Enthousiasmés par les perspectives de baisse des taux directeurs en 2024, nombre d'investisseurs se montrent optimistes sur l'évolution des marchés boursiers. Mais ces derniers sous-estiment souvent une autre donnée pourtant cruciale : la réduction des bilans des banques centrales, lesquels pourraient bien plomber l'année à venir. Explications.Inquiétude chez les investisseurs. Enclenchée depuis quelques mois, la réduction des bilans des banques centrales américaine et européenne (appelée quantitative tightening Outre-Atlantique) risque de s'accélérer prochainement et mettre par ricochet du plomb dans l'aile du CAC 40 au plus haut depuis un an malgré le ralentissement économique et les tensions géopolitiques. Alors que la membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) Isabel Schnabel a qualifié de « plutôt improbable » une nouvelle hausse des taux en raison du ralentissement de l'inflation, la BCE compte entamer la deuxième phase de son resserrement monétaire. la réduction du bilan de l'institution. La semaine dernière, sa présidente, Christine Lagarde, et Joachim Nagel, président de la Bundesbank ont clairement indiqué l'éminence d'une nouvelle réduction de bilan massive de la BCE, essentiellement constitué, comme pour l'ensemble des banques centrales, d'obligations d'Etat achetées sur le marché secondaire pour maintenir les taux des pays emprunteurs à des niveaux bas lors des différentes crises observées au cours de décennie.
Avec la remontée des taux enclenchée au printemps 2022 pour juguler l'inflation, ces politiques de rachat de titres ont en effet été mises au régime sec. C'est le cas notamment du Programme d'achat d'actifs (APP) mis en place en 2015 après la crise de la zone euro et qui a été allégé. Résultat, le bilan total de la Réserve Fédérale américaine et de la BCE, qui début 2022 culminait respectivement à 9.000 milliards de dollars et 9.000 milliards d'euros 2022, est retombé à un peu plus de 7.000 milliards de dollars pour la Fed et un peu moins de 7.000 milliards d'euros pour la BCE.
Problème pour les marchés : en arrêtant d'acheter des obligations d'Etat, mais aussi en en vendant davantage sur le marché secondaire, les gardiennes des monnaies inondent ce marché d'obligations et prive le marché primaire (là où les obligations s'achètent pour la première fois) d'un grand nombre d'acheteurs. L'action des banques centrales pousse donc à la hausse les taux des obligations nouvelles et impacte le coût de l'endettement des Etats, mais aussi des entreprises, les forçant ainsi à moins investir et, in fine, à diminuer la pression sur les prix.