En pleine crise bancaire, Dexia joue sa survie

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Fitch Ratings a annoncé mardi avoir abaissé la note de viabilité de Dexia de "BB" à "B+" au nom de l'impact de la dégradation de l'environnement opérationnel sur les faiblesses structurelles de la banque. Entre cessions d'actifs imposées par la Commission européenne et rumeurs de démantèlement de ses activités de financement des collectivités locales, l'établissement vit des jours difficiles. Son modèle semble dépassé.

Le président du conseil d'administration de Dexia, Jean-Luc Dehaene, a souligné ce mardi dans un communiqué que "contrairement à certaines rumeurs, le conseil d'administration et les actionnaires de Dexia, qu'ils soient publics ou privés, excluent tout scénario de scission du groupe". "Il est de la responsabilité de l'ensemble des actionnaires du groupe de gérer l'héritage du passé et d'assurer son avenir", a-t-il poursuivi.

Depuis que la Commission européenne lui a imposé, à la fin 2008, une restructuration massive en contrepartie d'un sauvetage par les Etats français, belge et luxembourgeois, Dexia vit sur le fil du rasoir. Minée par des actifs toxiques hérités de la crise et par des activités pas assez rentables par rapport aux fonds propres qu'elles consomment, la "banque des collectivités locales" a déjà été contrainte de réduire son bilan de 73 milliards d'euros, à 518 milliards à fin juin. Elle a aussi cédé des activités dans une dizaine de pays, aux Etats-Unis, au Japon, au Mexique, en Europe centrale, en Europe de l'Est ou en Australie. Pour la seule année 2011, 24,5 milliards d'euros ont été cédés.

Mais Dexia souffre toujours d'un besoin de financement à court terme de 96 milliards d'euros. C'est certes 160 milliards d'euros de moins qu'en 2008, mais c'est assez pour maintenir la banque sous tension dans les conditions de marché actuelles. Ce mardi, Fitch Ratings a d'ailleurs annoncé avoir abaissé la note de viabilité de Dexia de "BB" à "B+" au nom de l'impact de la dégradation de l'environnement opérationnel sur les faiblesses structurelles de la banque.

Pour éviter de revivre le cauchemar d'il y a trois ans, l'établissement veut céder son portefeuille obligataire d'actifs toxiques le plus rapidement possible, tout en limitant ses pertes. Selon Les Echos de lundi, la banque franco-belge envisage de céder 20 milliards d'euros d'actifs, tout en concédant un manque à gagner de 10%. Une opération qui lui ferait perdre 2 milliards d'euros mais maintiendrait au-dessus de 9% son ratio de fonds propres les plus fiables ("Core Tier One"). Cette somme de 20 milliards "ne correspond pas aux objectifs du groupe, qui ne souhaite du reste pas communiquer sur ce point", a commenté Dexia ce lundi, ce qui n'a pas empêché le titre de regagner 6,56%.

Un autre moyen de réduire son bilan serait d'extérioriser les crédits accordés aux collectivités locales, ce qui lui permettrait de l'alléger de 80 milliards d'euros. Une rumeur récurrente depuis plus de deux ans, relayée ce week-end par Le Figaro, indiquait que Dexia, la Caisse des dépôts et La Banque postale négocient la création d'un nouvel établissement public spécialisé dans le financement des collectivités locales. Dexia se refuse à "tout commentaire sur les hypothèses de discussions invoquées dans la presse".

Une chose est sûre : la période n'est pas propice au financement des collectivités locales. Pour Pierre Mariani, administrateur délégué de Dexia, nommé dans la crise de 2008 : "nous allons vers une modification profonde de la structure du financement des collectivités locales. Les prêts à 25 ans ne seront dans le futur plus des produits possibles pour les banques." "Il y a un très fort ralentissement des activités de crédit aux collectivités locales, dû notamment au coût très élevé de la liquidité", ajoute-t-il.

