Notées par les investisseurs, les agences de notation obtiennent la mention "passable"

Les investisseurs souhaiteraient que la responsabilité des agences puisse être mise en cause plus facilement. Une majorité d'entre eux se dit également favorable à un changement du modèle de rémunération des agences. Plus de huit investisseurs sur dix ont déjà considéré que certaines notes étaient manifestement surévaluées.
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Les résultats du sondage commandé par le Sénat sur les agences de notation donne une idée de l'ambivalence des rapports entre les investisseurs et les Big Three (Moody's, Standard & Poor's et Fitch). Obligés de tenir compte de notes qui tiennent lieu de référence sur les marchés et souvent bien contents de bénéficier d'une évaluation gratuite de la solvabilité d'un émetteur, les investisseurs ont aussi conscience des imperfections du système. En témoigne la note attribuée aux agences par les 352 professionnels interrogés par l'Ifop : 2,9 sur 5. Moody's, Standard & Poor's et Fitch obtiennent donc la moyenne, mais leur mention est juste « passable ». Un comble lorsque l'on sait que la plupart des réglementations et des politiques d'investissement, censées limiter les prises de risque des banques ou des gérants, reposent, de façon quasi religieuse, sur les notes attribuées par ces agences.

Une confiance dégradée...
Suite aux polémiques de ces dernières années, près de la moitié des sondés ont modifié la confiance qu'ils portaient aux agences sur la dette souveraine (47%) et les produits structurés (46%). Ce que le sondage ne dit pas en revanche, c'est si l'autre moitié des investisseurs a conservé un niveau de confiance élevé ou si, avant la crise des subprimes, ils considéraient déjà les ratings avec une certaine circonspection.

...mais une image qui reste globalement positive
Cette confiance toute relative dans les agences se retrouve dans l'opinion des investisseurs. Elle est à 59 % positive. Un score « à la fois élevé si on pense au scandale encore récent des subprimes », et « faible » au regard du « rôle essentiel des agences dans le fonctionnement des marchés » soulignent la présidente et le rapporteur de la mission d'information sur les agences de notation du Sénat, Frédérique Espagnac et Aymeri de Montesquiou.

Des notes manifestement surévaluées
Par ailleurs, 84 % ont déjà considéré que certaines notations étaient manifestement surévaluées. Difficile dans ces conditions de balayer la polémique récurrente de ces dernières années : qu'il s'agisse des subprimes ou des dettes souveraines, les agences ont souvent été accusées de maintenir trop longtemps des notes surévaluées pour ensuite les dévaluer brutalement dans l'urgence.

Changer de modèle : les investisseurs prêts à mettre la main à la poche ?
Les régulateurs et les politiques ne sont visiblement pas les seuls à penser que l'influence des trois grandes agences est excessive et que leur mode de fonctionnement pose problème. 64 % des professionnels interrogés souhaiteraient plus de concurrence sur le marché de la notation et 74 % d'entre eux sont massivement favorables à un financement de la notation par les investisseurs. « Ceci mesure l'ampleur du changement souhaité : il est rare que des utilisateurs souhaitent payer alors que le service qui leur était offert est gratuit », soulignent les sénateurs.
En revanche, seuls 41% des investisseurs jugent « souhaitable » que les règlementations internes et externes ne fassent plus référence aux notations des agences. Les nouvelles directives internationales de Bâle III, destinées à rendre le secteur financier plus sûr, adoptées en 2010 et qui vont entrer progressivement en vigueur, à partir de 2013 et d'ici 2019 font référence à ces notations.

Faciliter la mise en cause de la responsabilité des agences
Les investisseurs ont une autre attente. Ils souhaiteraient que Fitch, Moody's, Standard & Poor's, et les autres puissent être considérés comme responsables juridiquement. Huit sondés sur dix considèrent qu'il faudrait « faciliter la mise en cause de la responsabilité des agences ». Plus de la moitié (63%) estime que l'on pourrait dans ce but aligner leur régime sur celui des commissaires aux comptes Auditionné mardi par la mission du Sénat, Michel Aglietta, professeur d'économie à l'Université Paris X-Nanterre avait jugé « invraisemblable que des entités qui font en quelque sorte la pluie et le beau temps sur les marchés n'aient aucune responsabilité juridique ».

Le rapport complet publié après les législatives
La mission d'information du Sénat rendra son rapport sur les agences de notation autour du 20 juin. Au-delà de la réglementation en cours d'élaboration à Bruxelles - jeudi, la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen doit se prononcer sur un nouveau volet de la réforme des agences, lequel devra ensuite être adopté en séance plénière le 2 juillet -, les sénateurs espèrent pouvoir « fournir des éléments de proposition au gouvernement en vue du G20 de cet automne ».

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Commentaire 1
à écrit le 08/06/2012 à 14:56
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quand on parle des "Big Three " ce sont les trois grands constructeurs auto americans: ford-gm-chryler

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