A Wall Street, les traders trinquent, leurs patrons flambent

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Le patron de JP Morgan est le banquier le mieux payé des Etats-Unis, selon le classement de Bloomberg Markets. Copyright Reuters
Le patron de JP Morgan est le banquier le mieux payé des Etats-Unis, selon le classement de Bloomberg Markets. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Malgré la crise, la rémunération moyenne des dirigeants des cinquante premières sociétés financières américaines a bondi de 20%, en 2011, selon le classement élaboré par le magazine Bloomberg Markets.

La crise financière, les traders de base de Wall Street en savent quelque chose, eux qui se retrouvent par milliers sur le carreau de Manhattan. Les actionnaires des banques américaines aussi, qui ont vu la valeur de leurs titres s?effondrer. Les patrons de Wall Street, beaucoup moins. L?an dernier, la rémunération (salaire fixe plus bonus) des dirigeants des cinquante plus grandes sociétés financières américaines, en termes de capitalisation boursière, a grimpé de 20,4% en moyenne, selon le classement élaboré par le magazine Bloomberg Markets, et basé sur les données de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse aux Etats-Unis. Soit une hausse très proche de celle enregistrée en 2010 (+26%). Or, 2011, pour mémoire, c?est l?année qui a vu l?indice KBW des principales banques américaines dévisser de 25%, les résultats desdites banques chuter de 20% à 30% au quatrième trimestre, poussant Wall Street à annoncer quelque 20.000 suppressions d?emplois et à réduire les bonus d?un quart.

Le patron de JPMorgan, le banquier américain le mieux payé

Des considérations qui doivent sembler bien lointaines à Henry Roberts Kravis et à son cousin George Roberts, co-fondateurs du géant du capital-investissement KKR. Les deux hommes s?arrogent les deux premières places du classement de Bloomberg Markets avec, pour le premier, des émoluments de 30 millions de dollars au titre de 2011 et, pour le second, une rémunération de 29,9 millions (soyons précis). Pourtant, ces sommes ne sont pas les plus indécentes, en regard du cours de Bourse de KKR, qui a décliné de 5,4% seulement, l?an dernier. Les 23 millions de dollars empochés par Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, et qui en font le banquier le mieux payé du classement de Bloomberg Markets, paraissent autrement plus choquants. D?un part parce que le cours de la Banque a plongé de 20% en 2011 et, d?autre part, en raison des errements de l?un de ses traders, qui ont fait perdre à la banque deux milliards de dollars le mois dernier et qui lui valent une enquête préliminaire du FBI.

Une rébellion symbolique à tous égards

La loi Dodd-Frank de 2010 avait pourtant instauré de nouvelles règles en matière de rémunération des dirigeants des entreprises américaines. Mais il s?avère aisé de les contourner, la preuve. Notamment via de savants mélanges de stock-options et autres rémunérations variables, au côté du salaire fixe. Vikram Pandit, le boss de Citigroup, a ainsi touché un bonus en cash de 5,3 millions de dollars, soit un tiers de sa rémunération globale, au titre de 2011, année au cours de laquelle le cours de la banque a dégringolé de 44%. Les actionnaires de Citigroup ont d?ailleurs jugé la pilule si amère qu?ils ont retoqué la proposition de verser 15 millions de dollars à Pandit, lors de l?assemblée générale du groupe. Une révolte symbolique car jamais encore les actionnaires d?une banque américaine n?avaient opposé leur veto aux rémunérations des dirigeants. Symbolique, cette rébellion l?est aussi au deuxième sens du terme, puisque ce vote des actionnaires n?est que consultatif. Mais Citigroup a assuré qu?elle le prendrait en considération dans le calcul des rémunérations futures. Il serait temps.


 

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Commentaires
a écrit le 07/06/2012 à 19:43 :
Magnifique mais alors le résultat mirobolant qui permet de s'attribuer de tels montants provient en grande partie de 20000 licenciements; trop bea&u le libéralisme à la sauce bancaire! et si ça va plus mal c'est au chantage à l'état : renflouez sinon plus de crédit. Vivement une banque nationale pour y virer son salaire et traiter quelques opérations courantes dans l'année.
a écrit le 06/06/2012 à 17:32 :
C'est pour ça que je déteste les US, tout et toujours plus pour ceux qui ont déjà trop.
"Le niveau de vie des Américains ne se négocie pas" disait Bush. Oui, pour ceux qui ont un niveau de vie.

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