Le relèvement du taux des livrets réglementés représente pour les épargnants une rémunération supplémentaire de l’épargne de 5,7 milliards d’euros en année pleine. Mais il pourrait également provoquer des arbitrages en défaveur des dépôts à vue et de l’assurance-vie, ce qui risque d’alourdir la facture pour les banques. Décryptage.
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a donc confirmé vendredi le relèvement à 3 % du taux du Livret A, à partir du 1er février, proposé plus tôt par la Banque de France. Cette hausse est cependant inférieure à la stricte application de la formule de fixation de ce taux tous les six mois, et qui aboutissait à 3,3 %. Le gouverneur de la Banque de France a tout le loisir de déroger à cette formule en cas de « circonstances exceptionnelles ».
Le gouverneur a justifié ce choix pour ne pas (trop) déstabiliser le financement du logement social, assis sur les ressources du Livret A, mais aussi pour éviter tout mouvement d'épargne trop brusque en faveur du livret. Sans compter le coût que représente cette hausse pour les banques, qui centralisent 40% de l'encours des livrets réglementés. En revanche, la banque centrale et Bercy ont accepté que la formule soit pleinement appliquée au Livret d'épargne populaire (LEP) dont le rendement est ainsi porté à 6,1%, soit une rémunération supérieure à l'inflation (5,2% en moyenne en 2022).
Un surcoût de 2 milliards d'euros pour les banques
La décision n'est pas neutre. Selon les calculs de la Fédération bancaire française (FBF), sur la base de l'encours fin décembre 2022, le relèvement à 3 % du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) et celui du LEP à 6,1% représente, en année pleine, un surcroît de rémunération d'épargne de 5,7 milliards d'euros. Dont 2,28 milliards d'euros à la charge des banques.
C'est la première fois depuis 2009 que le taux du Livret A est aussi élevé mais son rendement réel reste négatif. Toutefois, ce taux de 3 % - soit une hausse de 250 points de base en un an - pourrait bien bouleverser la hiérarchie des produits d'épargne des ménages, avec en ligne de mire les dépôts à vue, encore très importants, et le fonds en euros de l'assurance.
« Le Livret A occupe une place à part dans l'imaginaire des épargnants », souligne ainsi Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne. Avec 55 millions de livrets en circulation, il est de loin de le produit d'épargne le plus distribué, même si son encours (370 milliards d'euros) le place loin derrière l'assurance-vie (1.856 milliards fin novembre, selon France Assureurs, dont 1.374 milliards placés dans un fonds en euros). Il est surtout un repère, une référence en matière de rémunération de l'épargne.
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