Depuis que Pierre Mariani est arrivé à la tête de Dexia, la stratégie de financement des collectivités locales de Dexia a pris un virage clair : il y a un avant et un après Mariani. Avant, Dexia prêtait massivement aux collectivités en dégageant de faibles marges. Après, la banque a réduit le volume de ses lignes de crédits aux collectivités et a développé des activités plus traditionnelles comme le crédit-bail ou l'assurance. Dexia détient pourtant toujours 40% des encours totaux de crédits aux collectivités locales en France, mais ne réalise plus que 15% des affaires nouvelles.

La banque, pour survivre, est à la recherche d'un nouveau modèle, plus équilibré, moins dépendant des financements de marché : les métiers du groupe Dexia sont réorganisés autour de trois activités : la banque de détail et commerciale en Belgique, au Luxembourg et en Turquie ; le financement des acteurs publics et parapublics en France, en Belgique, en Italie, dans la péninsule Ibérique et en Allemagne ; et enfin, les activités de gestion d'actifs, de services aux investisseurs et d'assurance. Plus grand-chose à voir avec la vieille CAECL, devenue Crédit Local de France, qui se rêvait en grand acteur de la finance française au bon temps des années 1990.

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a écrit le 28/09/2011 à 14:20 :
La pression du français Fitch sur Dexia est on ne peut plus claire. L'on pourrait voir La Banque Postale se rapprocher du groupe par la prise de 50 %. Cet ensemble rejoindrait ensuite le réseau du LCL pendant que CA et SG se rapprocheraient sous la houlette de la structure Amundi devenue holding et prenant en charge la totalité du back office et de la gestion AM. Concernant la partie assurances Groupama pourrait rejoindre Covea puis fusionner avec Pacifica pour constituer un ensemble cohérent intégré. La CNP sortirait ensuite pour rejoindre BPCE/CIC. Dexia aurait alors ainsi remboursé l'argent pris aux communes françaises par une décote d'une partie de ses actifs vendus à d'autres banques qui ensuite faciliteraient les règlement du dossier des emprûnts pourris des municipalités.
a écrit le 28/09/2011 à 7:38 :
Dexia, Crédit Lyonnais, Fortis, etc...on ne peut pas dire que les français et les belges sont les rois de la banque, sans le contribuable (et les petits épargnants), c'était le plongeon. Mais rassurons nous les anglais ça été pire et les les banques américaines ne doivent leur survie qu'à la "folle" planche à billet de la FED et là également au contribuable américain enfin le petit contribuable car les "gros" on ne sait plus où ils sont...enfin si mais pas touche.
a écrit le 27/09/2011 à 19:16 :
Le système bancaire est en lambeaux, il est quasi mort, mort de goinfrerie, d'indigestion de produits toxiques. Les banquiers ont eu les yeux plus gros que le ventre, il se sont quasiment suicidés en créant eux mêmes les produits qui les ont démoli. Les banques sont en état de survie artificielle, sous perfusion permanente des banques centrales qui leur injectent des liquidités illimitées. Et on assiste à de l'acharnement thérapeutique. Il est temps de réaliser la triste vérité : le patient est mort. La finance ultralibérale est morte de ses propres contradictions.
a écrit le 27/09/2011 à 18:52 :
Qu'a fait la France pour éviter cette débâcle, elle qui détient plus de 40% du capital en comptant les participations de l'Etat, de la Caisse des Dépôts et Consignations, de CNP Assurances et du Holding Communal, alors qu'elle a participé en 2008 au plan de sauvetage de 6,4 milliards d'euros de Dexia, minée par la crise des subprimes ? Le contrôle du gouvernement a été insuffisant, sinon inexistant. Il aurait permis de mettre au jour et de réduire les deux facteurs de risques qui menacent aujourd'hui l'existence de la banque franco-belgo-luxembourgeoise : l'accumulation de dettes souveraines à hauteur de 120 milliards (principalement de pays en difficulté) et les prêts toxiques aux collectivités locales, qui rappellent par certains côtés les méthodes scélérates des subprimes. Quelles soient les solutions de sauvetage retenues, il est à craindre qu'in fine ce seront les contribuables qui supporteront financièrement les insuffisances de la banque et de l'Etat.

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