Coronavirus : la mobilisation des assureurs face à la crise en cinq chiffres

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Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l'assurance
Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l'assurance (Crédits : FFA)
Critiqués par les assurés et pressés par les pouvoirs publics, les assureurs viennent de renforcer leur engagement. Résumé des différentes mesures de solidarité prises en cinq chiffres clés.

Depuis le début de la crise sanitaire, le monde de l'assurance fait régulièrement l'objet d'attaques sur son manque d'intervention et notamment son refus de prendre en charge les pertes d'exploitation sans dommage, désormais évaluées à près de 60 milliards d'euros et touchant de plein fouet les petits commerces et les professionnels de la restauration et de l'hôtellerie. En France, comme dans de nombreux pays, pour la grande majorité des cas, les garanties ne couvrent que les pertes de chiffre d'affaires liées à un dommage matériel, comme un incendie par exemple. Pour une entreprise, la baisse de revenus liée à la pandémie de coronavirus n'est donc pas indemnisée.

Hier encore, le président de la République, lors de son allocution télévisée annonçant un déconfinement progressif à partir du 11 mai prochain, a renforcé la pression sur les assureurs et a souligné qu'il "serait attentif" à la participation du secteur dans la période actuelle. Le même jour, Florence Lustman, la présidente de la Fédération française de l'assurance (FFA), défendait l'effort de solidarité des compagnies dans une interview au Figaro. Récapitulatif de cet engagement progressif, voire poussif selon certains, en cinq chiffres clés.

  • 400 millions d'euros de participation au fonds de solidarité

Après de nombreux appels du pied de Bercy, le secteur, par la voix de la FFA, s'est engagé, le 23 mars dernier, à alimenter le fonds de solidarité mis en place par l'Etat pour les TPE et les indépendants à hauteur de 200 millions d'euros. La participation de chaque assureur s'est faite selon une clé de répartition basée sur leurs chiffres d'affaires respectifs (21 millions d'euros pour Axa, 14 millions d'euros pour Groupama, 5,2 millions d'euros pour la Macif et 4 millions d'euros pour la Maif pour n'en citer que quelques uns). Insuffisant selon plusieurs membres du gouvernement."200 millions d'euros c'est une somme symbolique à l'échelle de la place", abonde un fin connaisseur du secteur. Pour rappel, le chiffre d'affaires cumulé de la place (c'est-à-dire la somme des primes acquises brutes) s'établissait à 302 milliards d'euros, selon les données du régulateur (ACPR), en hausse annuelle de 3%.

Lire aussi : Le PDG d'Axa plaide pour un "régime d'assurance pandémie" mutualisé

Face à cette pression croissante, les acteurs ont finalement décidé de doubler leur participation pour la porter à hauteur de 400 millions d'euros. Le fonds de solidarité, également alimenté par les régions, s'élève désormais à 7 milliards d'euros. L'assurance est le seul secteur à l'avoir alimenté de manière collective.

  • 3 milliards d'euros d'impact pour le secteur

Face aux attaques dirigées vers la profession, Florence Lustman a défendu, dès le 2 avril, l'engagement des assureurs dans une tribune publiée sur le site de la FFA. Elle y récapitule les mesures prises collectivement (maintien des garanties malgré les retards de paiements, report des loyers, indemnisations journalières des personnes fragiles) et à titre individuel, via notamment des opérations de dons.

"Si l'on prend toutes ces mesures et les effets directs de la crise, l'impact pour l'assurance se chiffre déjà à plus de 3 milliards d'euros", affirme-t-elle.

En effet, même si l'assurance n'est pas le secteur le plus impacté par la crise économique liée à l'épidémie de coronavirus, les acteurs s'attendent à une hausse de la sinistralité avec l'augmentation des arrêts de travail, des consultations et des dépenses médicales pour les personnes nécessitant d'être hospitalisées. Les assureurs qui s'adressent à une clientèle de commerçants et de professions libérales, aujourd'hui en grandes difficultés économiques, s'exposent également à une future perte de revenus en raison des primes non recouvrées qui pourraient grimper en flèche dans les mois à venir. Confinement oblige, les ventes de nouveaux contrats devraient quant à elles sensiblement ralentir. A ces impacts sur l'activité technique des assureurs, s'ajoutent les conséquences des mouvements de marché sur la gestion de leurs actifs.

