En plein recentrage, Deutsche Bank navigue vers une nouvelle perte abyssale

 |   |  615  mots
(Crédits : SIMON DAWSON)
L'ancien fleuron de la finance allemande a affiché une perte nette de 859 millions d'euros au troisième trimestre de l'année. Aucune éclaircie n'étant attendue au dernier trimestre, l'établissement se dirige tout droit vers un bilan annuel des plus noirs, avec une perte de 4,3 milliards d'euros selon le consensus cité par Bloomberg.

Deutsche Bank a ressenti au troisième trimestre les effets de son vaste plan de restructuration annoncé en juillet, qui devrait lui valoir une forte perte sur l'année, bien qu'elle s'estime en voie de redressement. De juillet à septembre, la perte nette du groupe a atteint 859 millions d'euros, portant le cumul annuel à -3,87 milliards d'euros.

Aucune éclaircie n'étant attendue au dernier trimestre, sur fond de taux au plus bas et de poursuite des effets du plan de restructuration, la banque se dirige tout droit vers un bilan annuel des plus noirs, avec une perte de 4,3 milliards d'euros selon le consensus cité par Bloomberg. Mais comme l'essentiel des charges devait se concentrer sur 2019, "nous travaillons en vue d'une année 2020 à l'équilibre ou au-delà", a promis le directeur financier James von Moltke lors d'une conférence téléphonique.

L'établissement avait dégagé un maigre gain de 300 millions d'euros l'an passé, qui faisait suite à trois années de lourdes pertes, dont la pire de son histoire en 2015, à 6,8 milliards d'euros, en raison des sentences judiciaires records sanctionnant ses excès dans la banque d'investissement.

Pertes de recettes

Cette division, jadis navire amiral de la banque et devenue son nid à problèmes, est la plus visée par le plan sans précédent annoncé en juillet, portant sur un cinquième des effectifs globaux (soit 18.000 départs) pour porter leur nombre à 74.000 d'ici 2022.

Lire aussi : Deutsche Bank s'administre un remède de cheval pour se redresser

Ce plan a déjà conduit à arrêter l'activité de négoce d'actions et pour le reste, le compartiment regroupant les émissions et le négoce d'obligations ainsi que le négoce de devises a vu ses recettes reculer de 13% sur un an. De quoi faire pâle figure à côté des rivales américaines JP Morgan ou Goldman Sachs.

"Vous vous attendez à une certaine perte de recettes lorsque vous êtes impliqué dans un repositionnement significatif de l'entreprise", a reconnu James von Moltke.

Christian Sewing, qui dirige Deutsche Bank depuis mai 2018, compte sur le plan déroulé cet été pour relancer la banque à partir d'un périmètre réduit. Le nouveau cœur du groupe doit reposer en Europe et sur la banque des entreprises, où l'établissement accompagne des PME familiales du "Mittelstand" jusqu'aux multinationales du Dax.

Cœur de métier bénéficiaire

Aussi, le groupe a mis en avant mercredi la performance de cette division et des autres qui lui assurent des recettes stables, avec la banque des particuliers, incluant la gestion de fortune, et la gestion d'actifs. Ces divisions "ont toutes dégagé un bénéfice au troisième trimestre", s'est félicité M.Sewing.

L'ensemble a apporté un résultat imposable de 353 millions d'euros, dont un solde de 64 millions d'euros dans la banque d'investissement qui affiche un recul de 73% sur un an. Cela ne pèse pas lourd à côté de la perte d'un milliard subie par une unité de défaisance où sont liquidés des actifs non stratégiques, par exemple les portefeuilles d'actions gérés pour les tiers.

L'ancien fleuron de la finance allemande comptait à fin septembre 89.958 salariés à temps plein, 1.000 de moins qu'en juin. Si 1.500 personnes ont quitté le groupe, la banque dit aussi avoir recruté près de 500 personnes, surtout des jeunes diplômés.

Faute de faire décoller ses recettes, Deutsche Bank cherche par tous les moyens à réduire ses charges. Elle a ainsi supprimé cette année le Noël offert à ses retraités, a indiqué un porte-parole confirmant une information du Handelsblatt. Les actionnaires sont eux au pain sec depuis longtemps, et voient le cours de Deutsche Bank perdre ce mercredi 5,39% à 6,83 euros.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/11/2019 à 15:10 :
depuis des années on nous a dis que les mauvaises banques
(les mauvais élèves) étaient Grecs, Italiennes, Espagnoles mais pas Allemandes ou Françaises … voila une preuve supplémentaire que les médias, les "journalistes", les politiques nous donnent des informations incomplètes, mauvaises ou fausses !!!
a écrit le 01/11/2019 à 10:31 :
La banque a été "victime" de traders pour le moins indélicats mais qui ont permis à la hiérarchie de s'assurer naguère de confortables bonus qu'on ne leur demande évidemment pas de rembourser, même si la base de leur calcul était frauduleuse voire franchement délictuelle.
Par ailleurs la DB a falsifié ses bilans de 2008 à 2010 pour masquer les pertes potentielles gigantesques liées à ses activités de produits dérivés et produits structurés en tant que contrepartie. Il est probable qu' une bonne partie des pertes affichées ces dernières années resultent de la comptabilisation progressive desdites pertes potentielles ou désormais concrétisées.
A mon avis la justice est trop clémente avec les opérateurs responsables, leur hiérarchie et bien sûr avec le équipes dirigeantes de l'époque. De sorte que cela peut encore se reproduire.
Néanmoins avec cet établissement qui a fait courir un risque systémique certain, le système financier ne s'en sort pas trop mal.
a écrit le 31/10/2019 à 18:16 :
ca sent la loi sapin 2 et une Lagarde qui vas nous soulagés de notre épargne
a écrit le 31/10/2019 à 9:12 :
Même dans le domaine bancaire qui a pourtant était la priorité de l'UE et de 'lallemagne en particulier saignant tous les citoyens européens afin d'en gaver les actionnaires, même là on est ridiculement petits face aux usa.

LE consortium européen financier n'est là que pour ralentir le déclin européen ne faisant au final que l’accentuer mais pour voir ceci encore faudrait il que les serviteurs aliénés de nos actionnaires aliénés aient envie de le leur dire, encore faudrait il qu'ils soient déjà en mesure de le voir.
a écrit le 30/10/2019 à 20:52 :
La situation est plus que sérieuse. On l'appréciera avec quelques chiffres: la première banque de la plus puissance économie de la zone euro, DB en Allemagne, vaut aujourd'hui 14 milliards d'Euros, contre, par exemple, plus de 400 milliards de dollars pour JP Morgan, plus de 100 millards de dollars pour Citigroup, plus de 75 milliards pour GS.. Qui peut croire que les efforts que l'on demande aux banques européennes n'auront pas de conséquences économiques pour l'Europe, et bien sûr politiques.. Je crois que l'Europe se perd...
Réponse de le 31/10/2019 à 15:02 :
Tout cela sent bon le sapin ! Vous avez aimé Lehman Brothers vous allez adorer la Deutsche Bank !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :