaut !), les frais d’arbitrage étant le plus souvent pris en charge par l'employeur
2) Les emprunts souverains sont certes relativement sûrs (enfin, tant que l'Etat ne fait pas défaut sur sa dette) mais... ne rapportent strictement plus rien: les taux à dix ans français et allemands sont négatifs (et compte tenu des montagnes de dette accumulées et du fait que l'Etat français roule environ 16% de sa dette chaque année), je vois mal comment ces taux pourraient fortement augmenter dans les prochaines années... sauf à créer une crise de la dette majeure (et dans ce cas l'Etat n'aurait probablement pas d'autre issue que de piocher, plus ou moins directement, dans l'épargne des français dont les fameux fonds euros). Quant à la dette des entreprises correctement notées (investment grade), elle est largement en-dessous de 1% elle aussi: bref: dans les prochaines années, sauf à jouer ponctuellement la baisse des taux et l'arbitrage d'obligations revalorisées en proportion, ce n'est hélas pas avec l'obligataire qu'un épargnant ou un investisseur pourra se constituer une retraite complémentaire
3) l'aversion totale et typiquement française des épargnants vis-à-vis de l'investissement au capital des entreprises (cotées ou non cotées) est une des raisons majeures de la sous-capitalisation des entreprises françaises, et partant de là de leurs faibles performances économiques (notamment de l'industrie qui est très capitalistique). Il ne faut donc pas s'étonner que les entreprises françaises soient globalement peur profitables, peu mécanisées, exportent peu, soient cantonnées à des activités peu sophistiquées soumises à de plein fouet à la concurrence des pays à bas coût, et qu'in fine elles créent peu d'emplois par ailleurs globalement mal rémunérés, et que le capital des quelques entreprises française performantes passe sous contrôle étranger avec tous les déboires que cela peut occasionner (ex. Alstom et GE)...
a écrit le 25/07/2019 à 5:33 :
Une facon detournee de mettre la main sur l'epargne des francais.
Pas sur qu'ils acceptent cette manoeuvre.
a écrit le 24/07/2019 à 21:25 :
"le LDDS livret de développement durable et solidaire" de nom, il a rien du tout de "Solidaire", les décrets d'application manqueraient, d'après un connaisseur, mais peut-être juste une question de temps. En attendant ça fait "vertueux".
Le PERP devait être réformé pour permettre de retirer des sous, et non être bloqué jusqu'au bout en touchant une pension (imposable) qui s'éteint avec nous.
Retraite dans 3 ans (à 67 ans), je vais garder mon Assurance Vie (20% produits risqués qui peuvent rapporter plus, ou moins) sans la convertir.
"actifs plus risqués mais [pouvant, si tout se passe bien, être] plus rémunérateurs" voire subir des pertes, mais sur le long terme faut voir comment les gestionnaires sont censés le ""garantir"" (ah, c'est pas le cas ? Dommage).
a écrit le 24/07/2019 à 21:08 :
"vers des actifs plus risqués mais plus rémunérateurs". Quelles garanties pour cette épargne ainsi placée ? Qui garantit le capital des épargnants futurs retraités ?
Nous sommes devant des fonds de pensions déguisés, avec tous les risques qu'ils comportent.
Au moins l'assurance vie annonce la couleur selon que les fonds sont placés en Euros ou en unités de compte. Le souscripteur peut choisir son niveau de risque.
Les rendements des fonds de pension se font sur le dos des entreprises, des salariés, sur la casse sociale.

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