"Il faut un plan Marshall pour les marchés d'actions"

Le numéro deux de l'Amafi s'inquiète des risques d'une taxe sur les transactions lancée unilatéralement par la France, alors qu'on devrait s'intéresser aux produits financiers "dangereux", tels les CDS, ainsi qu'au problématique trading à haute fréquence.

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2012 a débuté avec l'arrivée possible d'une taxe Tobin, quitte à commencer seul. Comment réagit l'Amafi sur ce point ?

Si la taxe est appliquée par la France de manière unilatérale sur tous les produits, c'est une catastrophe pour notre pays. Une écrasante majorité des transactions (hors actions) se déplacera rapidement hors de nos frontières et le produit de cette taxe sera finalement très faible, les principaux touchés étant les particuliers et les PME. En appliquant à la France la proposition de la Commission européenne, portant sur une taxe de 0,1% sur les transactions sur titres et 0,01% sur les produits dérivés, nous avons calculé qu'elle mettrait en péril quelque 15.000 emplois dans la banque d'investissement, 10.000 dans la gestion et 5.000 autres dans diverses activités.

On parle éventuellement, pour prendre les devants, d'une forme de retour à l'impôt de Bourse...

Cela nous choque presque encore plus. Fiscalement plus facile à faire, ce serait une mesure destructrice pour le marché des actions qui, par excellence, met la finance au service de l'industrie. S'il y a un problème financier dans ce pays, c'est bien celui de l'investissement en actions. La grande majorité des titres cotés est aujourd'hui détenue par des étrangers. Nous n'avons pas de fonds de pension. Et les normes prudentielles de Bâle ou Solvabilité II limiteront les investissements en actions des banques et des assureurs. Dans ce contexte, nous devrions avoir un plan Marshall pour les actions. Au lieu de cela, c'est notre propre aviation qui nous pilonne. Si l'on n'est pas content des marchés, si l'on veut les assainir, c'est sur les directives européennes, et d'abord Marchés d'instruments financiers (MIF), qu'il faut agir. Rappelons que les questions de fonctionnement des marchés ne nécessitent qu'une décision à la majorité qualifiée. Les questions de fiscalité, elles, se prennent à l'unanimité.

À votre avis, quelles sont les autres priorités ?

Il me semble qu'il serait plus judicieux d'avoir une réflexion collective sur le sujet : quels marchés financiers voulons-nous ? Thème d'ailleurs abordé dans un livre d'entretiens, à paraître fin février, où nous avons tenté de répondre à la question, Philippe Tibi, président de l'Amafi, et moi-même. Il serait déjà bon de réfléchir sur le sort à donner à plusieurs produits financiers qui me paraissent discutables, voire dangereux. Comme les CDS ["credit default swaps"], dont le statut juridique n'est même pas clarifié. De même, serait-il utile de définir quel développement réserver au trading à haute fréquence, qui est loin de faire l'unanimité au sein de la profession. Évolutions qu'il aurait été bon d'aborder à l'occasion de la révision de la MIF, mais qui n'y sont pas vraiment traitées. Lacune d'autant plus regrettable que les marchés actions sont de plus en plus opaques en raison de la multiplication des plates-formes alternatives. Et pourtant, nous avons toujours la même demande : nous voulons un marché transparent, avec une formation des prix honnête et équitable. Ce qui suppose des règles publiques efficaces.

Est-ce à dire que ce sont les marchés qui font la loi ?

Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que le citoyen s'y retrouve mal. Et qu'on le dirige vers de fausses pistes. Les marchés sont là, ils sont globalement utiles et, vu la raréfaction du crédit, on en aura de plus en plus besoin. Il faut savoir les utiliser au mieux, et donc bien les réguler. Nous voulons profiter de la campagne électorale pour rappeler ces faits simples. Et remettre quelques pendules à l'heure comme sur la crise de la zone euro. Si la Grèce en est arrivée là, c'est parce qu'elle s'est trop endettée et qu'elle s'est retrouvée dans l'incapacité de rembourser. C'est avant tout un problème politique. Et ce n'est pas en s'en prenant verbalement aux marchés que l'on résoudra plus facilement les choses. D'autant que les politiques ne sont pas vraiment familiarisés avec leurs mécanismes.