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  • 100 millions d'euros de primes auto reversées

Parmi les différentes mesures individuelles, le groupe mutualiste Maif s'est distingué en s'engageant, le 2 avril dernier, à reverser 100 millions d'euros à tous ses sociétaires titulaires d'un contrat d'assurance automobile. "Le trafic automobile a chuté de 80%, confinement oblige. Pour un assureur comme nous, qui réalisons 50% de notre chiffre d'affaires sur cette activité, le fait d'avoir une moindre sinistralité nous fait réaliser une économie mensuelle de 50 millions d'euros sur les coûts techniques. Nous avons projeté cette évaluation sur huit semaines de confinement. Ce sont des économies réalisées par la collectivité des sociétaires. Il nous a paru normal et naturel de proposer que ces 100 millions d'euros d'économies soient redistribués aux sociétaires", avait détaillé à La Tribune Dominique Mahé, le président de l'entreprise niortaise.

Une semaine plus tard, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a appelé les autres assureurs à faire un geste suite à la baisse des accidents de voitures.  "Il y a eu moins d'accidents de la circulation, moins de sinistres, donc moins de primes d'assurance à payer", a-t-il résumé sur Europe 1. Lors d'une réunion en téléconférence avec les acteurs du secteur, le Premier ministre Edouard Philippe aurait suggéré que l'argent des sinistres qui n'ont pas eu lieu soit rendu aux assurés.

Le même jour, le groupe Matmut indiquait geler ses tarifs d'assurance automobile pour les 20 prochains mois et reverser aux personnes en situation de recherche d'emploi ou qui subiraient une perte d'emploi une remise de 75 euros, soit l'équivalent de deux mois de cotisation en moyenne.

"Des réflexions similaires sont en cours et on peut s'attendre à d'autres annonces d'acteurs importants dans le domaine de l'assurance automobile", estime Jean-Christophe Gard, directeur associé du cabinet de conseil BCG.

Lire aussi : Assurance: les sociétes françaises appelées à geler leurs dividendes

Florence Lustman prévient toutefois qu'il n'y a pas d'accord de place. "Toutes les compagnies d'assurance ne seront pas en capacité de rendre l'argent des primes auto car elles devront faire face à une hausse des sinistres dans d'autres branches", indique-t-elle dans les colonnes du Figaro.

  • 500 millions d'euros de remises commerciales

Toutefois, selon les dernières déclarations de Bruno Le Maire faites ce mardi 14 avril, les assureurs se sont engagés à reverser 500 millions d'euros de remises commerciales à leurs clients, notamment par le biais de diminution de primes d'assurance. Axa va ainsi redistribuer deux mois de cotisations à ses clients artisans, commerçants, professions libérales et entreprises, contraints de cesser leur activité du fait d'une fermeture administrative. "Au total, 200 millions d'euros seront redistribués à nos clients", indique l'assureur.

  • 1,5 milliard investis dans les PME et les ETI de la santé

C'est la dernière mesure phare prise par le secteur. Elle s'inscrit davantage dans une logique de reconstruction et d'investissement de long terme. Les assureurs prévoient d'investir 1,5 milliard d'euros dans les PME et les ETI. "Notamment celles du secteur de la santé, qui a des besoins criants", précise Florence Lustman, confirmant une information du journal Les Echos. La Caisse des dépôts et consignations assurera la coordination générale de cette initiative en s'appuyant sur des fonds de place déjà existants. De nouveaux pourraient également être créés. Les fonds concernés sont les fonds Novo, Novi et Nova. Ces derniers ont été créés il y a quelques années avec l'appui de la Caisse des dépôts pour investir en dette et/ou en capital dans des PME et ETI cotées et non-cotées, explique le journal économique.

"Je pense que c'est une bonne proposition. Nous allons l'étudier aujourd'hui avec le Premier ministre. Cette proposition montre que les entreprises assurantielles s'engagent plus dans la solidarité", a commenté Bruno Le Maire sur RMC/BFMTV.

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Commentaires
a écrit le 17/04/2020 à 18:41 :
Bonjour,

L’attitude des assurances est révoltante ;
Nous payons déjà énormément d’assurance , la pandémie fait partie des «  cas catastrophiques ou catastrophe «  qui font parti de tous les contrats d’assurance de manière «  légale « 
Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence donc la pandémie est un état urgente et catastrophique.

Bien Cordialement
Bon week-end à tous et à toutes
a écrit le 16/04/2020 à 9:32 :
Dans une société a quoi peuvent servir les assurances si elle ne veulent pas participer aux risques ? Une espèce de loterie sans efficacité ? on ponctionne sans reverser ? Quelle est l’intérêt, l'utilité de ces structures pour la société ? A quoi ça sert de cotiser si l'on est mécaniquement largement perdant tant sur le plan individuel que collectif ? Les particuliers et les entreprises vont payer très chère cette crise. Les banques ont perçu 2000 milliards en début de crise et rechignent à prêter, pas donner, prêter l'argent qu'on leur a donné. Le CA des assurances n'est absolument pas impacté pendant cette crise puisque nous continuons à payer nos assurances et elles ne daignent participer qu'a hauteur de 400 millions alors que leurs CA se comptent en centaines de milliards ! A collectivement, quel est le role d'un assureur . Quel est l’intérêt pour une société de conserver de tel structures qui à l'évidence ne servent à rien....Quel est l’intérêt individuel comme collectif de payer cher une assurance qui de toute façon n'assure pas ?
a écrit le 15/04/2020 à 13:39 :
L'actuel régime des catastrophes naturelles est perverti dans la mesure où il relève plus de décisions politiques que de risque assurantiel.
En effet le classement en cat.nat. relève du pouvoir politique qui en période électorale est plus prompte à publier le décret de classement en cat.nat. !!!
a écrit le 14/04/2020 à 19:29 :
Une catastrophe naturelle à indemniser par les assureurs. Pas de problème. Ils augmentent vos cotisations pour cela. Mais ensuite cette augmentation qui a servie à couvrir ces dégâts n'est pas supprimée l'année suivante. Les assureurs tout pour leur poche. Pas belle la vie!
a écrit le 14/04/2020 à 17:02 :
Un très mauvais procès fait aux compagnies d'assurances, qui assurent les risques qu'elles connaissent (qu'elles sont capables de comprendre et pour lesquels elles ont des données) et ne couvrent pas des risques pour lesquels elles n'ont pas signé de contrats avec des assurés, et pas touché de primes. Le gouvernement est de mauvaise foi dans cette affaire, promettant des milliards au peuple et aux entreprises, pour ensuite aller forcer la main, avec des pratiques qui s'apparentent à du chantage, à des sociétés privées, les compagnies assurances, les banques, ... qui remplissent strictement leurs obligations. Il faut que cela cesse!
Réponse de le 15/04/2020 à 8:33 :
Les assureurs font tout pour ne pas payer les risques mentionnes dans les contrats! Vous avez raison: ils doivent commencer par payer TOUT risque deja present dans les contrats.
Outre cela, ils assurent les risques sur le chiffres d'affaires des entreprises. Celui-ci est mentionne dans les contrats. Qu'ils le payent alors, pas chipoter.
La pandemie est un risque sur le chiffres d'affaires. Pas besoin de le mentionner specifiquement. Y a baisse de chiffre d'affaires, ils payent!. Pas demeader un nouveau risque a facturer.......
a écrit le 14/04/2020 à 16:57 :
Il n'y a qu'une seule question qui vaille. Est-ce que oui ou non les secreurs de la banque et de l'assurance sont véritablement cloisonnés. Si oui, ça ne sera pas facile, mais avec un appui de l'Etat le secteur de l'assurance jouera son role. Si non, quand la DeutchBank va se ramasser entre autre a cause de ses subprimes 2008 qui vont lui exploser au nez en même temps que le marché immobilier, et bien les assurés pourront toujours faire la queue pour obtenir des indemnisations auprès de compagnies en faillites.....je vous laisse deviner ce que les premiers de cordée du libéralisme anglo saxon ont choisi comme solution....
a écrit le 14/04/2020 à 16:29 :
c'est les élus et l'état qui font des conneries et qui ensuite demandent aux autres de payer l'addition.

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