« Bpifrance veut aussi être une Fintech »

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Bpifrance est une banque privée à capitaux publics et mission d'intérêt général insiste son patron, Nicolas Dufourcq. Après avoir incité grands groupes et ETI à opérer leur mue digitale, il engage l'établissement dans sa propre transformation.
"Bpifrance est une banque privée à capitaux publics et mission d'intérêt général" insiste son patron, Nicolas Dufourcq. Après avoir incité grands groupes et ETI à opérer leur mue digitale, il engage l'établissement dans sa propre transformation. (Crédits : BPI)
La banque de la French Tech, qui a dégagé un bénéfice net record de 1,3 milliard en 2017, veut opérer sa propre transformation numérique pour mieux servir les milliers de TPE et PME françaises. La banque publique, mais "de droit privé" insiste son directeur général Nicolas Dufourcq, défend son modèle atypique et son droit à ne pas seulement combler les failles du marché.

La banque publique d'investissement (Bpifrance) cultive sa différence. Lors de la présentation des résultats annuels  ce mardi, le directeur général, Nicolas Dufourcq, a insisté sur le caractère atypique de cette banque « pas tout à fait comme les autres, certainement pas une administration ou une caisse. » Née fin 2012 du rapprochement d'Oséo, de CDC Entreprises, du FSI et du FSI Régions, l'entité détenue à 50% par l'État et à 50% par la Caisse des Dépôts à travers un établissement public Epic, est « une banque privée à capitaux publics et à mission d'intérêt général » fait-il valoir : Bpifrance est une compagnie financière au statut de société anonyme. « La Banque centrale européenne (BCE) a mis un peu de temps à s'habituer à cet animal un peu particulier », qui ressemble, selon lui, « un peu au groupe Paribas des années 1980 avec la Compagnie bancaire et la maison Paribas pour le private-equity [capital-investissement] : les banques à actionnariat privé doivent rendre un rendement élevé et ne peuvent plus avoir d'importante activité de private-equity, c'est aussi pour cela que Bpifrance a été créée » a-t-il analysé.

« Bpifrance est souvent perçue comme la banque de la French Tech, des startups. Ce n'est que partiellement vrai : cela ne représente que 10% de nos actions. Nous soutenons les TPE et PME, nous finançons une ETI sur trois, nous faisons du crédit aux grandes entreprises, Engie est notre première contre-partie car le groupe rachète les développeurs d'énergies renouvelables. L'activité de l'ex-FSI relève plutôt de l'investissement du portefeuille des Français  » a souligné Nicolas Dufourcq.

Les plus-values de cession ont d'ailleurs dopé les résultats de Bpifrance, qui a dégagé un bénéfice net record de 1,36 milliard d'euros (+88%), dont 883 millions de gains sur la vente de participations dans Schneider, Eiffage et Technip (plus-value technique liée à sa fusion avec FMC, sans sortie effective), pour des revenus de 2,32 milliards (+49%).

Data et IA

Aiguillon des grands groupes et PME pour accélérer leur transformation de l'intérieur, notamment face aux enjeux du numérique, Bpifrance doit aussi évoluer. La banque des startups, qui met en avant son taux de recommandation « exceptionnel » (+42), proche de celui des banques en ligne (ING et Boursorama), va devoir moderniser son activité et opérer sa propre transformation numérique, dans le cadre du chantier Bpifrance Digital.

« On veut aussi être une Fintech. Nous avons 2.500 salariés, nous n'en aurons jamais 8.000. La seule solution pour atteindre des milliers de TPE c'est le digital. Il nous faut une expérience client à la hauteur de celle de tous les Amazon de la Terre » a décrit le directeur général.

Bpifrance est elle-même au capital de startups de la finance, comme Younited Credit, Tinubu Square et Kyriba, et partenaire d'IbanFirst et Kantox par exemple.

Lire aussi : C'est quoi une Fintech ?

Le site de Bpifrance, qui se cantonnait à l'information, a commencé à proposer du « transactionnel » (des services bancaires en ligne). La banque publique compte s'appuyer sur les données pour améliorer sa connaissance du client : « avec le digital, on en saura plus sur sa comptabilité, on va pouvoir suivre ses flux, son quotidien. Nous allons faire travailler nos algorithmes d'intelligence artificielle sur la data client et mettre nos clients en relation les uns avec les autres. C'est notre rêve » a confié Nicolas Dufourcq.

Pas un nouveau Crédit Lyonnais

Cinq ans après sa création, Bpifrance prépare son nouveau plan stratégique pour les années 2020, en s'appuyant sur « le modèle résilient d'une banque frugale et très profitable, qui peut traverser les crises. Quand les critiques demandent comment ne pas faire un nouveau Crédit Lyonnais, nous répondons qu'il faut une politique du risque implacable, c'est ainsi que BPI est pilotée » a défendu son directeur général.

« Il n'y aura aucun changement de business modèle, mais nous allons pousser les lignes de l'accompagnement des entreprises, de la montée en puissance à l'international, du soutien aux TPE et attaquer la Deep Tech, tout ce qui touche à l'intelligence artificielle, à la recherche des universités et qui nécessite beaucoup de capitaux » a dessiné le dirigeant au débit mitraillette.

Le directeur général a défendu la nécessité d'être présent sur tout le continuum de financement.

« Il y a eu des débats en décembre, lors de la préparation de la loi Pacte. L'idée de spécialiser notre activité sur compte propre sur les seules failles de marché n'a pas de sens, car cela le conduit à être déficitaire. Nous défendons le métier de banquier du coin de la rue, de médecin de campagne qui traverse les crises : pour cela il faut être bénéficiaire. »

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Commentaires
a écrit le 21/03/2018 à 16:45 :
BPI est un organisme d'etat qui doit financer les entreprises française. la on voit clairement que c'est génies de BPI n'ont pas compris que les Français ne finance pas les entreprises publique tel que BPI pour creer des starts up publique...
a écrit le 21/03/2018 à 12:02 :
Ils ont des gros progres à faire .Si l'etat ne les soutient plus ça va saigner.j'ai eu affaire 2 fois à la BPI , des incompetens.La seule chose qui les interesse , les sociétés en bonne santé mais surtout pas celles qui innovent.Alors moi je suis allé en chine ça marche et je n'ai plus besoin de la BPI
Monsieur Lemaire faites le menage dans ce gruiyere qui a de gros trous et ou les souris sont bien au chaud.

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