Le 23 juin 2016, une courte majorité de Britanniques décidait de voter en faveur du Brexit. Un an après, La Tribune dresse le bilan de douze mois mouvementés, ponctués par le début officiel des négociations entre le Royaume-Uni et l'UE.
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« Keep calm and carry on » (restez calme et continuez): la devise britannique de la Seconde Guerre mondiale, remise au goût du jour et à toutes les sauces en particulier dans le monde des startups ces dernières années, s'applique parfaitement à la communauté financière londonienne. De l'historique City aux gratte-ciel de Canary Wharf, le plus important pôle financier d'Europe, et du monde selon certains classements, n'est ni déprimé ni en perte de vitesse. A l'image des marchés boursiers, qui s'étaient redressés après une réaction de panique au lendemain du référendum sur le Brexit, le flegme et le moral sont revenus.
Parce que Londres est convaincue de rester à l'avenir un centre financier incontournable, de par la langue et la concentration de talents, et que l'idée d'un divorce de l'UE a séduit jusque dans les rangs de cette élite libérale mondialisée.
Cet optimisme à toute épreuve a quelques raisons objectives. Aucun départ majeur ni délocalisation massive n'ont encore été annoncés par les plus grandes banques d'affaires et d'investissement de la place. Pas de "Brexodus".
C'était en effet la principale crainte au lendemain du vote. La priorité de TheCityUK, le lobby des professionnels de la finance, était en juin dernier de « garder les emplois et les investissements » et de « sécuriser le maintien de l'accès au marché unique. » Sortir de l'Europe c'est le risque, pour les banques britanniques et non-européennes (américaines, japonaises, etc) implantées au Royaume-Uni, de perdre le « passeport européen » qui leur permet de servir les clients de toute l'Union avec le seul agrément des autorités britanniques : elles ne pourraient plus démarcher les clients européens (entreprises, grandes fortunes, Etats, etc) depuis Londres. Les équipes de conformité pourraient aussi devoir être localisées dans l'Union, sous la supervision des autorités européennes.
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Pragmatiques, presque tous les grands établissements concernés ont immédiatement mis en place des « Brexit taskforces » pour étudier les plans B : créations de succursales, demandes de licences bancaires ou de trading, déménagements partiels de précaution à Dublin, Francfort, Luxembourg, Amsterdam, voire Paris.
Les décisions de relocalisation commencent tout juste à être annoncées : Goldman Sachs a choisi Francfort et pourrait y transférer plusieurs centaines de personnes, voire un millier. JP Morgan envisage de doubler ses effectifs à Dublin et Amsterdam (plusieurs milliers potentiellement, jusqu'à 4.000 évoqués par le PDG Jamie Dimon il y a plusieurs mois). HSBC est la seule à avoir officiellement opté pour Paris (elle possède le CCF) où elle compte bouger 1.000 personnes. Peut-être moins en cas de « Brexit soft » a laissé entendre récemment un dirigeant de la banque britannique.
Rien de catastrophique à ce jour au regard des dizaines de milliers de personnes employées dans la banque et les marchés à Londres et ses environs (entre 750.000 et un million de travailleurs au total). Selon un rapport de l'institut Bruegel, les cinq premières banques d'investissement américaines comptent plus de 80% de leurs effectifs européens au Royaume-Uni. Les estimations de l'impact du Brexit sur l'emploi dans la finance outre-Manche sont extrêmement larges, de 30.000 jobs perdus selon le cabinet de conseil Oliver Wyman à 70.000 selon PwC et 83.000 selon EY. Le patron du London Stock Exchange Group (LSEG), le Français Xavier Rolet, avait estimé à au moins 100.000 le nombre d'emplois, directs et indirects, menacés dans la compensation à la City à cause du Brexit. Il est récemment monté à 230.000 en citant un rapport du Trésor britannique.
L'activité de compensation (l'échange technique des titres après avoir été négociés en Bourse) constitue en effet un énorme business et un point de crispation dans les discussions avec la Commission européenne. Invoquant le risque systémique pour la stabilité financière de l'UE, Bruxelles a brandi la menace d'imposer la relocalisation au sein de l'Union de la compensation des dérivés libellés en euro, dont les trois quarts sont traites à Londres, via une filiale du LSEG (LCH.Clearnet).
La City semble en réalité s'être fait une raison à l'idée d'une séparation et d'une perte, partielle ou totale, du "passeport européen" - aux effets « surestimés » selon les Eurosceptiques. Elle a elle-même son plan B et tourne déjà son regard ailleurs. Vers les pays émergents, dont certains faisaient partie de l'ancien empire britannique (Inde, Nigeria, Malaisie), font remarquer les nostalgiques qui rêvent d'un Royaume-Uni retrouvant son rayonnement d'antan, une "Global Britain" beaucoup moins tournée vers le nombril européen. Et un paradis fiscal à la Singapour, avec une politique très ouverte à l'innovation et à l'investissement - même si ce modèle fantasmé de laisser-faire est un leurre.
Le Brexit pourrait ainsi constituer « l'opportunité d'une génération », a fait valoir fin janvier le lobby de la City dans un rapport d'une quarantaine de pages, dans lequel les milieux de la finance soumettent leurs recommandations au gouvernement. Le changement de ton est saisissant :
L'association professionnelle encourage la signature d'accords commerciaux multilatéraux et enjoint le gouvernement de « prendre un rôle de leader mondial dans les sujets du XXIe siècle comme les données et leur localisation, la cybersécurité et la Fintech », ces startups de la finance dont Londres compte quelques unes des plus importantes en Europe (Funding Circle, TransferWise, Atom Bank, Nutmeg, etc). Pas de défection non plus pour l'instant chez ces jeunes pousses prometteuses, bien intégrées à l'écosystème financier (capital-risque, incubateurs, corporate ventures) de la capitale britannique.
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