Que souhaitez-vous à court terme ?

Je suis franchement étonné de voir à quel point on a peu réformé en matière de marchés depuis la crise de 2008. Et pourtant, il y a matière à faire évoluer la législation. Surtout pour aller vers une transparence accrue. Pour l'instant, on se contente de frapper à l'aveugle, comme avec le projet de taxe financière. Il faudrait avancer de façon plus constructive en se demandant quel modèle de marché nous voulons en Europe. Tant qu'à s'indigner, autant que cela soit de façon utile et compétente, sans se mutiler soi-même.

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Commentaires 13
à écrit le 24/01/2012 à 12:19
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"En s'en prenant verbalement aux marchés" ouah il vise qui le monsieur bien propre sur lui? De particuliers il n'y en a qu'une poignée ne sachant que faire de leur journée Alors justement taxer c'est atteindre le trading à haute fréquence surtout si ...

à écrit le 24/01/2012 à 12:18
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"... trading à haute fréquence, qui est loin de faire l'unanimité au sein de la profession". Mais pourquoi ne peut on mettre en place une obligation de détenir quelques minutes des titres qui viennent d'être achetés ? Cela interromprerait à coup sûr ...

à écrit le 24/01/2012 à 10:06
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Trading à haute fréquence ? Il y a une arme quasi-absolue contre cela : une taxe à taux unique sur les transactions financières. Et si le taux est faible (0,01%), elle n'a guère de raison de provoquer les départs d'emplois annoncées par l'interviewé....

le 24/01/2012 à 10:26
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99% des opérations effectuées par les intermédiaires et les banques sur les produits financiers n'ont aucune utilité économique, ses transactions sont là pour faire tourner la planche à bonus, qu'on les taxe (et bien plus que ce qui est susurré), est...

à écrit le 23/01/2012 à 16:27
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je vais te dire un truc mon gars, ceux qui ont tué le marché des actions ce sont d'une part les autorités de tutelle et de surveillance qui au nom du "let's go the business as usual" n'ont pas fait leur boulot, moralité les investisseurs se sont fait...

le 23/01/2012 à 17:38
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et puis tout le petit monde des salles de marché, les inventeurs de produits inutiles sauf pour que la banque qui s'en fout plein les fouilles, options, warrants, track bidule ou trackers machin, tout ça faut bien le payer et qui pait? Les investisse...

à écrit le 23/01/2012 à 14:07
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Il existe une telle taxe en Suisse (timbre fédéral de négociation) prélevée sur les transactions boursières.

à écrit le 23/01/2012 à 14:02
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"Si la Grèce en est arrivée là, c'est parce qu'elle s'est trop endettée et qu'elle s'est retrouvée dans l'incapacité de rembourser. C'est avant tout un problème politique. " ------------------ Pas du tout. Une industrie financière mondialisée ...

à écrit le 23/01/2012 à 13:56
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Pour une fois qu'il y en a un qui pose la question cruciale, clairement et distinctement. Le marché des valeurs mobilières, actions ou obligations sont ouverts, libres, transparents (en grande partie) auto-régulés et utiles au secteur économique dans...

à écrit le 23/01/2012 à 13:49
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Pierre de Lauzun énonce, avec brio, de nombreuses vérités ... Hélas, eu égard à la démagogie ambiante que nous connaissons actuellement, je crains qu'il ne prêche dans le désert des tartares... Jean-Christophe Destailleur

à écrit le 23/01/2012 à 10:28
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Les titres cotés sont majoritairement détenus par des étrangers,ça fait monter les salaires.

à écrit le 23/01/2012 à 10:27
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Il est évident qu'une telle taxe n'a de sens que si elle freine les transactions "haute fréquence" là où la main de l'homme ne met plus les pieds,...

à écrit le 23/01/2012 à 9:45
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solution au problème: Moi, j'ai la solution à tout cela, et elle est politique. Le problème vient de la distribution donc pour trouver la solution il faut "régler" a distribution. Le gouvernement doit obliger les grandes et moyennes surfaces à ache...

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