Folie des cryptomonnaies : même Kodak lance son Kodakcoin

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AU CES de Las Vegas, le patron de Kodak, Jeff Clarke, avec celui de Wenn Digital, Jan Denecke, son partenaire pour
AU CES de Las Vegas, le patron de Kodak, Jeff Clarke, avec celui de Wenn Digital, Jan Denecke, son partenaire pour (Crédits : DR)
L'action Kodak a bondi de 120% quand l'ex-géant de la photo a annoncé l'émission de sa propre monnaie virtuelle et un projet de sécurisation des droits photo par la technologie Blockchain. Les messageries Line et Telegram ont des projets d'Initial coin offerings, des levées de fonds en jetons virtuels. La Blockchain et les cryptomonnaies sont la nouvelle martingale des entreprises cherchant à se relancer.

Souvent pris en exemple de la révolution numérique ratée, l'ex-géant de la photo Kodak, que certains croyaient déjà mort et enterré, prend un tournant audacieux dans les cryptomonnaies et la Blockchain, la technologie prometteuse sous-jacente des monnaies virtuelles comme le bitcoin. Au CES de Las Vegas, le patron de Kodak, Jeff Clarke, a dévoilé mardi "le lancement d'une initiative majeure de Blockchain et de cryptomonnaie", en partenariat avec Wenn Digital, une structure implantée en Californie travaillant notamment avec le Deloitte Blockchain Institute de Munich et ayant pour filiale le portail photo Wenn Media.

L'annonce, agrémentée des mots à la mode cryptomonnaies et Blockchain, a fait plus que doubler le cours d'Eastman Kodak (+120% à la clôture mardi soir) !

L'entreprise de Rochester, dans l'État de New York, est sortie de la faillite en 2013 et s'est repositionnée sur la photo numérique et l'impression, après avoir cédé l'essentiel de ses brevets à un consortium de géants technologiques, dont Apple, Microsoft, Facebook et Samsung. Même après le bond de la veille, elle ne capitalise que 289 millions de dollars; elle a fait partie de l'indice Dow Jones jusqu'en 2004 mais a perdu 90% de sa valeur .

Une cryptomonnaie "photo-centrée"

Kodak va lancer une plateforme de gestion des droits des images, KodakOne, qui "utilisant la technologie blockchain, créera un registre numérique crypté" et le KodakCoin, "une cryptomonnaie photo-centrée permettant aux photographes et aux agences de mieux contrôler la gestion des droits d'image".

"Kodak a toujours cherché à démocratiser la photographie et à rendre la licence équitable pour les artistes. Ces technologies offrent à la communauté des photographes un moyen innovant et facile de le faire" a commenté Jeff Clarke dans un communiqué.

L'entreprise fondée il y a 137 ans va donc procéder à une émission de jetons, ou Inital coin offering (ICO), le 31 janvier prochain, ouverte aux investisseurs américains, britanniques et canadiens, en respectant les lignes directrices du gendarme de la Bourse américain, la SEC, insiste-t-elle, alors que des abus ont été sanctionnés. Ces jetons numériques seront la monnaie d'échange utilisée sur la plateforme. Il y aura même une place de marché intégrée pour acheter "des nuits d'hôtel, des vols, des lieux ou studios" avec les jetons.

"La plate-forme KodakOne permet une exploration continue du Web afin de surveiller et de protéger l'adresse IP des images enregistrées dans le système KodakOne. Lorsque l'utilisation non autorisée d'images est détectée, la plate-forme peut gérer efficacement le processus post-licence afin de rémunérer les photographes" explique Kodak.

La plateforme "révolutionnaire" a été en fait créée par Wenn Digital, qui agit sous licence en utilisant le logo et la marque Kodak. "Soumise aux normes de conformité les plus strictes, KodakCoin vise à rémunérer équitablement les photographes et à leur donner l'opportunité de participer au décollage d'une nouvelle économie adaptée à leurs besoins, avec une gestion des droits sécurisée intégrée", a fait valoir Jan Denecke, le directeur général de Wenn Digital. La plateforme proposera des "smart contracts" (contrats intelligents) exécutables automatiquement.

"Stocker l'information sur une Blockchain ne protège pas mieux les copyrights que la loi ne le fait déjà" a réagi, sceptique, un expert de la technologie, David Gerard (auteur de l'ouvrage "Attack of the 50 Foot Blockchain: Bitcoin, Blockchain, Ethereum & Smart Contracts"), interrogé par la BBC. "Cela ne fait rien de plus que s'inscrire sur Shutterstock ou Getty Images."

La martingale pour la relance des startups en panne ?

