La Fédération française de l'assurance (FFA) a dévoilé les contours du futur régime d'assurance pandémique, qui s'étend aux catastrophes exceptionnelles. Les premières pistes évoquées ne font pas consensus alors que les assureurs font face à un véritable casse-tête.L'épidémie de coronavirus et les mesures de confinement prises par le gouvernement ont révélé les limites de notre système d'assurance. Tout au long de la crise, les assureurs ont fait l'objet de vives critiques pour leur refus de prendre en charge les pertes d'exploitation des entreprises (qui se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards d'euros), notamment celles des petites entreprises du secteur de la restauration et de l'hôtellerie, dont la baisse d'activité a été vertigineuse. Ce conflit a même donné lieu à plusieurs actions en justice, en régions parisienne, girondine et lyonnaise, visant notamment le poids lourd français Axa.
Pour qu'une telle situation ne se reproduise pas, des groupes de travail ont rapidement été mis en place en concertation avec le Trésor pour dessiner un nouveau régime pandémique, mêlant acteurs privés et publics, à l'image du régime d'assurance des catastrophes naturelles. Un exercice périlleux tant les défis sont nombreux.
Un exercice périlleux
Premier obstacle de taille : le caractère systémique d'une pandémie.
"Les techniques classiques d'assurance et de réassurance ne permettent pas de répondre à ces besoins d'indemnisation car ce risque de fermeture lié à une épidémie est potentiellement systémique : il peut toucher toutes les entreprises au même moment. Or le principe de base de l'assurance, c'est la mutualisation des risques. Les personnes [individuelles ou morales, ndlr] qui ne sont pas touchées payent pour celles qui sont sinistrées. Lorsqu'une masse trop importante de personnes est touchée, ce principe de mutualisation ne fonctionne pas", expose Stéphane Penet, délégué général adjoint de la FFA.
Dans une tribune publiée le 2 avril, Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l'assurance (FFA), rappelait ainsi que : "
L'assurance n'intervient jamais en cas d'épidémie, de révolution ou de guerre car les conséquences de tels événements sont tout simplement hors de portée".
"Deux mois de confinement, cela représente tous les fonds propres des assureurs", abonde Philippe Trainar, ancien directeur des risques chez Scor
et actuellement professeur titulaire de la chaire d'assurance du Cnam.
Un risque très volatile
Deuxième limite importante : les difficultés de modélisation d'un tel risque. "Les assureurs peuvent s'engager à couvrir un risque uniquement s'ils ont une connaissance relativement bonne des fréquences et des conséquences de ce risque. Or, nous avons très peu de données statistiques. Par ailleurs, il s'agit d'un risque très volatile, c'est-à-dire peu fréquent mais dont les montants des sinistres sont très importants", détaille Stéphane Penet.