Kodak n'est qu'une des dernières entreprises connues à voir se relancer avec la Blockchain et les cryptomonnaies. Une ancienne biotech rebaptisée Riot Blockchain a triplé son cours depuis octobre, après sa reconversion. Le producteur de boissons sans alcool Long Island Ice Tea, devenu Long Blockchain, a vu le sien doubler. Le fabricant de disques durs Seagate a vu son action bondir  lorsque la rumeur a circulé qu'il détenait 2 à 3% du capital derrière Ripple, l'entreprise derrière la cryptomonnaie qui a le plus flambé en 2017 (le Ripple a augmenté  sa valeur de 36.018%  contre "seulement" 1.300% pour le bitcoin mais sa capitalisation de 75 milliards de dollars est trois fois moindre).

Les projets foisonnent. La messagerie cryptée Telegram du très secret Pavel Dourov aurait le projet d'émettre ses propres jetons, des TON (Telegram Open Network) pour 500 millions de dollars en prévente puis pour un montant colossal, "entre 3 et 5 milliards de dollars" selon le site TechCrunch, ce qui en ferait la plus importante ICO jamais réalisée, loin devant celle de Filecoin (257 millions) : l'an dernier, un total de 3,7 milliards de dollars a été levé selon le site CoinSchedule. Les jetons émis par Telegram serviraient à réaliser des paiements et micro-transactions à l'intérieur de la messagerie, utilisée tant par des politiques que des terroristes, de quoi inquiéter les autorités luttant contre le blanchiment.

La messagerie des ados américains Kik avait été pionnière : elle a levé 100 millions de dollars en septembre en émettant ses jetons, les KIN, sur la Blockchain Ethereum, dans le but de créer "un écosystème de la nouvelle économie partagée", pour acheter des services numériques, au sein de sa propre application, espérant ainsi regagner du terrain face à Facebook Messenger et autres Instagram.

L'application japonaise Line, aux 168 millions d'utilisateurs dans le monde, qui pèse en Bourse quelque 10 milliards de dollars, envisage de son côté d'accepter les cryptomonnaies comme mode de paiement au sein de sa messagerie, sachant que le Japon a déclaré le bitcoin légal en avril dernier. Le cours de Line a bondi de 10% a Tokyo à la faveur d'une rumeur de partenariat avec la plateforme d'achat de monnaies virtuelles Upbit.

En France, le fondateur de la néobanque Morning, Eric Charpentier, qui monte un nouveau projet Hush, espère lever 15 à 20 millions d'euros à travers une initial coin offering, en émettant ses propres jetons, les "tokens Ush.

« Notre ambition est de fédérer une communauté active avec un double objectif : offrir aux utilisateurs avertis des cybermonnaies un environnement stable et régulée pour développer des usages quotidiens de cybermonnaie/euro ; ouvrir de nouvelles perspectives aux utilisateurs non initiés sur les possibilités des cybermonnaies, tout en profitant d'un service bancaire mobile innovant en devise », met en avant Eric Charpentier.

Cette ruée sur les cryptomonnaies et les ICO est devenue la nouvelle martingale des entreprises cherchant à se relancer, relève le magazine Wired, qui cite notamment l'exemple de la place de marché Listia, dans un article intitulé "Votre startup est en panne ? Pivoter sur la Blockchain".

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Commentaires
a écrit le 11/01/2018 à 15:29 :
Kodak... Kodakcoin.. Parlons de "losers" qui deviennent creatifs.
A la limite de l'escroquerie.
a écrit le 11/01/2018 à 9:27 :
Les paradis fiscaux tétanisent totalement l'économie mondiale, il est évident que pour prospérer il faut commencer à penser au delà des banques privées et des états complices.

Puisque les établissements financiers parasitent le capital il faut aller chercher ailleurs c'est risqué mais c'est vital.
a écrit le 11/01/2018 à 7:52 :
Exact.... Tres inquietant et ce n est que la petite partie emergee d un modele entrain de se mettre en place sournoisement... Les objets connectés etant un autre versant.... Les individus deviennent des pretextes a un pillage systematique et systemique.... Dans le meme temps, nos dirigeants veulent supprimer le cash.... Risible.... Ou dramatique...
a écrit le 10/01/2018 à 16:32 :
Le ps doit trouver un moyen audacieux pour se redresser:pourquoi ne pas créer le PSCOIN qui serait adossé a une nouvelle blockchain révolutionaire?
a écrit le 10/01/2018 à 14:39 :
J'y vois une nouvelle forme de confiscation. On invente un intermède complexe qui clive et permet la main-mise d'une minorité "éclairée" sur les savoir-faire et sur les biens d'autrui.

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